Que c'est-il passé dans la prison de la police chargée de la sécurité civile d'El Minna, la capitale de l'Etat du Niger en République Fédérale du Nigeria, dans la nuit du 17 au 18 septembre dernier ?
37 mineurs, travaillants dans l'orpaillage, y ont perdu la vie après plusieurs heures de détention, provoquant le choc, la colère et des manifestations violentes de rues. Forces de l'ordre et jeunes croquants se sont affrontés vendredi 18 septembre dans des courses-poursuites. Les premiers ont fait usage de gaz lacrymogène et de tirs à balles irritantes sur les seconds qui s'en sont pris à des étals de commerces, des boutiques, des banques, des édifices publics, des sièges de partis, etc.
La vive tension était de nouveau perceptible à El Minna, samedi 19 septembre, nécessitant la mise sous couvre feu de cette capitale régionale, une déclaration publique du président Bola Tinubu, et une rencontre du gouverneur de l'Etat du Niger avec le commandement de la police suivie d'une visite à la prison où le drame s'est produit. Au commandement de la police, le gouverneur a demandé des explications sur la mort subite de ces 37 orpailleurs clandestins qui étaient en détention provisoire dans une prison de la capitale, El Minna.
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Selon des confrères Nigérians et des correspondants de médias étrangers, les victimes étaient âgées entre 14 et 18 ans et faisaient partis d'environ 67 à 100 personnes raflées sur plusieurs sites d'orpaillage clandestins. Entassés dans une cellule exiguë dans la soirée du 17 septembre, leurs geôliers auraient constaté l'horreur le lendemain matin.
Selon la police, ces décès seraient imputables à une épidémie de diphtérie tandis que les prisonniers survivants indexent la surpopulation de leur cellule commune, l'insuffisance de sa ventilation, la soif et la faim des prisonniers. Ces derniers ont accusé la police devant le gouverneur pour sa brutalité et d'être restée insensible à leurs multiples appels au secours pendant qu'ils tambourinaient la porte et la seule fenêtre de leur cellule toute la nuit. Pire, des prisonniers disent avoir senti l'odeur d'un parfum qui aurait été pulvérisé dans la cellule, provoquant toux, douleur à la gorge, aux yeux et des éternuements.
Qui croire entre geôliers et prisonniers ? Les premiers essaient de se dédouaner à bon compte avec cette histoire d'une subite épidémie de diphthérie, déclarée en une nuit, dans cette seule cellule et faisant autant de victimes. Néanmoins, on ne saurait accorder un blanc seing à des orpailleurs clandestins soupçonnés d'être des complices de terroristes à qui, ils paieraient tribut avec les recettes de l'or illégalement tirées des sites anarchiquement occupés. Du reste, se sont ces soupçons qui ont justifié leur rafle, d'autant plus que l'Etat du Niger a été confronté à plusieurs enlèvements de populations civiles ces derniers mois. Enlèvements revendiqués par Boko Haram.
Pour démêler cette affaire des plus embarrassante pour sa campagne présidentielle, le président Tinubu a ordonné "une enquête approfondie, urgente et transparente". Le gouverneur de l'Etat du Niger s'est alors empressé de mettre en place une commission de 20 membres pour cela. Elle entend se mettre à la tâche très rapidement.
En attendant, la population d'El Minna reste sur le choc même si 72 heures après le drame, les rues y étaient calmes mais désertes. Calme précaire ou pas, c'est une lapalissade que de faire remarquer que ce n'est pas qu'au Nigeria que les conditions de détentions dans les prisons en Afrique sont déplorables. Les prisons mouroirs, on en connaît depuis le tristement célèbre Camp Boiro en Guinée, sous Sékou Touré, l'île prison Robben Island sous l'apartheid en Afrique du Sud, ou plus récemment, les cellules clandestines pour migrants clandestins en Libye dont certains occupants ont fait la une des médias, il y a à peine 3 ans, parce qu'ils sont victimes de trafics humains, comme aux pires périodes de la traite transsaharienne ou transatlantique.
C'est triste de l'affirmer, mais les 37 cercueils, la vive colère des populations d'El Minna, les débris des boutiques vandalisées... resteront un détail des drames des prisons mouroirs sous nos tropiques.