L'affaire dite des biens mal acquis qui éclabousse la famille Bongo, agite la scène politique gabonaise. En effet, alors que l'enquête française y relative est clôturée en 2025, après près de quinze ans d'instruction, l'Etat gabonais vient d'ajouter son grain de sable pardon de sel qui n'est pas du goût de l'ancien président Ali Bongo.
Certes, l'homme ne remet pas en cause le fond de la procédure judiciaire, mais il conteste les termes employés dans ladite affaire par l'Etat gabonais qui s'est constitué partie civile dans le dossier et ce, depuis mars 2023. Un fils peut accepter le jugement de l'action politique de son père sans accepter que sa mémoire soit bafouée, estime Ali Bongo, destitué en août 2023, par celui-là-même qui était censé protéger son régime, l'actuel locataire du palais présidentiel, Brice Clotaire Oligui Nguema.
En brisant ainsi le silence après plusieurs mois, Ali Bongo fait montre de sa volonté de défendre la mémoire de son défunt père Omar Ondimba. Et il est dans son bon droit. Il n'empêche qu'on se pose la question suivante : combat pour l'honneur de la famille Bongo ou stratégie pour se tirer d'affaire ? La question est d'autant plus fondée qu'Ali Bongo ne paraît pas blanc comme neige dans cette affaire des biens mal acquis.
Car, l'homme n'a fait que perpétuer la dynastie Bongo et avec elle, les anciennes pratiques de son père qui a régné sur le Gabon pendant quatre décennies. Lesquelles pratiques sont faites de gabegie, de pillage et de détournement de deniers publics.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
La question des biens mal acquis ne date pas d'aujourd'hui
A preuve, dans ce scandale politico-judiciaire qui fait les choux gras de la presse au grand dam de la famille Bongo, on ne parle pas de millions mais de milliards de F CFA. Autant dire que c'est une guerre de mémoire sur fond de milliards de F CFA détournés, que mène Ali Bongo. En vérité, si Ali Bongo et avant lui son père, n'avait pas confondu les caisses de l'Etat avec ses poches, il ne se serait sans doute pas retrouvé aujourd'hui à jouer les pro domo.
C'est dire s'il ne peut s'en prendre qu'à lui-même pour n'avoir pas instauré, pendant son règne, une gouvernance vertueuse. C'est d'autant plus vrai que certains dignitaires de son régime dont le Trésorier payeur-général sont, aujourd'hui, sommés par la Cour des comptes du Gabon, de rembourser plus de 1 700 milliards de F CFA.
Dès lors, on n'exagérait pas en affirmant qu'il semble léger de la part d'Ali Bongo, de parler d'honneur de son père alors qu'il a lui-même contribué à vendre cet honneur et le sien, aux chiens. Qu'a-t-il fait pour réhabiliter l'image de son père en termes d'exemplarités en matière de gouvernance politique, économique et sociale ? Assurément, pas grand-chose. Si Ali Bongo avait fait preuve de lucidité, voire de sagesse en rétrocédant les biens mal acquis au peuple gabonais, on n'en serait peut-être pas là. C'est dire s'il fait un faux procès à l'Etat gabonais.
Car, la question des biens mal acquis ne date pas d'aujourd'hui. Il aurait vidé ce dossier des biens mal acquis pendant qu'il était encore aux affaires, qu'il n'aurait pas eu besoin de faire cette sortie qui rappelle un passé sombre que bien des Gabonais tentent tant bien que mal, d'oublier. Mais croyant régner ad vitam aeternam, il a certainement voulu ruser avec le temps. Malheureusement, le voilà aujourd'hui contraint de défendre et l'honneur de son père et le sien. Cela dit, on peut s'interroger sur les motivations réelles de l'Etat gabonais. Le timing choisi par Libreville pour faire ses observations, peut interroger.
