Le communiqué de l'entreprise canadienne, Global Atomic, dont Rfi s'est fait écho le 20 septembre 2026, est tombé comme un signal fort. Elle annonce avoir reçu le feu vert de la DFC, la Development Finance Corporation américaine, pour un financement potentiel de 414 millions de dollars sur le projet de mine d'uranium de Dasa, entre Agadez et Arlit.
Une bonne nouvelle pour Niamey. Mais qui dit aussi beaucoup de l'état de la compétition internationale au Sahel. Car malgré les discours de souveraineté et les tensions affichées entre les pays de l'Alliance des États du Sahel et l'Occident, la bataille pour les ressources minières, uranium en tête, n'a jamais été aussi féroce.
Un feu vert américain qui pèse lourd et laisse penser que Washington n'a jamais eu l'intention d'abandonner la zone.
Avec ce prêt de la DFC, Washington entre directement dans le jeu nigérien. Objectif : sécuriser un approvisionnement en uranium hors de Russie et du Kazakhstan, alors que les centrales américaines cherchent des alternatives. Pour Global Atomic, c'est la garantie financière manquante pour lancer la production à Dasa, l'un des plus grands gisements découverts ces 20 dernières années.
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Le timing n'est pas neutre. Il intervient alors que le Niger a tourné le dos à la France et resserré ses liens avec Moscou. Mais l'argent, lui, continue de parler toutes les langues. Occidentaux vs Orientaux : le match continue. Sur le terrain, les lignes bougent vite. Côté occidental, les Canadiens avancent avec le soutien américain. Les Européens tentent de garder un pied. Orano, ex-Areva, est toujours engagé dans un contentieux avec l'État nigérien sur l'exploitation d'Imouraren et d'autres permis. Le dossier n'est pas clos.
En face, les Orientaux gagnent du terrain. Les Russes de Rosatom prospectent et proposent des accords "clé en main" incluant sécurité et énergie. Les Chinois, après avoir réglé récemment leur différend avec la CNPC sur le pétrole, reviennent en force. Les Turcs multiplient les offres sur l'or et les infrastructures. Résultat : le Niger est devenu un échiquier où chaque puissance mise pour ne pas laisser le champ libre à l'autre.
Toutefois, les risques restent massifs et les experts sont prudents. Puisque deux freins majeurs persistent : l'insécurité dans le nord, avec des attaques récurrentes sur les axes Agadez-Arlit, et le climat des affaires. Entre renégociation des conventions, nationalisations et lourdeur administrative, les investisseurs avancent à pas comptés.
Dasa est donc un test. Si le financement de la DFC se concrétise, ce sera la preuve que l'Occident peut encore gagner des marchés dans un Niger membre de l'Aes. Si le projet bloque, Moscou et Pékin n'attendront pas.
L'Aes, unie en façade, courtisée en coulisses. D'autant plus qu'au sein de l'Alliance, le discours est à la rupture avec l'ancienne tutelle française et à la coopération Sud-Sud. Dans les faits, chaque pays gère ses contrats. Et chaque puissance étrangère joue sa carte : sécurité contre minerais, prêts contre accès aux ressources.
L'uranium de Dasa montre une réalité simple : dans le Sahel de 2026, la géopolitique s'affiche, mais la géologie décide. Et sur ce terrain, Américains, Canadiens, Russes et Chinois se livrent une concurrence sans merci pour les mêmes sous-sols nigériens.