Sierra Leone: Un référendum qui interroge?

21 Septembre 2026
analyse

Le président sierra léonais Julius Maada Bio, arrivé à la tête de son pays en 2018, et réélu en 2023 pour un second et dernier mandat, va lancer, à quelques 2 ans du terme de son mandat, une révision Constitutionnelle qui le moins qu'on puisse dire suscite beaucoup d'interrogations.

En effet, certains acteurs politiques y voient à tort ou à raison, une manœuvre visant à lui permettre de briguer un troisième mandat, malgré les dénégations du concerné lui-même. Il faut noter cependant que les exemples récents tirés des proches pays voisins peuvent conforter ce vent de suspicion. Mais si on en vient aux faits et au projet de texte, il y a quand même des constantes qui peuvent accréditer la thèse du président sortant affirmant que, même si le projet de constitution a été adopté à la majorité des députés de son parti, après le boycott des parlementaires de l'opposition, son objectif reste « de renforcer la gouvernance démocratique et d'adapter la Constitution aux besoins actuels de l'État ».

Ainsi, en attendant que le texte soit approuvé par référendum, ce qui est une autre paire de manche, car c'est une requête déposée le 4 septembre par l'Institut pour la réforme de la gouvernance (IGR), une organisation de la société civile, contestant la régularité de la procédure parlementaire ayant conduit à l'adoption du texte, qui a conduit le président Maada Bio lui-même à différer la promulgation de la loi et à saisir, le 15 septembre, la Cour suprême pour avis. Du coup la procédure d'adoption est suspendue à l'avis de cour suprême attendue au début du mois d'octobre selon certaines sources.

Mais d'ores et déjà, il faut noter que la nouvelle copie révèle de nouvelles dispositions, parmi lesquelles il est vrai, on ne voit aucunement rien de ce qui pourrait susciter des soupçons en ce qui concerne des velléités de toucher au mandat en cours ou à sa durée.

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En revanche, le nouveau texte propose l'élection du prochain président de la République à la majorité simple des suffrages, alors que dans l'ancienne version de la Constitution, celui-ci était élu à la majorité renforcée de 55%. Aussi, pour asseoir la légitimité du futur président, il doit en outre obtenir au moins 20% des voix dans les deux tiers des circonscriptions du pays.

Reste à savoir, qui va définir les circonscriptions du pays, autrement dit la carte électorale, qui comme on le sait, est déterminante quant à l'issue du scrutin ? Si c'est la Commission électorale pour la Sierra Leone (Electoral Commission for Sierra Leone), il faut le dire ses délibérations sont soumises à l'approbation de l'Assemblée Nationale majoritairement dominée par le Parti Populaire au pouvoir. Par conséquent, la carte électorale est verrouillée dès le départ, avant que le référendum ne révèle son verdict.

L'autre brèche introduite par le président et sa majorité, et qui découle de la maitrise de la carte électorale est, bien entendu, l'introduction de la proportionnelle pour les prochaines législatives. L'opposition qui a boycotté le vote de ce projet de Constitution est en ordre de bataille non seulement contre ces différentes réformes, mais pointe du doigt l'instauration d'un quota de 30% de femmes aux postes de direction politique, sachant pertinemment qu'elle a un gap important en son sein pour pourvoir aux postes politiques, ce qui du coup, ouvrirait selon eux, la voie à une mainmise du Parti populaire sur les institutions.

Pour l'heure, aucune date n'est indiquée pour le référendum. Toutefois, le ministre de la Justice a indiqué une possibilité de l'organiser avec les élections générales de 2028. On en est loin, et d'ici là, le retour à Freetown d'Ernest Baï Koroma l'ancien Président en exile au Nigéria depuis 2ans, est venue ajouter une nouvelle donne.

Le vent d'apaisement qui fait suite à l'abandon des poursuites engagées contre lui, suite au coup d'état manqué de 2023, va contribuer au rééquilibrage des forces entre le Parti Populaire de Maada Bio qui finit son deuxième mandat et les partisans du All People's Congress de l'ex président Koroma. Le référendum ne serait-il pas en définitive un passage pour un retour à la stabilité institutionnelle ? La décision de la Cour suprême est très attendue de ce point de vue.

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