Derrière chaque cartable neuf, chaque uniforme soigneusement préparé et chaque cahier acheté, se trouve un espoir : celui de voir les enfants apprendre, grandir, s'épanouir et devenir des femmes et des hommes capables de bâtir demain. Les parents en sont conscients.
Seulement, le systèmes demande aux élèves d'être des héros, avec les nombreuses activités intellectuelles auxquelles ils sont soumis : cours de renforcement, cours de rattrapage, séances de répétition à la maison...
L'école a repris ses droits depuis maintenant une semaine. La particularité, c'est le début effectif des cours, à tous les niveaux d'enseignement, maternelle, primaire, secondaire premier cycle et secondaire deuxième cycle.
Le système éducatif ivoirien s'est donné de bonnes habitudes. Il y a quelque 15 ans, la rentrée des classes n'était pas synonyme de démarrage des enseignements.
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Aujourd'hui, les choses ont changé. La liste des fournitures est donnée dès la fin de l'année scolaire ou trois semaines avant la reprise des cours. Les parents s'activent aussitôt à faire face à leurs obligations. Les librairies et magasins de vente d'articles et de vêtements scolaires commencent ainsi plus tôt leur traite annuelle.
Tout est prêt pour que le quantum horaire soit respecté. La conséquence est que le premier jour d'école, les sacs sont remplis. Habillés dans leur nouvelle tenue, les élèves peuvent alors débuter les cours.
L'éducation est une responsabilité collective. Les parents ont le devoir d'accompagner, d'encourager et de suivre leurs enfants. Les enseignants ont la noble mission de transmettre le savoir, mais aussi de contribuer à former des citoyens responsables.
Les établissements scolaires doivent offrir un environnement propice à l'apprentissage, à la discipline et au respect. Quant à la société, elle doit veiller à ce qu'aucun enfant ne soit laissé sur le bord de la route, simplement parce que sa famille traverse des difficultés.
Un parent qui demande à son enfant ce qu'il a appris dans la journée, qui vérifie ses devoirs, qui l'encourage après un échec et qui célèbre ses progrès participe déjà pleinement à son éducation.
Après avoir parlé des enjeux de la rentrée, la semaine dernière, intéressons-nous au déroulement de l'année scolaire. Les enfants vont de plus en plus tôt à l'école. Nous avons des bacheliers à 15 ans.
Des docteurs dans différentes disciplines à moins de 30 ans. Et cela fait rêver beaucoup de parents. Ces derniers n'hésitent pas à soumettre leur progéniture à un rythme effréné d'apprentissage. Ils font vivre aux enfants ce qu'ils auraient raté. Beaucoup d'élèves vivent une année scolaire par procuration.
Le système imposé aux enfants mérite un arrêt pour apprécier son efficacité. En effet, pour de nombreux élèves, la journée scolaire ne s'arrête plus à la sortie de la classe. Une mobilisation supplémentaire leur est demandée comme une arme contre l'échec scolaire.
En Côte d'Ivoire comme dans de nombreux systèmes éducatifs, les parents veulent voir leurs enfants progresser et obtenir de bons résultats. Face aux difficultés scolaires, une réponse revient souvent : ajouter des heures d'apprentissage.
Le matin, l'élève est en classe. Après les cours, il rejoint un groupe d'amis de classe pour un travail de groupe. Séance de partage, du donner et du recevoir. Ceux qui ont mieux compris une leçon ou sont plus forts dans une matière aident les autres qui en ont besoin.
Ces derniers également partagent leurs connaissances dans les disciplines où ils excellent. L'apprentissage se fait entre élèves. Ce n'est pas tout. Certains poursuivent avec des cours de renforcement. Cours dispensés par les enseignants. Le problème, ici, c'est de se demander si les heures régulières ne permettent pas d'assimiler.
Pire, il arrive que les élèves ne participant pas à ces cours de renforcement, qui sont payants, sont parfois défavorisés. Certains enseignants donnent en exercice de renforcement, le devoir qui servira d'évaluation en classe. Rendant malicieusement ces cours obligatoires.
Après ces deux cours supplémentaires, l'élève n'est pas au bout de ses contraintes intellectuelles. Une fois à la maison, restent encore les devoirs et les révisions. Un répétiteur l'y attend. Lui aussi a pour mission d'enraciner dans l'esprit de l'enfant, tout ce qui s'est passé à l'école. A cela s'ajoutent les exercices et les révisions personnels à faire.
Sur le papier, le raisonnement paraît logique : plus l'élève travaille, plus il maîtrise ses leçons. Mais cette équation n'est pas toujours aussi simple. Car apprendre n'est pas uniquement une question de quantité.
La qualité de l'enseignement, la méthode utilisée, la capacité de concentration, le sommeil et la récupération jouent également un rôle déterminant.
A force de vouloir faire travailler davantage les élèves, ne risque-t-on pas de les épuiser ? Entre recherche de performance et équilibre de l'élève, la multiplication des cours supplémentaires mérite d'être interrogée.
Le paradoxe apparaît lorsque l'augmentation du temps d'étude ne produit plus d'amélioration significative. Un élève fatigué peut avoir du mal à rester concentré. Il peut apprendre mécaniquement sans réellement comprendre. Il peut également perdre progressivement le goût de l'étude.
Or, une éducation efficace ne devrait pas seulement fabriquer de bons candidats aux examens. Elle doit aussi former des élèves capables de réfléchir, de comprendre, de résoudre des problèmes et de travailler de manière autonome.
À force d'être constamment accompagnés, certains élèves peuvent avoir des difficultés à organiser eux-mêmes leur travail. L'objectif du renforcement devrait donc être de rendre progressivement l'élève capable de s'en passer.
Par ailleurs, la multiplication des cours privés soulève la question des inégalités. Toutes les familles ne disposent pas des mêmes ressources financières. Certaines peuvent payer plusieurs séances de répétition, tandis que d'autres doivent se contenter des ressources disponibles à l'école et au travail personnel de l'enfant.
Si la réussite dépend de plus en plus de la possibilité de financer des heures supplémentaires, l'écart entre les élèves risque de s'accentuer. Le débat dépasse alors la seule question pédagogique. Il devient une question de justice sociale et d'égalité des chances.
La véritable question que devraient se poser les établissements, les enseignants et les parents n'est donc pas, combien de cours supplémentaires pouvons-nous ajouter ? Mais plutôt, de quel accompagnement cet élève a-t-il réellement besoin pour progresser durablement ?
C'est probablement à cette condition que les cours de renforcement cesseront d'être une simple course aux heures et deviendront un véritable instrument d'amélioration des apprentissages.