Tanzanie: La montée des eaux grignote terres agricoles et moyens de subsistance

Photo illustrative
21 Septembre 2026

Sur la côte tanzanienne, l'océan Indien remonte toujours plus loin dans les terres. Les cocotiers dépérissent, les poissons se déplacent et les mangroves gagnent du terrain, poussant certains habitants à envisager le départ.

Buga Steven mesure l'avancée de la mer en noix de coco.

Autrefois, ses arbres en produisaient environ 5 000. Aujourd'hui, une récolte en rapporte moins du tiers.

« Et elles sont beaucoup plus petites qu'avant », raconte cet agriculteur de Pangani, sur la côte nord-est de la Tanzanie, là où le fleuve du même nom se jette dans l'océan Indien.

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Ici, l'eau de mer a remonté le fleuve sur environ huit kilomètres, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), apportant du sel dans des champs qui faisaient autrefois vivre les agriculteurs installés sur ses rives. Par endroits, les mangroves progressent avec elle.

Pour M. Steven, elles marquent désormais une frontière. « Toutes les personnes qui vivent le long des berges où poussent désormais des mangroves devraient recevoir des aides afin de pouvoir s'installer ailleurs », estime-t-il. « Ces zones ont déjà été envahies par les mangroves ».

Des cocotiers qui dépérissent

Dans cette ville historique de faible altitude, l'élévation du niveau de la mer ne se mesure pas seulement en millimètres. Elle se lit dans la diminution des récoltes, le sel qui imprègne les sols et les poissons qui désertent leurs anciens habitats.

Iddi Hashimu Iddi en observe les effets sur ses propres cocotiers. « Les troncs étaient beaucoup plus épais et les arbres en bien meilleure santé », raconte-t-il. « Mais l'élévation du niveau de la mer les a affectés. Le sel a pénétré loin à l'intérieur des terres, les rendements ont chuté, les arbres dépérissent et beaucoup meurent. Nos revenus ont également diminué ».

Pour les familles, les conséquences dépassent les seules récoltes. « Nous dépendions de la culture de la noix de coco pour vivre, assurer l'éducation de nos enfants et remplir nos obligations sociales », poursuit-il. « Aujourd'hui, les conséquences de l'élévation du niveau de la mer nous confrontent à des difficultés considérables ».

ONU Info Des cocotiers et des mangroves bordent un cours d'eau côtier boueux à Pangani. La géographie du commerce de la noix de coco commence dès lors à changer. Haroub Selemani, agriculteur et commerçant, constate que les plus beaux fruits viennent désormais des hauteurs. « Pour ceux d'entre nous qui vivent entre Matakani et Jasini, il n'y a plus de belles noix de coco », dit-il. « Si vous en voulez de grosses, il faut aller dans des endroits comme Mafisi ou Mseko, et plus haut encore ».

La progression des mangroves pose un autre problème. Elles colonisent des terrains où poussaient autrefois les cocotiers mais sont protégées par la législation tanzanienne. Les agriculteurs ne peuvent donc pas simplement les arracher.

« Selon la réglementation gouvernementale, les mangroves et les cocotiers doivent se faire concurrence, et celui qui survit reste en place », résume Iddi Hashimu Iddi. « Mais si un propriétaire coupe des mangroves, cela devient une infraction grave, car il enfreint la loi ».

Les poissons aussi s'éloignent

Sous l'eau, Ali Hamis Daudi voit disparaître le Pangani qu'il connaissait. L'érosion du littoral et la disparition des arbres ont transformé les endroits où les pêcheurs amarraient leurs bateaux. Et les connaissances transmises de génération en génération - où trouver telle espèce, à quelle profondeur - ne suffisent plus.

« Si vous arrivez tard, vous risquez de ne plus trouver d'endroit où amarrer votre bateau », explique-t-il. « Autrefois, nous savions exactement quelle profondeur certaines espèces de poissons préféraient. Maintenant, les poissons se sont déplacés ».

Pangani offre ainsi un aperçu très concret d'un bouleversement planétaire. Près de 770 millions de personnes, soit environ une personne sur dix dans le monde, vivent dans des zones côtières situées à moins de cinq mètres au-dessus du niveau des marées hautes, selon un rapport du Secrétaire général de l'ONU.

Entre 2014 et 2023, le niveau moyen des mers a augmenté de 4,7 millimètres par an. En 2024, la hausse a atteint un record de 5,9 millimètres. En cause : principalement la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que la dilatation de l'eau sous l'effet du réchauffement climatique provoqué par les activités humaines.

A Pangani, ces quelques millimètres ont des conséquences immédiates. « Lorsque l'eau salée pénètre à l'intérieur des terres et affecte l'agriculture, c'est en définitive la sécurité alimentaire dans son ensemble qui est touchée », souligne Clara Makenya, représentante du PNUE en Tanzanie.

Les réserves d'eau douce et les infrastructures sont également menacées : le sel accélère la dégradation des équipements et peut rendre l'eau impropre aux usages domestiques.

Rester ou partir

ONU Info À Pangani, l'élévation du niveau de la mer ne se mesure pas seulement en millimètres, mais dans la diminution des récoltes, le sel qui imprègne les sols et les poissons qui désertent leurs anciens habitats. Pour protéger Pangani, plusieurs solutions sont à l'étude : restauration des récifs coralliens, plantation de mangroves, construction de digues. Aucune ne convient à l'ensemble du littoral.

« Les infrastructures et les solutions fondées sur la nature sont complémentaires », explique Clara Makenya. « L'essentiel est de déterminer quelle approche convient à chaque endroit. Dans le cas de Pangani, c'est probablement cette combinaison qui donnera les meilleurs résultats ».

Ali Hamis Daudi en connaît déjà les limites. A Magarawani, des mangroves n'ont pas survécu au sol sablonneux.

« On ne peut pas planter de mangroves ici. Elles poussent dans la vase, alors qu'ici le sol est sablonneux », dit-il. « Nous avons essayé de planter à la place des filaos, mais l'océan les a tous détruits ».

Le 24 septembre, les dirigeants du monde entier doivent se réunir au siège de l'ONU, à New York, pour une réunion de haut niveau consacrée aux menaces liées à l'élévation du niveau de la mer. Ils doivent tenter de s'entendre sur une déclaration visant à renforcer la coopération internationale et l'aide aux pays et aux populations côtières les plus vulnérables.

A Pangani, le débat est déjà beaucoup moins abstrait.

Ali Hamis Daudi réclame une digue pour protéger le port. « Sinon, le problème continuera de s'aggraver et, à terme, ce port sera détruit et nous devrons mettre nos bateaux sur la route ».

Iddi Hashimu Iddi, lui, n'est plus convaincu qu'il faille rester. « Le plus important est que le gouvernement indemnise tous ceux d'entre nous qui ont été touchés », dit-il. « Qu'il nous indemnise et nous permette de quitter ces endroits ».

Pour Buga Steven, les mangroves ont déjà tranché. Là où elles progressent le long du fleuve, la question du départ ne se pose presque plus.

« Ces zones, dit-il, ont déjà été envahies ».

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