Ce mardi 22 septembre 2026 à Kinshasa, aux abords du Stade des Martyrs, sur le boulevard triomphal, la mobilisation orchestrée par l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) n'était pas qu'une simple démonstration de force militante. Elle a posé les jalons d'une transition politique hautement inflammable. En réclamant ouvertement une révision constitutionnelle, le Secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, a levé les derniers doutes sur les ambitions réelles du pouvoir en place : ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Cet agenda de réécriture fondamentale de la Loi suprême s'habille, comme toujours, des vertus de la souveraineté retrouvée. Pour séduire les foules, les stratèges du régime lient habilement cette réforme à des thématiques nationales fédératrices, à commencer par la condamnation sans réserve de l'agression rwandaise dans l'Est de la République démocratique du Congo. Associer la défense légitime de la patrie blessée à la perpétuation d'un homme au pouvoir est un procédé rhétorique classique, mais périlleux. Il instrumentalise la détresse sécuritaire des Congolais pour légitimer une réingénierie institutionnelle dont la finalité réelle demeure le maintien des privilèges politiques.
Face à cette offensive idéologique, la fragilité du consensus populaire saute pourtant aux yeux. Si le cortège officiel a tenté de masquer les doutes par des slogans rythmés, les gradins désertés du Stade des Martyrs en fin de journée résonnent comme un avertissement silencieux mais cinglant. Le peuple congolais, échaudé par les crises électorales successives, montre des signes d'une lassitude profonde face aux chantiers d'ingénierie constitutionnelle. Ces manoeuvres de couloir ne répondent en rien à ses urgences quotidiennes immédiates : l'inflation galopante, le chômage de masse et l'insécurité chronique. Le glissement sémantique vers le changement de Constitution est un engrenage redoutable.
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En Afrique subsaharienne, l'histoire récente démontre que les tripatouillages juridiques accouchent rarement d'une paix durable. Ils exacerbent les clivages sociopolitiques, radicalisent l'opposition et asphyxient progressivement l'espace démocratique. En réprimant durement les manifestations de l'opposition tout en encadrant chaleureusement celles du pouvoir, le régime instaure un climat de deux-poids, deux-mesures intenable à long terme pour la cohésion républicaine. La RDC n'a pas besoin d'une crise de légitimité supplémentaire.
Le projet de référendum qui s'annonce ne doit pas se transformer en un plébiscite déguisé pour un homme, mais rester un débat sincère sur l'avenir des institutions. En s'entêtant dans cette voie clivante, la majorité actuelle prend le risque historique de fracturer un pays déjà profondément meurtri par l'Histoire. Il est encore temps pour le chef de l'État de privilégier l'ancrage démocratique et le respect des règles du jeu, plutôt que de céder aux sirènes éphémères d'un pouvoir à perpétuité. L'Histoire regarde Kinshasa, et les erreurs du passé ne demandent qu'à se répéter si la sagesse ne l'emporte pas enfin.