À Goodlands, il faudrait se méfier d'une tentation aussi ancienne que dangereuse : transformer un différend qui relève de la loi en affrontement entre communautés. Le dossier des haut-parleurs d'une mosquée, qui avait déjà réveillé les réflexes socioculturels, il y a une vingtaine d'années, semble à nouveau prendre cette direction. Une querelle de voisinage et de nuisances sonores pourrait ainsi être présentée comme une opposition entre deux groupes. Ce serait une mauvaise lecture du problème et un mauvais service rendu à Goodlands et à notre République.
Les documents disponibles racontent une autre histoire. Un groupe d'habitants affirme avoir multiplié les démarches auprès des autorités depuis l'an dernier pour parvenir à une solution amiable. Une note de l'Environmental Health Engineering Unit, datée du 20 mai 2026, confirme que les plaintes sont récurrentes et qu'un réglage du système sonore avait déjà été effectué.
Le problème aurait toutefois ressurgi. Des relevés effectués les 10 et 17 août ont enregistré 72 et 73 décibels, selon le courrier des habitants. Ceux-ci invoquent les Environment Protection (Environmental Standards for Noise) Regulations 2022, qui fixent, pour les nuisances sonores de voisinage, des seuils de 60 dB(A) entre 7 heures et 18 heures ; 55 dB(A) entre 18 heures et 21 heures ; et 50 dB(A) entre 21 heures et 7 heures.
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Voilà donc le vrai sujet. Pas l'islam. Pas l'hindouisme. Pas la mosquée. Pas la communauté. Les décibels. Et la loi. Les habitants le précisent eux-mêmes : ils ne demandent pas l'interdiction des haut-parleurs. Ils souhaitent que leur volume soit ramené aux limites prévues par la législation et que ces limites soient respectées dans la durée.
C'est précisément là que l'État doit reprendre sa place. Lorsqu'un différend porte sur une norme mesurable - niveau sonore, construction, pollution, licence ou autre - il appartient aux autorités compétentes de mesurer, constater et décider. Ni la religion du plaignant ni celle de l'installation concernée ne devraient entrer dans l'équation.
Sinon, chaque conflit risque de devenir une affaire communautaire, puis politique. Une population ne devrait pas être appelée à choisir son camp en fonction de son appartenance religieuse. Elle devrait pouvoir demander à l'administration de faire son travail. Une mosquée a le droit d'exercer son activité religieuse ; ses voisins ont le droit de vivre dans un environnement conforme aux normes. Ces deux droits ne sont pas contradictoires. Le rôle de l'État est précisément de les concilier.
Cette affaire rappelle une difficulté plus profonde de notre société : notre tendance à regarder certains problèmes à travers le prisme communautaire. Qui proteste ? De quelle communauté vient-il ? Qui est concerné ? Ces questions peuvent rapidement prendre le dessus sur celle qui devrait être première : que dit la loi ?
Notre histoire linguistique offre à cet égard une leçon utile. Pendant des décennies, les langues dites «orientales» ont dû conquérir leur place dans l'école et dans les examens. Leur reconnaissance a parfois été ramenée à une affaire de communautés. Elle était aussi une question de reconnaissance historique et d'égalité.
Le Kreol Morisien a progressivement acquis une autre fonction : celle d'une langue commune, traversant les appartenances. Son entrée plus affirmée dans les institutions, notamment au Parlement, ne devrait pas être transformée en compétition avec les langues orientales. Là encore, l'enjeu dépasse les communautés : il s'agit de savoir comment une nation peut reconnaître plusieurs héritages sans opposer les uns aux autres.
C'est peut-être là l'une des particularités de Maurice. Notre unité ne repose pas sur l'effacement des différences, mais sur notre capacité à les faire coexister dans un même espace civique. Nos langues, nos religions, nos traditions et nos histoires particulières appartiennent à une histoire nationale commune.
Goodlands devrait donc rester sur ce terrain. Lorsqu'une règle existe, elle doit être appliquée. Lorsqu'un doute subsiste, il doit être tranché par les autorités compétentes, sur la base de faits et de mesures. Et lorsqu'un citoyen se plaint, il doit être entendu d'abord comme citoyen.
La voie de l'apaisement est finalement la plus simple : sortir ce dossier du terrain identitaire et le ramener sur celui du droit. Mesurer. Constater. Décider. Appliquer. La République n'a pas à choisir entre une communauté et une autre. Elle doit faire respecter la même règle pour tous.