Cote d'Ivoire: Orpaillage illégal - Le coup de poing de Ouattara contre l'administration complice

Le Président de la République, Alassane Ouattar, a présidé, ce mercredi 23 septembre 2026, un Conseil des Ministres, au Palais de la Présidence de la République.
23 Septembre 2026

Le Conseil des ministres de ce 23 septembre 2026 marque une rupture dans la lutte contre l'orpaillage illégal en Côte d'Ivoire. En décidant de condamner désormais à 20 ans de prison ferme tout agent public impliqué dans l'orpaillage illégal, le gouvernement franchit un cap répressif inédit. Il ne s'agit plus seulement de traquer l'orpailleur au fond de la brousse, mais de s'attaquer à la tête du réseau : certains éléments de l'Etat lui-même.

Depuis des années, l'opinion publique, les partis d'opposition et même le Groupement des artisans miniers (Gramci) dénoncent la même réalité : l'orpaillage clandestin ne peut prospérer sans protection. Les noms reviennent en boucle : ministres qui délivrent des autorisations de complaisance, présidents d'institution, préfets et sous-préfets qui ferment les yeux, directeurs régionaux des mines, des eaux et forêts, chefs de service qui monnayent l'impunité en prélevant une « taxe » sur chaque site.

Le Président Alassane Ouattara a visiblement décidé de répondre frontalement à ces récriminations. La décision est politique. Jusqu'ici, la justice semblait à deux vitesses. Le procès emblématique de l'ex-député Rhdp (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, Zié Daouda Coulibaly, condamné à seulement six mois pour location d'autorisation minière alors que ses complices étrangers prenaient plusieurs années, avait cristallisé le sentiment d'impunité des élites. En visant explicitement les préfets, les sous-préfets et les hauts responsables administratifs, le Chef de l'Etat envoie un signal plus que clair : la protection politique est terminée.

Des chiffres qui justifient la fermeté

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Ce virage autoritaire s'explique par des chiffres qui sont devenus insoutenables et qui montrent que la stratégie purement sécuritaire a échoué. Le premier justificatif, c'est qu'il s'agit d'une économie parallèle qui saigne l'Etat.

Les données présentées au Conseil national de sécurité (Cns) du 23 juillet 2026 et confirmées par le ministère des Mines sont vertigineuses : ce sont 142 tonnes d'or fantôme qui sont extraites chaque année, soit 237% de la production légale du pays qui était de 59 tonnes en 2024. Une valeur estimée à 4 600 milliards de Fcfa qui échappe totalement aux circuits officiels. L'orpaillage illégal, c'est également 744 milliards de Fcfa de pertes fiscales annuelles pour l'Etat, soit plusieurs fois le budget de ministères entiers. L'on note aussi 29 régions sur 31 gravement touchées. L'on a ainsi le Hambol avec 45 sites, le Moronou 26 sites et la Mé 23 sites qui sont les plus infestées.

Il est a noter qu'en mai 2026, un programme de cartographie à Bouaflé a encore recensé plus de 1 600 sites clandestins actifs sur le territoire.

Le bilan répressif, pourtant massif, prouve l'inefficacité de l'ancien modèle : entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites déguerpis, 4 474 individus déférés dont 65% d'étrangers, 136 kg d'or et plus de 960 millions de Fcfa saisis. Rien que de janvier à juillet 2026, la gendarmerie a encore dû démanteler 1 114 sites et interpeller 1 531 personnes.

Pourquoi les sites renaissent-ils comme les têtes de l'hydre? Parce que comme le révèlent les études de terrain, l'orpailleur n'est que l'écume. Derrière lui, il y a les propriétaires de pelleteuses, les bailleurs de fonds souvent chinois, et surtout les fonctionnaires qui louent leur signature. Les conséquences sont au-delà de l'économique.

L'Office nationale de l'eau potable (Onep)et la Société de distribution d'eau de Côté d'Ivoire (Sodeci) alertent sur l'empoisonnement des fleuves au mercure et au cyanure, produits interdits par le Code minier. Des stations de traitement d'eau doivent s'arrêter. La dégradation des sols, le décrochage scolaire et les conflits meurtriers, comme à Katiola ou Kiendi Oualogo, sont le quotidien.

En frappant de 20 ans de prison ses propres représentants, Alassane Ouattara tente de reprendre la main sur une administration devenue, aux yeux d'une partie de la population, co-gestionnaire du pillage. C'est une réponse à l'accusation de corruption systémique. Reste la question centrale : cette loi sera-t-elle appliquée? La création du Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (Gs-Loi) et de la Brigade de répression des infractions au Code minier (Bricm) avait déjà montré les limites d'une répression négociable. La peine de 20 ans ne vaudra que si les premiers préfets, les premiers directeurs régionaux et, si nécessaire, les premiers responsables politiques tombent effectivement. C'est à ce prix que le message du 23 septembre cessera d'être un avertissement pour devenir un tournant historique.

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