Au Tchad, l'interpellation de cinq mineurs après la diffusion d'une vidéo critique du pouvoir fait réagir la société civile. Vêtus d'uniformes de l'armée tchadienne, les enfants s'y adressent directement au président Mahamat Idriss Déby et dénoncent notamment la mauvaise gestion du pays. Le parquet estime que certains de leurs propos pourraient « inciter à la rébellion contre les institutions ».
L'affaire a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux tchadiens. Mercredi 23 septembre, le procureur de la République du tribunal de grande instance de Ndjamena, Moussa Abdelkerim Saleh, a confirmé que les cinq mineurs avaient été interpellés puis entendus par la police judiciaire « en présence de leurs parents ».
« La minorité impose une protection particulière. Elle ne signifie toutefois pas l'absence de responsabilité », a-t-il déclaré. « La justice doit rechercher un équilibre entre la protection des enfants et la préservation de l'ordre public. Nul ne doit utiliser un mineur ni instrumentaliser un enfant à des fins contraires à la loi. »
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Dans la vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, les cinq enfants apparaissent en uniforme de l'armée tchadienne, avec grades et écussons. Ils interpellent directement le président Mahamat Idriss Déby sur plusieurs sujets : la gouvernance du pays, le manque d'eau et d'électricité, l'accès aux soins, les relations avec les Émirats arabes unis ou encore la répression des opposants.
« C'est disproportionné »
Pour Mahamat Nour Ibedou, secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits de l'homme (CTDDH), cette affaire témoigne du « degré de verrouillage de l'espace public ». « C'est disproportionné. Ils parlent comme si c'était un coup d'État. C'est hallucinant », réagit-il. « Un citoyen normal va écouter des petits enfants simplement parce qu'ils ont dit que les affaires du pays ne sont pas bien gérées ? Non, mais on est où là ? ».
Sollicité par RFI pour connaître le sort désormais réservé aux cinq enfants, le procureur de la République n'a pas donné suite.