Il est temps de revenir à l'essentiel
Fastidieux. Pénible. Puéril. Oui, il est temps de revenir à l'essentiel. D'arrêter le bruit, les postures, les egos. Il est temps de regarder dans le blanc des yeux notre pays qui traverse une zone de turbulence certes économique, mais encore plus politique, sociale, financière, psychologique, épuisante.
Nous l'avons dit et redit : un pays qui doute de sa trajectoire finit toujours par faire douter ceux qui veulent y investir. Il nous suffit de jeter un coup d'oeil sur les Investissements directs étrangers pour nous faire une religion. Alors stop au cirque. Il est grand temps de parler du quotidien des ménages, des comptes d'entreprises. De regarder la réalité.
Le pouvoir issu de l'immense espérance populaire avec une responsabilité historique depuis l'alternance de mars 2024 nous offre un spectacle déroutant.
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De la gouvernance « révolutionnaire et souveraine » promise à l'espérance en résultats, il nous montre plutôt vu ses contradictions politiques, ses tensions internes, ses incompréhensions, ses batailles de positionnement.
Installant le pays dans un débat politique interne qui a pris toute la place, pendant que le pays attend, que, les entreprises, les créanciers, les investisseurs attendent et regardent. Pendant que les ménages calculent, que les jeunes cherchent toujours leur avenir parfois dans les abysses de l'Atlantique.
Devant un tel tableau, le Sénégal ne peut pas être une arène politique permanente. Il ne peut être en continu ce ring où chacun doit démontrer qu'il a raison. Il ne peut pas un laboratoire où l'on ne fait qu'expérimenter indéfiniment. Il ne peut pas être la propriété d'un parti, d'une coalition, d'un clan ou d'une génération politique.
Le Sénégal vaut plus que ça. Il n'appartient surtout à personne sinon aux Sénégalais. Ceux d'ici et d'ailleurs, ceux qui investissent, travaillent, postulent, ceux paient leurs impôts, ceux produisent et espèrent. C'est à eux qu'il appartient, c'est donc à eux qu'il faut penser d'abord.
Ce d'autant que la dette devenue une discussion de salon piétine notre trajectoire, amène le FMI à estimer que les vulnérabilités liées à la dette restent élevées même si les autorités lui annoncent leur intention de rechercher un traitement de la dette pour restaurer sa viabilité.
Alors plus d'humilité. Soyons sérieux.
Une dette comme nous le répétons a longueur de chroniques n'est pas seulement un chiffre dans un tableau. C'est une facture que quelqu'un devra payer. Impérativement. Aujourd'hui ! Demain ! Après-demain ? Il n'y a aucun doute, quelqu'un paiera.
Alors autant sortir du discours politique permanent et entrer comme des grands dans le temps de la responsabilité. Combien avons-nous ? Combien devons-nous ? Combien pouvons-nous encore emprunter ? Pour financer quoi ? Avec quel retour économique ? Voilà les vraies questions.
Ce d'autant que les entreprises étouffent. Et comment ! L'économie ne fonctionne pas avec les slogans qu'on nous sert.
Elle fonctionne avec des entreprises, grandes comme moyennes et petites.
L'économie fonctionne avec des entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des industriels, des agriculteurs, des transporteurs, des prestataires.
L'économie fonctionne avec ceux qui créent la richesse et non ceux qui souffrent.
Lorsque les entreprises ne peuvent plus payer les salariés, fournisseurs, charges, banques, elles collent une épitaphe sur le paillasson, remplissant la cage des statistiques faillites, au grand malheur des familles qui tremblent avant d'imploser.
Fermer, c'est voir des emplois disparaitre, des compétences s'en aller, des investissements se déplacer et parfois pire, des entrepreneurs qui renoncent, mourant à petit feu.
Notre Sénégal ne peut ni ne doit décourager ceux qui prennent des risques, ne peut ni ne doit décourager la création de richesse, ne peut ni ne doit ralentir le secteur privé dont l'essence est d'être un partenaire stratégique.
Notre secteur privé doit devenir un partenaire, pas parce qu'il est un contribuable, encore moins une caisse de financement, mais parce qu'il est stratégique pour l'Etat.
Et l'Etat doit savoir que ce partenaire a besoin de l'électricité industrielle à un cout compétitif pour qu'il puisse faire face à la concurrence, aux gros capitaux. C'est le prix à payer si le Sénégal veut industrialiser, transformer, exporter et attirer des investisseurs.
Le Sénégal doit changer de paradigme, il doit savoir que l'électricité n'est pas un confort. Qu'elle est au contraire l'oxygène de l'économie. Il doit savoir qu'il n'y a pas d'usine sans électricité, ni de commerce d'ailleurs, hôtels et PME.
Dans un monde où les chaînes de valeur sont mondialisées, un investisseur peut se permettre d'attendre une minute, il ne le fera pas pour des années non.
C'est dire les efforts que le Sénégal doit faire pour sécuriser son énergie, son coût, sa disponibilité et sa qualité. Il ne bâtira aucune économie compétitive avec des interruptions permanentes.
Et que dire des ménages qui tirent la langue. Essoufflés, ils attendent le retour d'une politique économique pour une table familiale mieux garnie, un marché plus achalandé, un panier rempli, un salaire qui ne fond pas comme beurre au soleil si on en dispose, un loyer qui ne troue pas les poches, une facture Senelec qui ne flambe pas, un Woyofal qui ne s'envole pas, un transport qui ne freine pas, une école qui ne redouble pas, des soins qui ne font pas plus de morts à enterrer. Le quotidien des cimetières est hallucinant.
Faut-il le rappeler, l'économie doit finir par arriver dans les poches et dans les assiettes si l'on ne veut pas qu'elle reste qu'un concept duquel croissance, pétrole, gaz, dette, reformes, souveraineté sortent creux, virtuels.
Fatigué, le Sénégalais ordinaire se demande : « quand est-ce que ma vie va s'améliorer ? » Le thermomètre sans état d'âme, froid comme la mort, mesure la cadence des corbillards dans le concert des sirènes sur la VDN.
Et comme les Sénégalais qui attendent, les partenaires regardent, se demandant si le Sénégal qui a besoin de partenaires, de capitaux, de technologies, de marchés, de compétences, de confiance, veut être vraiment souverain ?
Parce que souveraineté ne veut pas dire solitude.
On peut défendre ses intérêts sans fermer ses portes. On peut renégocier sans humilier. On peut contrôler sans décourager. On peut exiger davantage des partenaires sans leur donner le sentiment que le Sénégal est devenu une destination imprévisible. Ce d'autant qu'on trouve partout des ressources. Ce n'est pas le cas des terres rares, nous n'en avons pas.
Alors tranquille, ce d'autant qu'un investisseur ne regarde pas seulement les ressources d'un pays, il regarde aussi la stabilité, la prévisibilité, la règle de droit, la fiscalité, l'énergie, les infrastructures, la qualité du dialogue avec l'État.
Faut-il rappeler que la confiance est un capital que le capital va là où il se sent en sécurité. Alors revenons à la raison. Il est temps.
Temps de nous regarder dans le blanc des yeux. Temps de nous dire l'essentiel. Nous ne sommes pas le centre du monde. Le monde avance. L'Afrique aussi. Et les investisseurs comparent.
Entre les capitaux qui circulent, les entreprises qui choisissent, les talents qui partent, les technologies qui accélèrent, on joue au commercial.
Pendant que nous nous disputons sur nos certitudes, les autres construisent. Alors, revenons à l'essentiel. Vers une économie qui produit, une administration qui fonctionne, une justice qui rassure, une énergie disponible, des entreprises qui respirent, une dette maîtrisée, une jeunesse qui travaille, des investisseurs qui ont confiance, des partenaires qui comprennent où nous allons et enfin un peuple qui sent que demain peut être meilleur qu'aujourd'hui.
Ce pouvoir a donc une lourde une responsabilité, l'opposition aussi, tout comme le secteur privé, les syndicats, les médias, la société civile et nous autres les citoyens. Il est illusoire de croire que notre pays se redressera avec des gouvernements.
Il se redressera avec une conscience collective. Alors ne perdons plus de temps, le moment est venu de dépasser les querelles de personnes. De dépasser les susceptibilités, les calculs, les postures. Le Sénégal est plus grand que nos ego. Beaucoup plus grand.
Alors oui... corrigeons ce qui doit l'être. Réformons ce qui doit l'être. Reconnaissons ce qui n'a pas fonctionné. Protégeons ceux qui souffrent. Soutenons ceux qui produisent. Rassurons ceux qui investissent. Respectons ceux qui financent.
Et surtout... arrêtons de confondre le pouvoir avec le pays.
Le pouvoir, les partis, les coalitions, les gouvernements passent, sauf le Sénégal. Lui reste et lui seul. Et c'est précisément pour cela que chacun doit mesurer la gravité de sa responsabilité.
Parce qu'au bout du compte ce n'est pas notre ego qui paiera la dette. Ce n'est pas notre ego qui créera les emplois. Ce n'est pas notre ego qui fera tourner les usines. Ce n'est pas notre ego qui remplira le panier de la ménagère. Ce n'est pas notre ego qui attirera les investisseurs. Et ce n'est pas notre ego qui construira le Sénégal.
Alors, moins de bruit. Plus de travail. Moins de posture. Plus de résultats. Moins de nous. Plus de Sénégal qui n'a pas besoin qu'on lui explique encore et encore pourquoi nous avons raison.
Notre Sénégal a besoin que nous lui prouvions que nous sommes capables de faire mieux, maintenant.