Guinée: Décès ancien PM guinéen - Disjonction fatale pour 'Sidya Courant' (1)

Sa silhouette furtive d'un concentré d'énergie d'homme trapu va manquer aux milieux de la haute société ivoirienne et de la diaspora guinéenne à Abidjan, tout comme sa voix de ténor, désormais biffée de la scène politique guinéenne.

Hospitalisé depuis une dizaine de jours à l'hôpital américain de Paris, Sidya Touré, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est décédé le 25 septembre dernier, à 81 ans bien sonnés.

Né le 15 août 1945 à Dimbokro en Côte d'Ivoire, celui qui fut directeur de cabinet d'Alassane Ouattara, quand il était Premier ministre (1990 - 1993), Haut représentant du président Alpha Condé (2016 - 2018), après avoir été Premier ministre de Lansana Conté (1996 - 1999), ne soufflera donc pas sa 82e bougie. L'exil qu'il vivait depuis 2024, ne l'a pas seulement éloigné de sa patrie, la Guinée, ni disjoncté que de la politique, le disjoncteur a également sauté définitivement Sidya Courant de ses pénates terrestres pour l'ad patres.

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C'est un panafricaniste, ou tout au moins un binational, ivoiro-guinéen, sans les oeillères de ce que Lénine qualifiait de "maladie infantile du communiste", le gauchisme, qui a tiré sa révérence. Inspecteur des finances de formation, ce diplômé de l'Ecole nationale du Trésor de Paris, avant d'être mordu par le virus de la politique, a traîné sa bosse d'administrateur des finances et d'entreprises publiques, principalement en Côte d'Ivoire. Le poison de l'Ivoirité après le décès du président Félix Houphouët Boigny, les vicissitudes de l'ascension politique de son mentor d'alors, Alassane Ouattara, vont favoriser son écoute des appels venus de la Guinée paternelle.

Nommé Premier ministre, puis Haut représentant du président de la République, il peut être cité comme l'un des grands architectes de la renaissance démocratique en Guinée. En effet, élu président de l'Union des Forces républicaines (UFR) au congrès de mai 2000, sa pugnacité avait donné beaucoup de visibilité à l'opposition aux côtés de Cellou Dalein Diallo, Siradou Diallo et autres, avant l'avènement du Colonel Mamadi Doumbouya et de son Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).

Les mésentes sur la durée de la transition, l'organisation de la présidentielle de décembre 2025, pire, la dissolution de 40 partis politiques en mars 2026, dont l'UFR, avaient plus qu'effiloché l'engagement politique de feu Sidya Touré. Poussé à l'exil hier, aujourd'hui c'est une voix forte, déterminée dans le concert des diapasons pour une Guinée stable, guérie des fractures du clientélisme politique, du communautarisme centrifuge de l'unité nationale, de la xénophobie, qui s'est éteinte ce 25 septembre. Sa volonté de réformateur, de gestionnaire intègre, d'anti-bureaucratie sclérosante de l'administration publique, avec des lauriers dans l'amélioration de l'offre des services sociaux de base, notamment en matière d'eau et d'électricité, lui ont valu le surnom de Sidya Courant.

De fait, durant son mandat de Premier ministre (1993 - 1999), les Guinéens, notamment les habitants de Conakry, ont moins souffert des délestages, des coupures d'eau et des ruptures de médicaments essentiels génériques. Idem pour les clivages ethniques et régionaux entre Guinée forestière et Guinée des hauts plateaux qui ont poussé racine dans l'administration publique et les partis politiques.

Beaucoup de Guinéens lui en ont été gré lors de l'élection présidentielle de juin 2010 où le porte-étendard de l'UFR qu'il était a réuni près de 16% des suffrages pour sa candidature. Il avait alors appelé à voter pour Cellou Dalein Diallo, rompant définitivement les amarres d'avec Alpha Condé pour inscrire son combat pour la stabilité et l'unité nationale dans l'opposition. Le général Mamadi Doubouya et son gouvernement ne sont pas loin de s'inscrire dans les idéaux de Sidya Courant, du moins dans le discours. Pourvu que les actes s'inscrivent dans leurs déclinaisons verbales et que les reformes de l'ancien Premier ministre lui survivent et prospère pour le bonheur des populations guinéennes.

En attendant ce minimum vital pour tout gouvernement qui se dit patriote et proche des populations, au nom du rassemblement pour le développement, des personnalités comme Sidya Touré méritent des hommages posthumes de l'Etat et des populations guinéennes. Certes, l'homme n'est pas exempté de toute critique quant à ses actions politiques ou à sa vie d'humain, mais les grands peuples, les grandes nations sont celles qui savent retenir l'allure générale de la trajectoire de l'engagement de ses fils appelés à le servir au plus haut niveau des fonctions publiques. Quand la courbe est globalement ascendante, l'Etat devrait y voir la pierre ajoutée à la pierre dans la construction de la destinée commune et gommer les erreurs non rédhibitoires.

Dans cette logique, disons tout haut ce que beaucoup murmurent tout bas à Abidjan et à Conakry : La dépouille de Sidya Touré, sous réserve de ce que souhaite sa famille biologique, sera-t-elle rapatriée et enterrée en Guinée avec des hommages officiels. Ce serait le must pour que le disjoncteur n'ait pas sauté fatalement pour la vie d'homme et l'héritage politique de ce grand commis de l'Etat guinéen.

 

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