Le ciel du Kwango vient de basculer dans l'horreur, emportant avec lui dix-sept vies et plongeant la République Démocratique du Congo dans une stupeur indicible. Au-delà du bilan chiffré, déjà lourd, ce drame aérien frappe l'Etat en plein coeur. En perdant simultanément le Lieutenant-Général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, 1er Président de la Haute Cour militaire, et le Lieutenant-Général Lucien-René Likulia Bakumi, Auditeur Général des FARDC, la Nation ne pleure pas seulement des citoyens.
Elle perd deux des plus hauts piliers de son architecture judiciaire et sécuritaire, des serviteurs de l'ombre dont l'autorité et la rigueur incarnaient la discipline républicaine. Face à cette tragédie nationale, la réponse institutionnelle s'est voulue immédiate et solennelle. La mise en berne des drapeaux sur toute l'étendue du territoire national, dès ce lundi 28 septembre, et l'instauration prochaine de trois jours de deuil national traduisent l'immensité du choc. Cet appel au recueillement et à la dignité, lancé par le gouvernement, est indispensable. Il offre un rempart de respect aux familles foudroyées par la brutalité de la perte.
Mais si le temps des larmes impose la retenue, il ne saurait anesthésier l'exigence de justice. Le recueillement ne doit pas occulter les questions légitimes qui surgissent des décombres de l'appareil de Kenge. L'annonce d'une enquête immédiate par le ministre d'État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, est un signal fort et nécessaire. Cependant, dans un pays trop souvent éprouvé par les défaillances de sa sécurité aéroportuaire et la vétusté de ses liaisons aériennes, cette investigation ne peut se contenter d'être une simple formalité protocolaire. Elle doit être menée avec une transparence absolue et une célérité exemplaire.
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Il ne s'agit pas uniquement de déterminer les défaillances techniques ou humaines qui ont conduit à ce crash meurtrier. Il s'agit de restituer la vérité aux familles des victimes et de garantir aux Congolais que les leçons de ce drame seront définitivement tirées. Quelles étaient les conditions de vol ? Quel était l'état de maintenance de l'aéronef ? Les protocoles de vérification ont-ils été scrupuleusement respectés avant le décollage ? A ces interrogations cruciales, l'enquête administrative et judiciaire devra répondre sans complaisance ni faux-fuyants.
Alors que les drapeaux tricolores s'abaissent le long de leurs mâts, c'est l'image même de la sécurité de nos voies de communication qui vacille à nouveau. Aujourd'hui, la patrie salue la mémoire de ses hauts magistrats et de leurs collaborateurs fauchés en pleine mission de service. Demain, lorsque la terre du Kwango aura refermé ses plaies et que les honneurs militaires auront été rendus, la seule véritable manière d'honorer la dignité des disparus sera de faire toute la lumière sur ce crash. Le deuil passe, la justice demeure.