Burkina Faso: De plus en plus d'avis divergents sur la stratégie militaire ?

29 Septembre 2026

Après six ans de silence, l'ex-Président de la transition burkinabè, *Yacouba Isaac Zida, a brisé le mutisme. Dans un entretien accordé au journal en ligne "Courrier Confidentiel" publié cette semaine, l'ex-lieutenant-colonel qui s'était fait nommer général de division en 2014 revient sur la gestion du pays par le capitaine Ibrahim Traoré.

Et le propos fait mal. Selon Courrier Confidentiel, le Général Yacouba Isaac Zida, qui fut l'un des premiers soutiens du putsch du 30 septembre 2022, critique désormais ouvertement la conduite des affaires. « J'ai soutenu, je ne cautionne plus », déclare l'ancien homme fort des 21 jours de transition après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014.

Nommé président de la transition pendant 21 jours, il dit connaître la pression du pouvoir sous les bombes. Son constat, rapporté par Courrier Confidentiel, est sévère : isolement diplomatique, dérive sécuritaire, absence de cap politique clair. Deux points cristallisent son désaccord : la coopération étrangère et la lutte antiterroriste.

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Sur le plan diplomatique, Zida dénonce dans l'entretien « _la rupture quasi-totale avec les partenaires occidentaux traditionnels et la dépendance croissante vis-à-vis d'acteurs extérieurs sans contrepartie structurante ». « On a confondu souveraineté et autarcie », lâche-t-il selon le média en ligne.

Sur le terrain militaire, il pointe toujours selon Courrier Confidentiel « l'absence de résultats tangibles malgré la mobilisation générale ». « On gagne des villages et on en perd trois. On n'a pas de stratégie de reconquête durable », estime-t-il.

Ses critiques n'ont évidemment pas plu. Dans les médias proches du pouvoir, cités par plusieurs observateurs à Ouagadougou, on parle de « trahison » et de « tentative de déstabilisation ».

Le cas Zida révèle une fracture plus profonde. Depuis 2014, le Burkina a connu plusieurs régimes de transition : Zida après Compaoré, Damiba en janvier 2022, puis Traoré depuis septembre 2022. Aujourd'hui, aucun ne valide la ligne actuelle.

Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022, avait depuis le Togo dénoncé dans une interview à Jeune Afrique en 2023 une gestion « émotionnelle » et « sans planification » de la guerre. Il appelait à un retour à une coopération « multilatérale équilibrée » avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et l'Onu. Selon des sources sécuritaires à Ouagadougou, il a été ramené d'exil de Lomé et se trouve actuellement aux mains des autorités.

Michel Kafando, président de transition civil de 2014 à 2015, a pour sa part regretté par voix interposée, dans une déclaration relayée par Radio Oméga en août 2025, « la mise à l'écart des institutions » et le manque de dialogue politique.

Même au sein de l'armée encore en poste, les divergences filtrent. Plusieurs officiers supérieurs, en poste à Ouagadougou et dans les régions, confient en privé à des journalistes locaux que la priorité donnée aux partenariats militaires extérieurs au détriment du renseignement humain et du développement local affaiblit la reconquête.

Les rumeurs autour du Commandant Amadou Yabré sèment certainement le doute chez bon nombre de Burkinabè. Le malaise est allé jusqu'au sommet de l'appareil sécuritaire. Depuis plusieurs semaines, des rumeurs persistantes relayées par L'Événement et Burkina 24 font état de tensions entre le capitaine Ibrahim Traoré et le Commandant Amadou Yabré, figure montante de la lutte antiterroriste et ancien proche du MPSR II.

Selon des sources sécuritaires citées par Burkina 24, le désaccord porterait sur la stratégie militaire. Yabré plaiderait pour une pause dans les grandes offensives, afin de consolider les zones reprises et renforcer les VDP, quand Traoré privilégierait la pression continue.

Il porterait aussi sur la diplomatie. Toujours selon ces mêmes sources, Yabré serait favorable à une réouverture prudente du dialogue avec certains partenaires techniques occidentaux pour l'équipement et le renseignement, alors que Traoré assume une rupture affichée.

Le Commandant Yabré n'a ni démenti ni confirmé. Le porte-parole du gouvernement a qualifié ces informations de « campagne d'intox » lors du point presse du 20 septembre. Mais dans les casernes, on retient que même les artisans de la prise de pouvoir de 2022 ne parlent plus d'une seule voix.

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