Dans un monde dominé par l'urgence et les préoccupations matérielles, la poésie peut-elle encore se faire entendre ? Cette question a nourri, vendredi dans l'enceinte de la Kasbah de Tanger, un échange de haut vol qui a crédité la poésie d'un rôle « nécessaire » dans les sociétés modernes.
Le débat, modéré par le romancier, essayiste et poète Kebir Mustapha Ammi, a été animé par les poètes et écrivains Kaïsse Ben Yahya et Noureddine Bousfiha, dans le cadre de la deuxième édition des Rencontres méditerranéennes de Tanger.
Pour Kaïsse Ben Yahya, la poésie ne prétend ni résoudre les crises ni arrêter les guerres. Elle peut, en revanche, rappeler à l'être humain ses valeurs et constitue, à ce titre, une forme de résistance.
Le poète, a-t-il estimé, n'a pas besoin de toucher un vaste public pour remplir cette fonction. L'essentiel pour lui est que sa parole continue de circuler et d'émouvoir.
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Evoquant sa pratique, il a décrit une écriture née de l'émotion, qu'il saisit dès qu'elle se présente, parfois sur son téléphone. Le choix de la langue, arabe ou français, s'impose à lui selon ce qu'il cherche à exprimer. La musicalité des mots et leur capacité à toucher le lecteur demeurent, à ses yeux, au coeur du poème.
Noureddine Bousfiha a, pour sa part, insisté sur le travail du langage, des images et des métaphores. Si les démarches des poètes diffèrent, a-t-il relevé, la poésie permet de porter un regard sur le monde et d'en révéler une part qui échappe aux explications ordinaires.
Il a aussi déploré le manque d'accompagnement dont souffre la poésie dans le secteur de l'édition, tout en évoquant les nouvelles formes d'expression vers lesquelles elle se déploie, notamment le slam et le rap.
Les échanges avec le public ont prolongé cette réflexion sur l'accessibilité du poème et sur la place de la sensibilité dans une société attachée à la raison. La poésie, ont souligné les intervenants, gagne à être transmise et partagée dès le plus jeune âge.
La matinée poétique a été ponctuée par une conversation avec le poète et universitaire Abdelkhalek Jayed, qui a été, l'espace d'un débat, « la voix buissonnière » des poètes.
Aux yeux de Jayed, la poésie est une « errance créatrice et libératrice » qui résiste à toute tentative de définition. Chaque poète, a-t-il expliqué, en a une conception différente et une approche particulière modelée et articulée à sa vision du monde.
Organisée par la Fondation Founoun Al Boughaz - Arts du Détroit, avec le soutien du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et de la mairie de Tanger, cette deuxième édition des Rencontres méditerranéennes se poursuit jusqu'au 27 septembre. Elle est consacrée aux voix, aux regards et aux récits des femmes de la Méditerranée.