Maroc: Pénurie de Gardénal - Un médicament vital mais aujourd'hui introuvable

29 Septembre 2026

Peu rentable pour les laboratoires et délaissé par la chaîne d'importation, ce traitement essentiel pour les personnes atteintes d'épilepsie paie au prix fort son statut de médicament bon marché.

Dans les pharmacies de tout le pays, un médicament manque à l'appel. Pas un remède de confort, pas un produit dont on saurait se passer quelques semaines. Le Gardénal 50 mg, barbiturique prescrit depuis des décennies pour contenir les crises d'épilepsie, a disparu des rayons du marché national. Pour des milliers de Marocains, la nouvelle n'a rien d'une péripétie passagère. Elle s'abat sur leur quotidien comme une menace sans échéance.

L'épilepsie ne pardonne pas l'interruption. Le traitement agit comme un rempart, et l'on ne retire pas impunément un étai à une bâtisse fragile. Lorsque la prise s'arrête, ou qu'on la remplace au hasard des disponibilités, les crises peuvent revenir, parfois plus violentes, parfois sans le moindre avertissement. Le danger prend alors des visages très concrets : la chute dans la rue, l'accident sur la route, la brûlure dans la cuisine, et, dans les cas les plus graves, ces crises prolongées qui exigent une prise en charge en urgence.

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Tous les médecins le rappellent inlassablement : on ne joue pas avec un antiépileptique. Substituer une molécule à une autre suppose un suivi médical, un temps d'adaptation, une surveillance attentive de la réaction de l'organisme. Cela ne s'improvise pas dans l'affolement d'une pénurie. Or c'est bien à l'improvisation que se trouvent aujourd'hui réduits les personnes atteintes d'épilepsie .

Les réserves du marché sont épuisées, partout où l'on frappe. La quête d'une boîte de Gardénal 50 mg ressemble désormais à un parcours d'obstacles. Les familles téléphonent, se déplacent, comparent, espèrent. Celles qui en ont les moyens cherchent des solutions de repli, souvent sans certitude sur leur efficacité. Les autres attendent, en comptant les comprimés restants comme on compte les jours d'un sursis.

L'angoisse déborde largement le cadre médical. Elle entre dans les foyers, s'assoit sur les bancs de l'école, suit les malades jusque sur leur lieu de travail. Quand le traitement vacille, c'est un enfant que sa mère n'ose plus laisser seul, même quelques minutes. C'est un adulte stabilisé depuis des années qui se remet à redouter la crise devant ses collègues, le regard des autres, et parfois pire encore : la perte de son emploi. L'épilepsie traîne déjà son lot de préjugés et de silences. La pénurie les ravive.

Face à cette situation, les associations qui accompagnent les patients ont tiré la sonnette d'alarme. Elles ont écrit au ministère de la Santé et de la Protection sociale, exposé l'urgence, demandé des explications. Pas un mot en retour. Ni sur l'origine de la rupture, ni sur son ampleur, ni sur la date d'un éventuel retour du produit, les associations n'ont reçu le moindre éclaircissement.

Ce mutisme est peut-être ce qu'il y a de plus troublant dans cette situation. Une pénurie s'explique, se gère, se documente. Elle se dit aussi. En s'abstenant de le faire, le ministère laisse les malades face à un vide, et le vide, en matière de santé, est toujours un terrain fertile pour l'angoisse. Il nourrit également la rumeur, l'inquiétude, la spéculation, et sape la confiance que les citoyens placent dans le système censé les protéger.

Reste à comprendre comment l'on en arrive là. Les ruptures de stock ne sont pas une nouveauté au Maroc, et leurs mécanismes sont bien identifiés : difficultés d'approvisionnement, retards d'importation, marges jugées trop faibles pour des produits anciens, désintérêt des fabricants pour des molécules peu rentables. Le Gardénal, vieux compagnon des neurologues, appartient précisément à cette catégorie de médicaments discrets, bon marché, indispensables et pourtant vulnérables. Ce sont souvent ceux que le marché oublie en premier, alors qu'ils soutiennent des traitements de fond dont dépend la vie de milliers de personnes.

Faute d'information officielle, on ne saurait dire laquelle de ces causes s'applique ici. C'est justement ce que réclament les associations : un diagnostic clair, des explications et des engagements précis sur la date du retour du médicament.

Il appartient désormais au ministère, et aux institutions habilitées à importer ce médicament vital, d'agir sans délai. Leur responsabilité est double. Rétablir l'approvisionnement, d'abord, par tous les canaux d'importation dont elles disposent. Communiquer, ensuite, avec la transparence que l'on doit à des citoyens dont l'équilibre dépend d'une simple boîte de comprimés.

Les associations ont posé leurs questions par écrit, comme on le fait dans un État de droit. Elles attendent toujours qu'on leur réponde. Ce n'est pourtant pas une faveur qu'elles réclament, mais un dû : savoir pourquoi un médicament de première nécessité a déserté les pharmacies, et quand il y reviendra. Pour l'instant, elles n'ont reçu ni l'un ni l'autre. Les pharmacies n'ont rien à délivrer, et le ministère, rien à déclarer.

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