Maroc: Carburants - Le plein de la rentrée tourne au coup de massue

Le gasoil franchit les 16 dirhams le litre, l'essence gagne près d'un demi-dirham selon les régions et, derrière le réservoir des automobilistes, c'est toute la chaîne des prix qui se retrouve sous pression. Une rentrée décidément généreuse avec le portefeuille.

Le litre passe, la facture suit

Il y avait mille façons d'entamer le mois d'octobre. Le Maroc a choisi la plus automobile : une nouvelle hausse des carburants. Dès les premières heures de ce jeudi 1er octobre, le gasoil s'est offert une augmentation d'environ 80 centimes par litre, tandis que l'essence sans plomb grimpe d'environ 39 centimes. Le diesel passe ainsi la barre symbolique des 16 dirhams, autour de 16,10 DH le litre dans plusieurs relevés, quand l'essence gravite désormais autour de 15,60 DH, avec des variations selon les enseignes et les régions.

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Le seuil psychologique est donc franchi, et comme souvent avec les prix, le symbole compte presque autant que le chiffre : 16 dirhams le litre de gasoil, c'est la nouvelle référence avec laquelle les automobilistes devront composer. Le plein d'un réservoir de 50 litres revient désormais à environ 805 dirhams au tarif indicatif de 16,10 DH, contre quelque 765 dirhams avant cette révision. Une quarantaine de dirhams de plus pour remplir exactement le même réservoir, sans que la voiture ait gagné le moindre kilomètre d'autonomie. C'est toute la magie discrète de l'inflation : payer davantage pour obtenir la même chose, quand ce n'est pas moins.

Le problème est précisément là. Le carburant n'est pas un produit que l'on retire du panier lorsque son prix s'envole. Il irrigue l'économie entière : il transporte les travailleurs, les marchandises, les légumes, les fruits, les colis, les matériaux de construction, les produits industriels et, accessoirement, les enfants vers l'école. Lorsque le gasoil prend 80 centimes, ce n'est donc pas le seul conducteur qui reçoit la facture. Une partie de la hausse finit par se loger ailleurs, dans les coûts de transport d'abord, dans les prix finaux ensuite.

Trois mois de hausse et une addition qui s'allonge

Le plus préoccupant n'est pas tant la hausse de ce 1er octobre que sa place dans une séquence beaucoup plus longue. Depuis le milieu de l'été, le gasoil accumule les augmentations : après un repli au début de la saison, les tarifs ont progressé à la mi-juillet, au début d'août, à la mi-août, puis en septembre, avant le nouveau bond de ce jeudi. Le cumul depuis la mi-juillet est désormais évalué à environ 3,54 DH par litre.

Le portefeuille n'affronte donc pas une mauvaise nouvelle isolée, mais une série. Or les séries ont cette particularité désagréable de produire des sommes qui, elles, ne ressemblent plus du tout à des centimes.

Pour un automobiliste consommant 50 litres par mois, ces 3,54 DH cumulés représentent théoriquement 177 DH supplémentaires mensuels par rapport au niveau de la mi-juillet. Pour celui qui parcourt davantage de kilomètres, l'addition grimpe mécaniquement. Pour les professionnels du transport, dont l'activité repose directement sur le carburant, le problème change encore d'échelle.

Le gouvernement a d'ailleurs annoncé la reconduction du soutien financier direct aux professionnels du transport routier de marchandises et de personnes, dont le montant évoluera en fonction des prix des carburants. L'objectif affiché est de limiter la répercussion de la hausse sur les tarifs payés par les usagers et de préserver la continuité du transport et de l'approvisionnement.

Voilà pourtant le paradoxe : s'il faut soutenir certains maillons de la chaîne pour que la hausse du carburant ne se convertisse pas aussitôt en hausse des prix, c'est bien que le choc énergétique a déjà commencé à se diffuser dans l'économie. Le carburant augmente à la pompe, puis l'État s'emploie à empêcher que la pompe ne mette le feu au reste du panier.

Le baril explique beaucoup, mais pas tout

Cette hausse ne tombe évidemment pas du ciel. Le Maroc demeure fortement dépendant des marchés internationaux pour son approvisionnement en produits pétroliers raffinés. Le Conseil de la concurrence rappelle que les cotations de référence utilisées par les opérateurs marocains sont celles des produits raffinés du marché du nord-ouest européen, notamment dans la zone Amsterdam-Rotterdam-Anvers. Tensions géopolitiques et perturbations des chaînes d'approvisionnement peuvent donc se transmettre directement au marché national.

Le contexte international actuel réunit précisément cette fâcheuse combinaison : tensions géopolitiques, incertitudes sur les approvisionnements, nervosité des marchés et pression sur les produits raffinés. Le prix du brut attire naturellement tous les regards, mais le prix à la pompe ne dépend pas uniquement du baril. Les cotations des produits raffinés, les coûts d'approvisionnement, le transport, le stockage, la fiscalité et les conditions commerciales entrent tous dans l'équation.

C'est ici que le débat marocain devient intéressant. Dans ses analyses de 2026, le Conseil de la concurrence a observé une transmission différenciée entre les cotations internationales et les prix à la pompe. Pour le gasoil, sur les périodes étudiées au printemps, la répercussion des hausses internationales avait été partielle ; pour l'essence, elle avait parfois dépassé la variation des cotations. Le Conseil n'avait relevé aucun comportement anticoncurrentiel, tout en soulignant que l'alignement des opérateurs sur des dates de révision identiques et des amplitudes comparables pouvait limiter la souplesse du marché.

Autrement dit, «c'est le pétrole mondial» constitue une explication sérieuse, mais pas nécessairement exhaustive, à chaque centime près. Entre le baril, le produit raffiné, le fret, les stocks, les achats, les marges, la fiscalité et la pompe, le litre parcourt une petite autoroute comptable avant d'atterrir dans le réservoir du citoyen. Et cette autoroute, bien sûr, ne fonctionne pas gratuitement.

L'enjeu des prochaines semaines sera donc moins de savoir si les automobilistes continueront à payer cher leur plein, ils le savent déjà, que de mesurer l'effet de cette séquence sur le transport et les prix à la consommation. Car le gasoil peut bien rester prisonnier de la pompe quelques heures; dans une économie dépendante du transport routier, il y reste rarement longtemps.

Le citoyen, lui, connaît la mécanique par coeur. Il verse davantage de dirhams dans son réservoir, puis découvre, quelques jours ou quelques semaines plus tard, que d'autres produits ont eux aussi pris quelques centimes. Lorsqu'il demande pourquoi, la réponse arrive avec la régularité d'un plein à la station : le contexte international. Ce contexte est, certes, réel. La facture, elle, l'est encore davantage.

Au Maroc, en matière de carburants, remplir son réservoir n'est décidément plus seulement une affaire de voiture. C'est désormais une petite consultation économique du pays : il suffit de regarder le montant affiché à la pompe pour savoir, très concrètement, dans quel état se porte le portefeuille.

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