Ile Maurice: Le bureau du DPP met en lumière les victimes que l'on ne voit pas

Harcèlement, spoliation financière, hommes battus, aînés dépouillés, enfants violents : la newsletter d'octobre du bureau du Directeur des Poursuites publiques (DPP) explore ce que le foyer dissimule, au-delà du viol conjugal.

Les chiffres plantent le décor. En 2025, 7 562 cas de violence domestique ont été signalés au ministère de l'Égalité des genres, et la Cour suprême a délivré 1 320 ordonnances provisoires et 657 ordonnances de protection. Dans l'éditorial du numéro 139 de la newsletter, Me Bhavna Bhagwan, Senior State Counsel, rappelle qu'il y a des personnes réelles derrière ces statistiques. La Domestic Abuse Act (DAA) de 2026 remplace la loi de 1997.

Premier angle mort : le harcèlement obsessionnel. Maurice ne connaît pas d'infraction de stalking à proprement parler. On s'appuie sur l'intimidation criminelle ou sur le délit de rogue and vagabond. Le DAA range le harcèlement sous l'abus psychologique, sans le définir. Selon Me Yushina Beedassy, State Counsel, les procureurs doivent donc prouver des actes isolés (50 textos anodins, des cadeaux anonymes, une silhouette devant le lieu de travail), alors que c'est le schéma d'ensemble qui terrorise. Elle plaide pour une infraction autonome, à l'anglaise.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Autre violence sans bleus : l'argent. Me Mushiirah Soogah, State Counsel, détaille les huit formes d'abus économique que reconnaît désormais la loi, notamment entretenir la dépendance, retenir de quoi vivre, saboter une recherche d'emploi, forcer à signer une procuration, à s'endetter ou à réclamer des allocations pour mieux les confisquer. Le texte vise les couples mariés ou non, les personnes sous le même toit et toute la famille.

Les hommes aussi poussent la porte des tribunaux, plus discrètement : 224 demandes de protection en 2025 devant les cours de district, avec 154 ordonnances provisoires et 78 ordonnances de protection à la clé. Me Yeshna Dindoyal, State Counsel, y voit le poids d'une éducation qui interdit de pleurer ou de paraître faible. Chez les plus de 60 ans, qui représentaient près d'un cinquième de la population en 2023, la menace vient souvent d'un proche. Me Urshita Seebarruth, State Counsel, rappelle que la loi de 2005 punit les mauvais traitements, le harcèlement moral prolongé et le préjudice financier intentionnel, d'une amende pouvant atteindre Rs 50 000 et d'une peine d'emprisonnement de deux ans. La pension, parfois seule source d'autonomie, est la première cible : collectée «pour aider», il arrive qu'elle ne parvienne jamais au retraité.

Plus troublant : l'enfant qui terrorise les siens. Sania Soodhun, pupil-barrister, évoque la violence apprise, la drogue ou l'enfant lui-même victime. Avant 14 ans, nulle responsabilité pénale. Le Parquet pèse ensuite l'intérêt de l'enfant et l'intérêt public, et une mesure de diversion peut remplacer les poursuites. Le plus dur reste de parler, tant la honte pèse sur les parents.

Reste à franchir le seuil du domicile. Kenny Armoogum, pupil-barrister, décrit le parcours : plainte dans n'importe quel poste de police, demande transmise par voie électronique, audience possible à distance. L'ordonnance, valable deux ans au plus, peut interdire d'approcher la victime, de la contacter ou de détenir une arme à feu. Tout cela gratuitement.

Ce bulletin fait aussi état d'un Cyber Drill avec le CERT-MU, de même qu'une table ronde sur la traite des êtres humains. Mais le fil rouge est ailleurs : une loi ne protège que si elle est saisie.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.