Le déplacement du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye en Égypte appelé le pays des Pharaons, ne se résume pas à une séquence diplomatique supplémentaire. Il intervient dans une série de visites au pas de charge où Dakar cherche à articuler attractivité économique, financement du développement et intégration africaine.
Les échanges d'El-Alamein ont notamment débouché sur des engagements continentaux autour du financement des PME et de la mobilisation du capital privé.
Après Washington, Abu Dhabi et New York, Bassirou Diomaye Faye poursuit son offensive diplomatique avec une étape égyptienne placée sous le signe de l'économie et de l'intégration africaine. À El-Alamein, le président sénégalais entend inscrire son action dans une double logique : diversifier les partenariats du Sénégal tout en défendant, à l'échelle continentale, des mécanismes capables de mieux financer le développement africain.
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Arrivé en Égypte ce 2 octobre, après sa participation à la 81e Assemblée générale des Nations unies, le Chef de l'État sénégalais a retrouvé plusieurs dirigeants africains autour des enjeux de développement et d'intégration. Mais son agenda ne s'est pas limité aux enceintes institutionnelles. Dakar a également voulu faire de cette étape un rendez-vous avec des investisseurs et des décideurs économiques.
Cette visite en Égypte intervient dans un contexte où le financement demeure l'un des principaux goulets d'étranglement du développement africain. À New York, quelques jours auparavant, Bassirou Diomaye Faye avait déjà plaidé pour une réforme de l'architecture financière internationale, mettant en avant les déficits d'infrastructures, la sous-industrialisation, le poids de la dette et les difficultés persistantes de mobilisation des ressources.
Financements innovants, partenariat dans le secteur aéronautique
À El-Alamein, cette problématique a pris une dimension plus opérationnelle. La rencontre des cinq pays fondateurs du NEPAD - Algérie, Afrique du Sud, Égypte, Nigeria et Sénégal - s'est conclue par l'adoption de la Déclaration d'Alamein.
Parmi les pistes retenues figure la création d'une plateforme destinée à mobiliser les capitaux privés africains d'ici février 2027. Une facilité continentale dédiée aux PME et aux chaînes de valeur est également annoncée pour la mi-2027, tandis qu'un instrument africain de réduction des risques et de financement mixte doit voir le jour dans les dix-huit prochains mois.
L'enjeu est considérable
Les petites et moyennes entreprises constituent une part essentielle du tissu économique africain, mais leur accès au crédit et aux financements à long terme demeure limité. En agissant simultanément sur la mobilisation du capital privé, la réduction du risque et le financement mixte, les dirigeants africains cherchent à s'attaquer à l'un des handicaps structurels du continent: disposer de projets et d'entrepreneurs et s'arrimer de mécanismes financiers suffisamment adaptés pour transformer ces opportunités en investissements.
La question est désormais celle de l'exécution. Les annonces continentales sont nombreuses ; leur crédibilité dépendra de la capacité des États à transformer les déclarations politiques en instruments effectivement accessibles aux entreprises.
Pour Dakar, l'équation est également nationale. La visite égyptienne s'inscrit dans une stratégie de diversification des partenaires économiques, alors que le Sénégal cherche à attirer davantage de capitaux dans les secteurs considérés comme stratégiques.
Air Cairo, Air Sénégal dans les starting-blocks
À El-Alamein, Bassirou Diomaye Faye s'est notamment entretenu avec des responsables d'Air Cairo, du groupe Infinity et de la Banque nationale d'Égypte. Les discussions ont porté sur le transport aérien, l'énergie renouvelable, le financement bancaire et les échanges commerciaux. Air Cairo a notamment évoqué la reprise d'une liaison directe entre Le Caire et Dakar ainsi qu'un accompagnement d'Air Sénégal dans la formation de ses personnels techniques et navigants. Infinity, déjà présent au Sénégal à travers Infinity Power, a pour sa part manifesté son intérêt pour de nouveaux projets solaires et éoliens pouvant atteindre une capacité annoncée d'un gigawatt.
Ces discussions donnent un contenu concret à la diplomatie économique prônée par Dakar. Elles traduisent surtout une volonté de ne pas dépendre d'un nombre restreint de partenaires et de rechercher, au-delà des financements traditionnels, des investisseurs capables d'intervenir directement dans les infrastructures, l'énergie, la logistique ou les services.
Cette orientation n'est pas nouvelle dans l'agenda du président sénégalais. À Washington et à Abu Dhabi, en septembre, il avait déjà multiplié les contacts avec les institutions financières internationales, des entreprises américaines et les autorités émiraties. Les discussions avec les Émirats avaient notamment porté sur un nouveau partenariat économique couvrant les finances, les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, la logistique et le numérique.
La séquence d'El-Alamein prend enfin une dimension institutionnelle particulière pour Bassirou Diomaye Faye. Le président sénégalais doit participer, dimanche 4 octobre, à la huitième Réunion de coordination semestrielle de l'Union africaine et des Communautés économiques régionales, en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO. La rencontre doit notamment examiner les enjeux de l'intégration économique du continent.