65 établissements et entreprises publics ont réglé, en 2025, des amendes atteignant 423,2 millions de dirhams pour avoir payé leurs fournisseurs hors des délais légaux. Le rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement, qui dresse le bilan de l'exercice 2025, constate pourtant une amélioration générale du respect des délais. Il met aussi au jour des foyers de retard qui persistent dans une partie du secteur public, au moment où les entreprises, les petites et moyennes surtout, mesurent avec une acuité croissante ce que coûte un paiement tardif à leur trésorerie.
Moins d'argent, plus de contrevenants
Le nombre d'établissements et d'entreprises publics ayant acquitté des amendes pour des factures réglées hors délai est passé de 59 en 2024 à 65 en 2025, soit une hausse de 10,2 %. Dans le même temps, le montant global de ces amendes a nettement reculé, de 720,3 millions à 423,2 millions de dirhams, soit 41,2 % de moins. Le cercle des sanctionnés s'élargit, la facture se réduit. Le rapport ne dit pas autre chose : les sanctions touchent plus d'acteurs, pour un coût total moindre.
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Ces 423,2 millions représentent 31,8 % des 1,331 milliard de dirhams d'amendes enregistrées l'an dernier. Ce total additionne les sanctions financières infligées aux secteurs public et privé dans le cadre du dispositif des délais de paiement. Près d'un tiers des amendes du pays procède donc d'établissements et d'entreprises publics. Rapporté au volume des factures, le poids de ces amendes est tombé de 2,6 % en 2024 à 0,8 % en 2025.
Une précision s'impose, et le rapport la donne lui-même. Les amendes ne frappent pas l'ensemble des factures traitées par un établissement, mais seulement celles qui ont réellement franchi le délai légal. Un établissement au délai moyen globalement maîtrisé peut ainsi être sanctionné pour quelques dossiers en retard, sans que son système de paiement soit défaillant dans son ensemble. L'explication est recevable. Elle ne doit pas devenir un paravent.
Une moyenne qui rassure, des extrêmes qui s'aggravent
Sur les 205 établissements et entreprises publics soumis au suivi, 189 maintenaient à la fin de décembre 2025 un délai moyen de paiement inférieur ou égal à 60 jours. Le taux de conformité atteint ainsi 92 %, contre 90 % un an plus tôt. Le nombre d'entités au-dessus de ce seuil est passé de 22 à 16.
L'indicateur global masque une évolution plus préoccupante dans la zone des retards longs. Les entités dont le délai moyen dépasse 90 jours sont passées de 8 à 12. Celles qui se situent dans la tranche la plus critique, au-delà de 120 jours, ont doublé, de 3 à 6. L'Observatoire en tire la conséquence : les 16 entités au-dessus de 60 jours, et plus encore les 12 au-dessus de 90 jours, constitueront une priorité de ses prochaines opérations de suivi.
Un progrès qui s'essouffle
Le recul obtenu depuis 2018 reste considérable. Le délai moyen de paiement des établissements et entreprises publics est tombé de 55,9 jours en décembre 2018 à 32,5 jours fin 2025, soit 23,4 jours de moins, une baisse cumulée de 41,9 %. Mais la courbe est quasi plate depuis 2023. Entre 2024 et 2025, elle a même remonté de 0,8 jour, de 31,7 à 32,5 jours.
Le constat est limpide. La marge de progrès que les mesures générales pouvaient offrir se réduit, et ce qui reste à gagner se trouve chez les établissements les plus en retard. Il faudra les traiter un par un.
Des foyers de retard qui se concentrent
La lecture par secteur est instructive. Sur les 16 établissements et entreprises publics en dépassement en décembre, sept relèvent du secteur « Social, santé, éducation et formation », soit 44 % du total. Quatre des six cas de retards critiques, supérieurs à deux mois, se trouvent dans ce même secteur. Le secteur « Habitat, urbanisme et développement territorial » compte, lui, trois des six établissements dont les retards se situent entre un et deux mois.
Le rapport apporte une nuance qu'il ne faut pas omettre. Trois des 16 entités concernées exercent dans le cadre du Code de commerce, qui autorise un délai pouvant aller jusqu'à 120 jours lorsque les parties en conviennent expressément, contre 60 jours en l'absence d'accord. Leur situation juridique dépend donc des conditions contractuelles de chaque transaction. Cette réserve vaut pour trois cas sur seize. Elle n'éclaire pas les treize autres.
L'Observatoire attribue certains retards à des spécificités opérationnelles, financières et institutionnelles, notamment pour les organismes chargés de missions de service public, dont le financement, la vérification et l'exécution des dépenses empruntent des circuits plus complexes. Il appelle à renforcer les mécanismes de pilotage, l'anticipation financière et la gestion de trésorerie. Reste une question que le rapport ne tranche pas : lorsque le circuit est lent, c'est le fournisseur qui en supporte le coût.
Les fournisseurs, premiers exposés
La plateforme AJAL, destinée à recueillir et suivre les réclamations des fournisseurs, continue d'attirer de nouveaux utilisateurs. Elle en a enregistré 143 en 2025, ce qui porte leur nombre total à 899, contre 756 à la fin de 2024, soit une croissance annuelle de 20 %.
Trente fournisseurs y ont déposé, l'an dernier, 60 réclamations pour un montant total de 8,91 millions de dirhams. Les entités mises en cause n'en ont traité que 14, soit 23 % du nombre, mais 52 % de la valeur, soit 4,59 millions de dirhams. Quarante-six réclamations restent en attente.
Le rapport désigne ceux qui paient le plus lourd tribut. Les très petites, petites et moyennes entreprises, ainsi que les opérations réglées par bons de commande, demeurent les plus exposées aux retards de traitement des créances. Elles représentent 95 % des auteurs de réclamations enregistrées en 2025.
Depuis la création de la plateforme, les plaintes se concentrent dans les secteurs les plus liés aux commandes publiques : le bâtiment et les travaux publics arrivent en tête avec 20 % du total cumulé à fin 2025, devant les autres services (19 %), les études et le conseil (16 %), le commerce et la distribution (13 %), puis l'informatique et les technologies (11 %).
Au-delà de l'amende
Les amendes en recul disent le coût financier des retards sanctionnés. Elles ne disent pas tout. La hausse du nombre d'entités sanctionnées et l'extension des retards au-delà de 90 et 120 jours déplacent l'attention vers les cas les plus enlisés, plutôt que vers l'amélioration de la moyenne générale.
L'Observatoire lui-même inscrit la lutte contre les retards parmi les exigences de la santé du tissu productif, en particulier pour les plus petites entreprises, les plus exposées aux chocs de liquidité, alors que s'achève la mise en œuvre de la loi n° 69.21 et que se renforcent la numérisation et les sanctions financières, présentées comme des leviers pour changer les comportements de paiement dans les deux secteurs.
L'épreuve est là. Une règle vaut d'abord par l'exemple de ceux qui la fixent. Tant que le secteur public comptera parmi les contrevenants, les chiffres les plus flatteurs ne rassureront personne, à commencer par le fournisseur qui attend d'être payé.