La majorité des citoyens veulent que le gouvernement facilite les échanges commerciaux avec d'autres pays afin de créer des opportunités économiques.
Key findings
- Deux tiers (68%) des Congolais pensent que les populations d'Afrique Centrale devraient avoir la liberté de franchir les frontières afin de commercer ou de travailler dans les pays de la sous-région. Par contre, 30% pensent plutôt que le gouvernement devrait limiter les mouvements transfrontaliers.
- o Près de sept Congolais sur 10 (68%) déclarent qu'il est « difficile » ou « très difficile » pour les populations d'Afrique Centrale de traverser les frontières internationales.
- La majorité (56%) des citoyens affirment avoir au moins « un peu » pensé à quitter le Congo-Brazzaville pour aller vivre dans un autre pays de manière durable, dont 30% qui disent avoir « beaucoup » eu cette idée.
- Parmi ceux qui ont envisagé d'émigrer :
- o La plus grande partie (43%) disent que c'est à cause des difficultés économiques ou de la pauvreté, tandis que 34% évoquent la recherche d'un travail ou de meilleures opportunités d'emploi comme principale motivation.
- o La majorité des répondants souhaiteraient se rendre en Occident, notamment en Europe (43%) ou en Amérique du Nord (28%). Près de deux sur 10 (18%) privilégieraient une destination en Afrique.
- Trois quarts des Congolais aimeraient ou seraient indifférents à l'idée d'avoir pour voisins des immigrés ou travailleurs étrangers (76%) ou des réfugiés (76%).
- o Cependant, des majorités souhaitent réduire ou éliminer l'accueil de travailleurs étrangers (65%) et de réfugiés (70%) dans le pays.
- Près de trois sur quatre citoyens (73%) souhaitent que le gouvernement facilite les échanges commerciaux du Congo-Brazzaville avec d'autres pays afin de créer des opportunités économiques.
- Seulement (18%) disent être au courant de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
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A l'échelle du continent africain, les dynamiques migratoires s'inscrivent dans un contexte marqué par de profondes mutations démographiques, économiques et sociales. Avec une population jeune en forte croissance et des économies qui peinent souvent à absorber l'ensemble des nouveaux entrants sur le marché du travail, de nombreux pays africains voient émerger la migration comme une réponse structurelle aux déséquilibres internes. Comme le soulignent Castles, De Haas et Miller (2014), la migration internationale ne relève pas uniquement d'un choix individuel, mais est également façonnée par des logiques globales où les inégalités de développement jouent un rôle déterminant.
Ces dynamiques prennent une dimension particulière en Afrique Centrale, où les mobilités transfrontalières remontent l'histoire et n'empêchent pas les circulations des personnes et des biens. La République du Congo constitue à cet effet un cas particulier dans la mesure où le pays est simultanément un espace d'accueil et de départ en ce qu'il partage ses frontières avec plusieurs pays.
En 2019, la République du Congo comptait environ 402.900 migrants, soit 7,5% de sa population. Ces migrants provenaient principalement de la République Démocratique du Congo, de l'Angola, du Mali, de la République Centrafricaine et du Rwanda (Développement Humain Intégral, n.d.).
Parallèlement, le pays connaît aussi des flux d'émigration. La République du Congo comptait ainsi 139.397 émigrants, représentant 5,24% de sa population. La France, l'Afrique du Sud, la Tanzanie, le Gabon et le Mali constituaient leurs cinq principales destinations (Développement Humain Intégral, n.d.).
Le pays joue également un rôle dans l'accueil des personnes déplacées de force. En septembre 2024, le Congo-Brazzaville accueillait plus de 71.000 réfugiés et demandeurs d'asile, principalement originaires de la République Centrafricaine, de la République Démocratique du Congo et du Rwanda (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, 2025).
En effet, ces dynamiques migratoires doivent ainsi être mises en relation avec les aspirations des populations et les opportunités qu'elles perçoivent dans leur environnement. Comme l'explique De Haas (2023), la migration ne résulte pas uniquement de la pauvreté, mais peut aussi traduire un décalage entre les aspirations individuelles et les possibilités offertes localement.
Dans le contexte congolais, cette lecture prend tout son sens car ces facteurs peuvent ainsi participer à la construction des attitudes à l'égard de l'émigration, en fonction notamment des conditions économiques, des perspectives professionnelles, des expériences individuelles et des représentations des opportunités offertes à l'étranger.
Dans cette dépêche, nous analyserons les perceptions et les expériences des Congolais en matière de migration et du commerce international à travers les données de l'enquête Afrobarometer Round 10 (2024).
Les Congolais se montrent largement favorables à la libre circulation des personnes et à l'ouverture commerciale, mais cette ouverture coexiste avec des attitudes plus nuancées à l'égard de l'immigration. Près de six Congolais sur 10 ont par ailleurs envisagé de quitter le pays pour s'installer durablement à l'étranger, principalement pour échapper aux difficultés économiques ou pour trouver un emploi. L'Occident constitue la destination privilégiée, loin devant les autres pays africains.
Si la plupart des Congolais se disent favorables ou indifférents à l'idée d'avoir des travailleurs étrangers ou des réfugiés comme voisins, ils sont beaucoup moins ouverts à leur accueil dans le pays : La majorité souhaitent en accueillir moins, voire aucun. Parallèlement, près de trois quarts souhaitent que le gouvernement facilite les échanges commerciaux avec d'autres pays afin de créer des opportunités économiques. Cette ouverture internationale contraste toutefois avec la faible connaissance de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
Crépin Madila Crépin Madila est chercheur et assistant à la communication de l'association Avenir Nepad Congo.