Quinze jours après le retour de la guerre dans le nord de l'Éthiopie, l'armée fédérale poursuit sa contre-offensive. Les combats entre les troupes éthiopiennes et les rebelles, ponctués de tirs d'artillerie et de frappes de drones, affectent considérablement les populations civiles : pour ces personnes, le traumatisme est bien réel. Selam est l'une d'entre elles. Le 27 septembre, la jeune femme a fui Mekele en voiture avec des amis, direction Addis-Abeba. En chemin, le groupe fait halte à Alamata, dans le sud du Tigré, alors que la ville est plongée dans le chaos.
En Éthiopie, dans la pension d'Addis-Abeba où elle est installée depuis quelques jours, Selam s'offre enfin un peu de répit, même si elle confie dormir « très peu ». Revenir sur le périple de ces derniers jours lui est « difficile », dit-elle, car les images de son arrivée dans le sud du Tigré la hantent encore.
« Quand nous sommes arrivés à Alamata, il y régnait un grand tumulte, il y avait un bruit assourdissant d'armes à feu. C'était en plein coeur de la ville, au niveau du marché. J'ai vu de mes propres yeux des morts et des blessés. Certains avaient la moitié du visage arrachée. J'ai vu ça. C'était le chaos partout : au centre-ville, sur les marchés, ainsi qu'aux abords des immeubles résidentiels. »
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Un traumatisme profond pour les civils
Depuis la reprise de la guerre il y a deux semaines, la ville d'Alamata a été le théâtre d'intenses combats. Le 22 septembre, 15 à 17 frappes de drones, menées notamment sur des écoles et un hôpital, ont tué 14 personnes, rapporte le réseau spécialisé dans les conflits Acled.
Pour les rescapés comme Selam, le traumatisme est profond. « J'ai eu peur, vraiment peur, c'était si dur. Si je venais à mourir à ce moment-là, personne n'aurait su où j'étais, ni où j'allais, car il n'y avait pas de connexion Internet ni de téléphone. Ma famille m'attendait, ils ne savaient pas où j'étais. Et personne ne me connaissait à Alamata. Vous imaginez. »
Le week-end dernier, l'armée fédérale a multiplié les attaques de drones dans plusieurs villes du Tigré. L'une d'elles a tué huit personnes, dont un enfant, dans le camp de déplacés d'Adi Abay, au centre du Tigré.