La diplomatie avance, mais sur le terrain, les populations continuent de payer le prix fort. Plusieurs mois après la signature de l'accord de Washington entre Kinshasa et Kigali, l'Est de la République démocratique du Congo reste confronté à l'insécurité et aux déplacements des populations. Une situation qui exaspère Kinshasa. Invité lundi sur TV5 Monde, le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé la persistance de l'agression rwandaise et réclamé des sanctions internationales « plus robustes » contre le régime de Kigali.
L'arrivée à Goma d'un panel d'anciens chefs d'État africains, engagés dans la médiation de l'Union africaine portée par le Président du Conseil du Togo, constitue, selon lui, une nouvelle étape dans la recherche d'une issue diplomatique à la crise. Pour le porte-parole du Gouvernement, ces médiateurs arrivent dans un contexte où l'urgence reste de mettre fin aux souffrances des populations.
« Nous attendons de desserrer l'étau sur nos populations qui ploient sous la gouvernance par crime. Chaque jour, on compte des morts et des victimes », a déclaré Patrick Muyaya.
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Derrière les négociations et les différents mécanismes diplomatiques, le ministre rappelle ainsi une réalité beaucoup plus brutale : dans les zones touchées par les violences, les populations civiles continuent de vivre avec la peur, les déplacements et les conséquences humanitaires du conflit.
Vivement la paix dans l'Est
Pour Kinshasa, l'une des principales préoccupations demeure la persistance des violences malgré la signature, le 4 décembre 2025 à Washington, d'un accord entre la RDC et le Rwanda. Patrick Muyaya estime que la RDC, de son côté, respecte les engagements pris dans ce cadre. « Nous comme République démocratique du Congo, dans le cadre des accords de Washington, nous nous acquittons de notre part », a-t-il affirmé.
Mais, selon lui, les événements survenus après la signature de cet accord, notamment l'offensive ayant conduit à Uvira, illustrent les limites des engagements pris sur le papier lorsqu'ils ne sont pas effectivement respectés sur le terrain.
Le Porte-parole du Gouvernement s'appuie notamment sur les sanctions prises par les États-Unis pour soutenir l'accusation portée par Kinshasa contre Kigali. Washington avait en effet annoncé des sanctions visant l'armée rwandaise et plusieurs responsables rwandais, les accusant de soutenir le M23. Pour Patrick Muyaya, le constat est donc sans appel : les efforts diplomatiques ne peuvent produire durablement leurs effets si les engagements ne sont pas accompagnés de mesures suffisamment contraignantes.
Résolution 2773 comme boussole
Dans son plaidoyer, le ministre congolais a également remis au premier plan la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Celle-ci demande notamment au Rwanda de retirer ses forces du territoire congolais et de mettre fin à son soutien au M23.
Kinshasa considère depuis lors la mise en oeuvre de cette résolution comme un élément déterminant pour parvenir à une paix durable dans l'Est du pays.
« Il appartient, pour la crédibilité même de nos institutions, de rappeler la nécessité de la Résolution 2773 », a martelé Patrick Muyaya. Pour le ministre, les décisions internationales ne peuvent rester de simples textes diplomatiques sans conséquences lorsqu'elles ne sont pas respectées. Il estime que leur crédibilité dépend aussi de la capacité de la communauté internationale à faire appliquer les engagements pris.
Sanctions insupportables
C'est précisément sur ce terrain que Patrick Muyaya veut voir la pression internationale monter d'un cran. Tout en reconnaissant l'existence de sanctions déjà prises par certains partenaires de la RDC, il juge nécessaire d'aller plus loin.
« Je pense qu'il faut des sanctions plus robustes pour que le Président Kagame et ses troupes souscrivent à ce que recommandent tous les processus diplomatiques », a-t-il déclaré.
Le message de Kinshasa est donc clair : pour le Gouvernement congolais, la multiplication des processus de paix ne suffira pas si elle ne s'accompagne pas d'un mécanisme efficace permettant de faire respecter leurs conclusions.
La médiation africaine, les engagements de Washington et les autres initiatives diplomatiques sont appelés à converger vers un même objectif : faire baisser la pression militaire sur les populations de l'Est et créer les conditions d'une réponse aux urgences humanitaires. Car, derrière les résolutions, les sanctions et les négociations, Patrick Muyaya rappelle une évidence : « Chaque jour, on compte des morts et des victimes. » C'est cette réalité humaine qui, selon Kinshasa, doit désormais guider l'accélération des efforts diplomatiques et la recherche d'une paix effective dans l'Est de la RDC.