Quatre mois après les élections législatives du 1eᣴ juin, Abiy Ahmed a été réinvesti lundi 5 octobre Premier ministre par les députés du Parlement éthiopien. Seul candidat, le dirigeant entame un nouveau mandat de cinq ans à la tête du pays, alors que la guerre a repris depuis le 23 septembre. Dans son discours devant les nouveaux élus, il a une nouvelle fois défendu la nécessité pour l'Éthiopie de disposer d'un accès à la mer, alors qu'une éventuelle implication de l'Érythrée dans les affrontements de ces derniers jours fait craindre un conflit régional.
« La civilisation éthiopienne ne pouvant se réaliser sans accès à la mer, nous oeuvrerons [...] selon le principe du compromis pour garantir un port à l'Éthiopie. » Devant les députés, Abiy Ahmed, tout juste investi, a une fois de plus martelé ce besoin, vital selon lui, pour l'Éthiopie d'accéder à la mer Rouge, rapporte notre correspondante à Addis-Abeba, Marlène Panara. Le pays en est privé depuis l'indépendance de l'Érythrée, en 1993. Le Premier ministre n'a toutefois pas cité directement le port érythréen d'Assab, que les autorités éthiopiennes convoitent pourtant depuis deux ans.
Cette requête exacerbe les tensions, déjà délétères, entre Addis-Abeba et Asmara. Depuis le début de la guerre dans le nord du pays, dans la nuit du 22 au 23 septembre, l'Éthiopie accuse l'Érythrée de soutenir les rebelles au Tigré, faisant craindre un embrasement régional. Ce week-end, l'armée fédérale a repris le contrôle de Mekele, la capitale du Tigré et repoussé les rebelles.
La crainte d'une extension du conflit
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Selon plusieurs observateurs, des troupes érythréennes sont massées à la frontière avec l'Éthiopie. Certains font même état d'incursions en territoire éthiopien, près d'Adigrat, à une trentaine de kilomètres de la frontière. Pour le chercheur René Lefort, il s'agirait de manoeuvres défensives, Asmara s'inquiétant notamment des ambitions maritimes de son voisin.
Le ministre éthiopien des Affaires étrangères a, lui, déclaré que « l'Éthiopie est connectée historiquement et géographiquement à la mer Rouge », rappelant que sa frontière n'est qu'à une trentaine de kilomètres de ce bras de mer. « Ces réalités ne peuvent être modifiées par une rhétorique politique, des mesures coercitives ou des actes de déstabilisation », a-t-il ajouté.
Une déclaration éthiopienne qui sonne comme une réponse à l'Égypte, l'Érythrée, la Somalie et le Soudan qui ont rappelé dimanche que la gouvernance de la mer Rouge relevait de la « responsabilité exclusive des États riverains ». Réunis en Égypte, ils ont également réitéré l'importance de « respecter la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale des États ».
Développement d'une force de défense aérienne « moderne »
Abiy Ahmed a également profité de son discours devant les députés pour annoncer vouloir développer une force de défense aérienne « moderne » et « toujours prête ». L'Éthiopie s'est munie de drones militaires en 2021, qui lui avaient permis à l'époque de reprendre l'avantage lors de la guerre au Tigré.
Depuis, l'armée fédérale utilise régulièrement des drones dans les conflits qui l'opposent aux groupes armés. Ce week-end, une frappe a touché un camp de personnes déplacées à Adi Abay, proche de la frontière érythréenne. D'après une source humanitaire interrogée par l'AFP, « huit personnes, dont un enfant, ont été tuées ».