Congo-Kinshasa: Dialogue National - Lambert Mende et Christian Mwando s'opposent sur les priorités, le processus de Doha et la neutralité des médiateurs

Le débat sur la refondation de l'Etat et la cohésion nationale est plus que jamais lancé en République Démocratique du Congo. Alors que l'Ordonnance Présidentielle portant création et organisation du Dialogue national continue de susciter des réactions diverses au sein de la classe politique, l'émission « En route vers le dialogue », présentée par le duo Kelly Nkute et Oscar Mbal, s'impose comme le carrefour par excellence de la confrontation des idées. Pour ce 4e numéro, le plateau a rassemblé un trio de choc reflétant la tripolarité du paysage public congolais : Lambert Mende, figure de proue de la majorité présidentielle (Union Sacrée) ; Christian Mwando Nsimba, haut cadre de la formation d'opposition Ensemble pour la République de Moïse Katumbi ; et le professeur Alidor Tshibanda, analyste politique et représentant de la Société civile.

Dès l'entame des échanges centrés sur les objectifs du dialogue, le fossé s'est creusé entre la vision de l'opposition et celle du pouvoir. Prenant la parole avec véhémence, Christian Mwando a martelé que la crise sécuritaire à l'Est ne saurait être déconnectée des faiblesses structurelles de l'État congolais, pointant du doigt les détournements de deniers publics :

« Comment assurer la sécurité de notre pays sans parler de la gouvernance, des corruptions, des détournements ? Depuis le début de la guerre, le pays a dépensé des milliards de dollars pour des résultats qui tardent à venir. Sans que ces questions soient abordées, on ne pourra pas avancer. Le Président, en demandant que les consultations soient faites dans les provinces, reconnait qu'il y a un problème dès la base. Ce n'est pas seulement l'agression, il faut aussi marteler sur la gestion. »

Répliquant du tac au tac, Lambert Mende a reconnu la pertinence des critiques sur la gouvernance, tout en appelant l'opposition à un sens élevé du patriotisme et à la hiérarchisation des urgences face à la menace d'extinction de la Nation portée par Kigali :

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

« Les problèmes de corruption, de détournement, de mauvaise gouvernance, sont des questions pertinentes, sans aucune contestation. Notre problème, c'est demander aux compatriotes et frères de l'opposition, que dans une société en crise comme la nôtre, il n'est pas mauvais de mutualiser les offres de solutions. Dans un cas de crise majeure, il faut hiérarchiser les défis, les priorités. On ne peut pas tout aborder en même temps. Il est normal de mettre en dessus de liste cette agression militaire étrangère avec des Congolais qui sont devenus des supplétifs. Il y a un problème sérieux que nous, Congolais, devons résoudre en consolidant notre résilience face non seulement à cette agression, mais à d'autres qui pourraient surgir dans le futur. »

Le chapitre sécuritaire a suscité des échanges électriques autour du traitement à réserver aux mouvements rebelles, particulièrement l'AFC/M23. Lambert Mende a réaffirmé avec fermeté la position du Chef de l'État, rejetant toute forme de prime à la violence pour les Congolais ayant fait alliance avec l'ennemi :

« Les personnes qui se sont mises à disposition d'une puissance étrangère pour déstabiliser la RDC, et que nous puissions les catégoriser en membres de l'opposition, ce n'est pas possible. Ces gens sont sortis de la loi, ils sont allés du côté de l'ennemi contre lequel nous nous battons. Nous n'allons pas donner de primes aux groupes armés pour usage de la force... S'ils veulent parler, venir sur la table de négociation, alors ils doivent renoncer aux armes et quitter les rangs des agresseurs du pays. C'est la seule condition pour qu'ils soient éligibles au dialogue. »

Une posture qualifiée d'incohérente par Christian Mwando, qui accuse la majorité d'entretenir un double langage en négociant en coulisses à l'étranger tout en refusant le débat contradictoire au pays : « Aujourd'hui, l'Union Sacrée veut privatiser les négociations avec l'AFC/M23. Autant vous affirmez ne pas donner l'impunité aux porteurs des armes, autant vous êtes assis à côté d'eux à Doha, pendant plus de deux ans. Pourquoi vous devez discuter avec eux des questions de gouvernance, de sécurité, de réforme institutionnelle dans un cadre extérieur que vous ne voulez pas que les Congolais comprennent ? Nous soupçonnons le pouvoir en place de nous cacher des choses... Et là vous voulez les exclure du dialogue, alors que vous discutez avec eux à l'étranger, à l'abri des regards. »

Neutralité du comité préparatoire

Enfin, la question de l'inclusivité et de la neutralité du comité préparatoire du Dialogue a focalisé les inquiétudes. Pour le politologue Alidor Tshibanda, la clé de voûte de cette grande messe réside dans la personnalité des facilitateurs :

« Il serait souhaitable que les personnes qui vont piloter les comités préliminaires soient d'une neutralité avérée, qu'elles inspirent la confiance. C'est sur base de cette confiance qu'elles pourront faire converger les points de vue, et permettre que les uns et les autres voient les choses sous le même angle. »

Rebondissant sur cette analyse, Christian Mwando a formulé l'exigence formelle de l'opposition quant au profil des dirigeants du processus : « Il faut nommer des animateurs neutres. Nous, l'opposition, souhaitons qu'ils soient des prêtres catholiques et de l'ECC, avec par la suite des mécanismes d'accompagnement et de mise en oeuvre. »

Au terme de cet épisode intense de « En route vers le dialogue », une certitude se dégage : la volonté de bâtir un consensus national existe bel et bien. Cependant, les modalités d'organisation et le périmètre des sujets à traiter exigeront encore d'imposantes concessions de part et d'autre pour éviter que cette initiative stratégique ne tourne au monologue institutionnel.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.