Tunisie - 130 millions de m³ d'eau perdus chaque année à cause de la vétusté des réseaux

7 Octobre 2026

La question de l'eau ne se résume plus, en Tunisie, à la disponibilité de la ressource. Elle se joue aussi dans l'état des réseaux qui l'acheminent jusqu'aux usagers. Chaque année, quelque 130 millions de mètres cubes d'eau seraient ainsi perdus en raison de la vétusté des canalisations, selon l'expert en ressources hydriques et membre de l'Observatoire tunisien de l'eau, Houcine Rahili.

Intervenant mercredi 7 octobre 2026 sur Express Fm, Rahili a alerté sur le vieillissement des infrastructures hydrauliques, qu'il considère comme l'une des principales causes des pertes d'eau. Selon lui, environ 20 % des canalisations ont aujourd'hui plus de 50 ans, tandis que l'âge moyen des réseaux à l'échelle nationale dépasse 25 ans.

À ces pertes physiques s'ajoute une autre difficulté : une importante partie des volumes distribués par la Société nationale d'exploitation et de distribution des eaux (Sonede) ne fait pas l'objet d'une facturation. Quelque 41 % de l'eau de la Sonede serait ainsi non facturée, selon l'expert, un phénomène qui reflète notamment l'ampleur des fuites et les difficultés liées à la vétusté des réseaux.

La ressource par habitant en baisse

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Pour Houcine Rahili, la crise hydrique tunisienne est désormais devenue une problématique à la fois environnementale, économique et sociale. La baisse des ressources disponibles par habitant intervient alors même qu'une partie importante des infrastructures de distribution nécessite un renouvellement.

La Tunisie dispose actuellement d'environ 380 mètres cubes de ressources en eau renouvelables par habitant et par an, a-t-il indiqué. Ce volume pourrait toutefois passer sous la barre des 200 mètres cubes à l'horizon 2050, si des mesures suffisantes ne sont pas prises pour mieux gérer les ressources et renforcer les investissements dans le secteur.

La situation est particulièrement préoccupante dans les zones classées comme « rouges », où les ressources souterraines font l'objet d'une forte pression. L'expert appelle ainsi à revoir le système d'octroi des autorisations d'exploitation, à renforcer la transparence et à améliorer la disponibilité des données sur l'état des ressources hydriques dans les différentes régions.

900 millions de dollars d'investissements par an

Face à ces défis, l'investissement apparaît comme l'un des principaux leviers pour limiter les pertes et sécuriser l'approvisionnement. Houcine Rahili a cité, à ce propos, les besoins estimés dans un récent rapport de la Banque mondiale : la Tunisie aurait besoin d'environ 900 millions de dollars d'investissements par an jusqu'en 2050, soit près de 2,7 milliards de dinars annuellement, pour améliorer ses infrastructures hydrauliques, mieux gérer ses ressources et réduire les pertes.

Le renouvellement des réseaux permettrait notamment de limiter les fuites et les interruptions d'approvisionnement. Pour l'expert, les dépenses consacrées à l'eau ne devraient donc pas être considérées comme une simple charge pour l'État, mais comme un investissement destiné à garantir l'accès à l'eau potable, améliorer la qualité du service et préserver une ressource de plus en plus sous pression.

Car les conséquences d'une crise hydrique prolongée ne s'arrêtent pas aux robinets. Elles peuvent également toucher l'économie dans son ensemble, notamment le pouvoir d'achat, les prix des produits de première nécessité et la disponibilité de certaines productions agricoles, en raison de la forte dépendance de l'agriculture aux ressources en eau.

Dans ce contexte, Houcine Rahili estime que tout retard dans les investissements hydrauliques risque d'alourdir davantage les coûts économiques et sociaux. Il plaide ainsi pour faire de la sécurité hydrique une priorité nationale, à travers la préservation des ressources conventionnelles, mais aussi le développement des ressources non conventionnelles, afin de répondre aux besoins actuels sans compromettre ceux des générations futures.

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