Congo-Kinshasa: L'UA [toujours] au chevet du grand corps malade

Forces armées de la République démocratique du Congo
analyse

Une offensive supplémentaire de l'Union africaine dans le processus de paix en République démocratique du Congo ? Oui, assurément. Les médiateurs de l'organisation continentale chargés du conflit dans l'Est du Congo ont repris leurs bâtons de pèlerins.

Lundi dernier, ils étaient à l'Est de la RDC. Cette visite s'inscrit dans le cadre d'une feuille de route de six mois adoptée en juillet 2026 par l'Union africaine pour accompagner le processus de paix et tenter de trouver une solution politique à cette situation de ni-guerre ni-paix qui s'éternise dans l'Est congolais.

Ces braves émissaires de la paix ne sont autres que Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l'Éthiopie, Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, et Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana. Une fois sur place, ils ont même eu la gouaille d'aller au maquis, dans une zone contrôlée par le M23, pour rencontrer de hauts responsables du mouvement armé.

Tout cela alors que les balles continuent de siffler dans les environs. Dont acte... Missionnés par le médiateur principal, Faure Gnassingbé, président du Togo, les trois anciens dirigeants ont donc pu dialoguer avec la rébellion et tâter du doigt les réalités d'une situation humanitaire toujours aussi préoccupante dans les zones sous contrôle du M23.

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Le panel a ensuite poursuivi sa feuille de route en mettant le cap sur Kigali, au Rwanda, où il s'est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe. La boucle a finalement été bouclée avec des consultations auprès des autorités de la RDC. Au terme de leur périple, les anciens dignitaires ont haussé le ton, exigeant de toutes les parties le strict respect du cessez-le-feu.

Une chose est sûre : on ne pourra pas reprocher à l'Union africaine de ne rien faire. Car voilà bien le paradoxe. On reproche souvent à l'organisation panafricaine d'être aphone, de regarder les conflits du continent avec des yeux de spectateur et de transformer ses sommets en interminables séances de bavardage diplomatique. Mais lorsqu'elle se décide à mouiller la chemise, une autre question surgit : à quoi servent toutes ces initiatives si elles ne débouchent pas sur une paix véritable ?

À sa décharge, le dossier congolais n'est pas exactement une promenade de santé. C'est un véritable labyrinthe où s'entremêlent groupes armés, intérêts régionaux, ambitions politiques, ressources minières et jeux d'influence internationaux. Même Donald Trump, à supposer qu'il ait jamais voulu autre chose que la paix, ou que les affaires qui peuvent l'accompagner, est en train de patauger dans ce bourbier congolais. Car derrière les grandes déclarations de paix se profilent aussi les immenses richesses minières de cette partie du continent.

Et pendant ce temps, ni Washington, ni Doha, ni les initiatives africaines ne semblent parvenir à faire entendre durablement raison aux belligérants. Alors, peut-être faut-il revenir à l'essentiel. Une paix imposée de l'extérieur a peu de chances de tenir si ceux qui se font la guerre n'ont pas eux-mêmes décidé de déposer les armes.

Au bout du compte, la clé pourrait bien se trouver entre les mains de Félix Tshisekedi, des rebelles du M23 et de leur parrain rwandais. Les médiateurs peuvent multiplier les voyages, les consultations et les communiqués. Ils peuvent même aller au maquis, au risque de recevoir quelques balles perdues.

Mais tant que les principaux protagonistes ne se seront pas réellement parlé pour solder leurs comptes, le Congo risque de rester ce qu'il est devenu depuis trop longtemps : un immense chantier de paix où les médiateurs se succèdent, pendant que la guerre s'intensifie comme si elle se nourrissait de ces médiations.

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