L'Agence africaine de notation de crédit a été lancée mercredi 7 octobre à Maurice. Il s'agit de donner à l'Afrique son mot à dire sur les marchés financiers et proposer une lecture africaine du risque financier.
L'enjeu dépasse le symbole. Il est d'argent. Aujourd'hui, le coût auquel les États et les entreprises du continent accèdent aux financements est en grande partie dicté par trois agences basées à New York et Londres.
Le lancement tombe à point nommé. Il s'inscrit en parfaite cohérence avec la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (Nefad) portée par la Banque africaine de développement (Bad).
Pour rappel , la Nefad a été adoptée sous l'impulsion du nouveau président de la Bad, Dr Sidi Ould Tah, à l'issue de deux jours de travaux organisés par la Banque les 8 et 9 juillet 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. C'est l'axe central de son mandat depuis son arrivée en septembre 2025. Puisque qu'il entend repositionner le continent dans la gestion des ressources financières disponibles, notamment sur le plan local.
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La structure de notation vient donc corriger le « biais de notation » qui coûte cher à l'Afrique. Parce que depuis 20 ans, les dirigeants africains dénoncent la même chose : des notes souveraines qui ne reflètent pas les fondamentaux. Un pays africain est noté en moyenne 2 à 3 crans en dessous de ce que suggèrent ses indicateurs macroéconomiques. Par conséquent il emprunte 2 à 4 points de plus que des pays comparables hors d'Afrique.
L'Agence africaine veut changer la méthode. Au lieu d'appliquer des grilles pensées pour des économies industrialisées, elle intégrera la démographie, la résilience climatique, les ressources naturelles, les réformes structurelles et les projets d'intégration régionale comme la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAf).
Ce nouvel instrument constitue également un maillon manquant de la Nefad qui repose sur 4 axes : mobiliser plus de ressources, réformer les institutions financières internationales, renforcer les institutions financières africaines, et améliorer la notation du risque. L'Agence de Maurice coche les deux dernières cases.
D'abord, elle renforce les institutions financières africaines. Comme la Bad nota, elle dote le continent d'un outil souverain. L'UA en assure le pilotage politique. Maurice, centre financier régional, en accueille le siège technique.
Ensuite, elle attaque le problème de la perception du risque. En produisant ses propres notations, l'agence fournira aux investisseurs une grille alternative. Elle pourra aussi noter les projets d'infrastructures, les partenariats public privé (Ppp) et les obligations vertes.
Sous Dr Sidi Ould Tah, la Bad fait de la notation un levier concret de sa Nefad. Sans notation juste, pas de financement juste.
Le système africain de notation relève également le défi de la crédibilité. Reste l'écueil principal. Les marchés ne suivront que si l'agence est indépendante, transparente et techniquement solide. Le modèle prévoit un capital détenu par les États membres de l'UA, la Bad, les banques centrales et des investisseurs institutionnels. Une gouvernance calquée sur les standards internationaux.