Mamitiana Rajaonarison hausse le ton face à la lenteur de l'exécution budgétaire. Il exige l'identification immédiate des blocages et des solutions pour atteindre 100 % des objectifs en 2026.
Une remontrance. C'est ce que Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, a adressé aux acteurs de la gestion des finances publiques et de l'exécution des investissements publics, à Anosy, mercredi. Des remontrances motivées par le constat du taux d'exécution budgétaire faible pour cet exercice 2026.
Face aux responsables de la chaîne budgétaire, le locataire de Mahazoarivo a fixé une trajectoire sans équivoque, « identifier les obstacles qui ralentissent les dépenses publiques et trouver sans délai les moyens de les lever ». L'objectif immédiat est tout autant sans ambages, « arriver à un taux d'exécution budgétaire de 100 % pour cette année 2026 ». Des instructions qui enclenchent une course contre la montre étant donné que le ministère de l'Économie et des Finances a déjà fixé la fin des engagements budgétaires le 2 novembre.
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Le constat durant la réunion de mercredi est qu'à l'entame du dernier trimestre de l'année, le taux d'exécution budgétaire est de 44,2 %. Une contre-performance qui pénalise surtout les investissements publics, particulièrement pour les projets financés par les fonds extérieurs. S'agissant de ces derniers, le taux d'exécution est de 20,3 % selon le ministère de l'Économie et des Finances. Pour les projets d'investissement financés par l'État, la situation est relativement meilleure, avec 63,7 % de taux d'exécution.
Faute de décaissement, une somme de plus de « 1 000 milliards d'ariary », selon Mamitiana Rajaonarison, est bloquée à la Banque centrale. « La Banque centrale nous a dit qu'il s'agit d'une première », ajoute-t-il. Bien que le montant soit retentissant, une faible exécution des budgets d'investissement témoigne d'une faible performance étatique dans ce domaine. Un exemple avancé par le docteur Herinjatovo Ramiarison, ministre de l'Économie et des Finances : le retard dans l'exécution d'un projet routier représente un manque à gagner de 2 % du Produit intérieur brut (PIB), soit 360 millions de dollars.
Expéditivité
« Nous savons quand commence et quand se termine la période d'exécution budgétaire, alors pourquoi toujours attendre la dernière minute pour s'y mettre ? », déplore le chef du gouvernement, en faisant part d'un certain agacement. Un sentiment qui, à l'entendre, découle des demandes de dérogation enregistrées à la primature par des entités publiques, lorsque le ministère de l'Économie leur a transmis une circulaire leur rappelant le deadline du 2 novembre.
Par ailleurs, il ne s'agit pas juste d'accélérer les démarches d'engagement et de décaissement des crédits, mais surtout de faire qu'ils aient un impact positif sur le quotidien de la population. La réunion d'Anosy s'est donc évertuée à identifier les blocages et à trouver les solutions pour les lever. Le Premier ministre martèle le fait que le but est d'agir « immédiatement » pour lever les goulots d'étranglement. Sur le plateau de la télévision publique TVM, dimanche, il a utilisé le terme « expéditivité ».
Une expression fréquemment mise en avant par le locataire de Mahazoarivo est également que « si le blocage est une personne, on le remplace, si c'est une question de procédure, de règle ou de loi, nous allons le modifier». Des mots qu'il a réaffirmés à Anosy, mercredi. Le problème concernant le taux d'exécution budgétaire n'est toutefois pas nouveau. Les bailleurs internationaux, notamment la Banque mondiale, ont déjà tiré la sonnette d'alarme quant à la faiblesse du taux de décaissement des financements extérieurs en raison de la lourdeur budgétaire.
S'agissant des financements extérieurs, le Premier ministre Rajaonarison soutient cependant que la lourdeur des procédures se retrouve aussi du côté des partenaires internationaux. Il concède que cette situation résulte du manque de confiance envers l'État. Le chef du gouvernement reconnaît ainsi qu'il revient à Madagascar de faire preuve de bonne gouvernance afin de rassurer ses partenaires et ainsi alléger les différentes étapes de validation techniques et financières.
Lors de la séance d'adoption de la loi de finances rectificative, à l'Assemblée nationale, en juin, les députés, eux aussi, ont pointé du doigt le faible taux d'exécution budgétaire. Une situation criante dans des secteurs sensibles comme l'énergie, l'eau ou l'éducation. Devant les membres de la Chambre basse, Mamitiana Rajaonarison s'est déjà engagé à « briser » les causes de la lourdeur administrative. Une task force cogite sur le sujet justement. En attendant que les mesures nécessaires soient prises, les procédures toujours en vigueur risquent de transformer l'objectif d'atteindre un taux d'exécution budgétaire de 100 % d'ici le 2 novembre en une mission impossible.