Maroc: Monnaie, croissance et équilibres fondamentaux - Le Royaume à l'heure des choix

Libération ouvre, à travers une série d'articles, un espace de réflexion consacré à la politique monétaire du Maroc, à l'évolution de ses grands équilibres macroéconomiques et aux principaux défis que devra affronter le prochain gouvernement.

Cette série est signée Aziz Sidki, docteur en sciences économiques et président de l'Association des experts judiciaires en opérations et Techniques bancaires, dont les analyses portent de longue date sur les questions bancaires, financières, monétaires et macroéconomiques.

L'intérêt de cette contribution tient à l'approche retenue : partir d'un phénomène immédiatement visible -- les tensions sur le dirham -- pour remonter progressivement vers les causes les plus profondes qui affectent les équilibres économiques du pays.

Le sujet ne se limite donc pas à la valeur quotidienne de la monnaie nationale ni à l'évolution ponctuelle du marché des changes.

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Il concerne, plus largement, la capacité de l'économie marocaine à maintenir une croissance soutenue tout en préservant l'équilibre de ses comptes extérieurs, la solidité de ses réserves en devises, la stabilité de sa monnaie et la soutenabilité de son modèle de financement.

Les premiers articles de cette série mettent en évidence une évolution qui mérite débat.

A fin août 2026, les importations marocaines atteignent 617,5 milliards de dirhams, contre 334,9 milliards d'exportations, portant le déficit commercial à 282,6 milliards de dirhams, en aggravation de 25,4% sur un an.

Sur une période plus longue, le déficit commercial est passé d'environ 199 milliards de dirhams en 2021 à 353 milliards en 2025.

Ces chiffres ne suffisent évidemment pas, à eux seuls, à résumer la situation économique du pays.

Ils constituent néanmoins un signal suffisamment important pour justifier une réflexion plus large sur l'efficacité du modèle de croissance, la structure des importations, la capacité exportatrice, la dépendance énergétique, le rendement réel de l'investissement et la politique de change.

C'est dans cet esprit que le premier article, consacré au dirham sous pression, analyse les tensions récentes sur la monnaie nationale comme le révélateur possible de déséquilibres plus profonds.

Le deuxième article prolonge cette réflexion en s'interrogeant sur la réforme du régime de change et sur la capacité de l'économie marocaine à franchir une nouvelle étape de flexibilisation sans accroître ses vulnérabilités.

La démarche adoptée ne consiste ni à remettre en cause par principe la réforme du change ni à défendre une politique de statu quo.

Elle cherche plutôt à poser une question centrale : Quelles conditions économiques doivent être réunies avant de donner davantage de liberté au taux de change ?

Au-delà de ces deux premiers textes, la série abordera progressivement plusieurs sujets structurants : la soutenabilité du déficit extérieur, la composition des importations, la capacité du Maroc à produire davantage localement, le rendement économique et extérieur de l'investissement, la réindustrialisation, la substitution compétitive aux importations, la dépendance énergétique, le rôle du tourisme, des MRE, de l'offshoring et des services dans la génération de devises, ainsi que la nécessité de repenser certains indicateurs traditionnels de réussite économique.

L'un des apports essentiels de cette série est également de rappeler que la politique monétaire ne peut être pensée isolément.

Bank Al-Maghrib dispose d'instruments importants : politique des taux, gestion de la liquidité, interventions sur le marché des changes, gestion des réserves et accompagnement de la réforme du régime de change.

Mais la Banque centrale ne peut pas, à elle seule, corriger un déficit commercial, développer un tissu industriel, réduire la dépendance énergétique ou augmenter le contenu local de l'investissement.

Autrement dit, la stabilité monétaire et la solidité du dirham dépendent aussi de la qualité de la politique économique générale.

Cette réflexion intervient à un moment particulièrement important.

Le prochain gouvernement devra composer avec des atouts réels, mais aussi avec plusieurs déséquilibres accumulés au cours des dernières années.

L'objectif n'est pas d'attribuer mécaniquement l'ensemble de ces déséquilibres aux choix récents, certains étant plus anciens et de nature structurelle.

Il s'agit plutôt d'ouvrir un débat sur les corrections nécessaires et sur la manière de restaurer progressivement les grands équilibres sans casser la dynamique d'investissement et de croissance.

Le fil conducteur de cette série pourrait ainsi être résumé par une interrogation simple : Comment construire une économie capable de croître davantage tout en réduisant progressivement les déséquilibres qui fragilisent sa monnaie, sa balance extérieure et ses marges de souveraineté économique ?

C'est autour de cette question que notre journal souhaite ouvrir le débat.

La vocation de cette série est moins de fournir des réponses définitives que de mettre sur la table des éléments d'analyse, des indicateurs et des pistes de réflexion susceptibles de nourrir un débat économique de fond sur la politique monétaire et les choix de développement du Maroc au cours des prochaines années.

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