L’épisode climatique attendu d’ici à la fin de l’année pourrait peser sur la croissance africaine, selon une estimation de la Banque africaine de développement (BAD). Entre sécheresses, inondations et pertes agricoles, ses conséquences pourraient également accentuer les pressions sur les finances publiques et les besoins de financement du continent.
Le phénomène climatique El Niño pourrait réduire la richesse produite en Afrique de 10 à 20 milliards de dollars, selon une estimation de la Banque africaine de développement (BAD) communiquée à l’agence Reuters et relayée par plusieurs médias fin juillet. Anthony Nyong, directeur du changement climatique et de la croissance verte au sein de l’institution, estime que le produit intérieur brut (PIB) des pays les plus touchés pourrait diminuer de 1 à 2 % en moyenne. Cette évaluation constitue la première estimation chiffrée de l’impact économique du phénomène publiée par une grande banque multilatérale de développement.
Les dernières prévisions météorologiques renforcent les inquiétudes. Le 8 octobre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que l’épisode devrait atteindre son apogée en décembre et se prolonger probablement jusqu’en février 2027. Pour la période d’octobre à décembre, les prévisions font état d’une anomalie de température de surface de l’océan Pacifique pouvant atteindre 3,7 °C, contre 2,6 °C lors de l’épisode record de 2015-2016.
De son côté, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) estime désormais à 83 % la probabilité que son indice dépasse le seuil de +2,5 °C. L’OMM rappelle toutefois que l’expression « super El Niño » ne relève pas de sa classification officielle, laquelle distingue quatre niveaux d’intensité, de faible à très forte.
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Des conséquences contrastées selon les régions
Les effets d’El Niño devraient varier d’une région à l’autre du continent. En Afrique australe, le phénomène est généralement associé à une diminution des précipitations et à une hausse des températures, des conditions susceptibles d’aggraver les risques de sécheresse. À l’inverse, certaines zones d’Afrique de l’Est pourraient enregistrer des précipitations supérieures aux normales saisonnières, augmentant le risque d’inondations et de dégâts aux habitations, aux routes et aux ponts.
Au Sahel, les principales préoccupations portent sur la perturbation des saisons et l’irrégularité des précipitations. Ces variations compliquent la planification des activités agricoles et accentuent l’incertitude pour les producteurs, selon l’Alliance Bioversity-CIAT.
L’agriculture et les infrastructures sous pression
Les répercussions économiques pourraient dépasser le seul secteur agricole. Selon la BAD, les agriculteurs africains risquent de perdre près de 330 millions de dollars de revenus cette année. Le secteur de la pêche pourrait également être affecté par le réchauffement des eaux et les tempêtes.
Les infrastructures de transport, d’énergie et d’approvisionnement en eau figurent aussi parmi les secteurs exposés. Les dégâts provoqués par les événements climatiques extrêmes pourraient perturber les échanges commerciaux, renchérir les coûts de réparation et peser davantage sur les économies nationales.
Anthony Nyong met également en garde contre les risques pour les finances publiques et les systèmes bancaires. Les destructions pourraient fragiliser la capacité des emprunteurs à rembourser leurs prêts, tandis que les États seraient contraints de mobiliser des ressources supplémentaires pour répondre aux urgences. Cette situation pourrait accentuer ce que le responsable de la BAD qualifie de « piège du financement climatique » : les gouvernements seraient amenés à réorienter vers la gestion des catastrophes des ressources initialement destinées à la santé, à l’éducation ou au développement.
Des besoins de financement en hausse
Dans ce contexte, les besoins de financement de l’Afrique en matière d’adaptation climatique pourraient atteindre près de 100 milliards de dollars en 2026, contre environ 50 milliards auparavant, selon les estimations avancées. Les déplacements de populations depuis les zones les plus touchées constituent un autre risque, notamment si les pertes agricoles et la dégradation des conditions de vie compromettent durablement les moyens de subsistance.
Les perspectives de croissance du continent pourraient également être affectées. En mai, la BAD prévoyait une progression du PIB africain de 4,2 % en 2026 et de 4,4 % en 2027. Ces projections n’intégraient toutefois pas le scénario climatique actuellement envisagé. Si les conséquences d’El Niño se confirment, l’institution pourrait être amenée à revoir ses prévisions à la baisse.
Au-delà de l’intensité du phénomène, l’ampleur de son impact économique dépendra de la répartition des précipitations, de l’exposition des secteurs productifs et de la capacité des États à financer les mesures de prévention et de réponse aux catastrophes.