Cote d'Ivoire: Lutte contre l'orpaillage clandestin - Le Fonsti met en avant les résultats des chercheurs

Vingt-neuf (29) régions touchées sur les 31 et plus de 8 000 sites déguerpis. C'est le sombre tableau de l'orpaillage clandestin en Côte d'Ivoire, présenté lors du petit-déjeuner de l'innovation organisé par le Fonds pour la science, la technologie et l'innovation (Fonsti), le jeudi 8 octobre 2026, à Abidjan.

Autour du thème « Orpaillage en Côte d'Ivoire : de l'urgence environnementale aux solutions innovantes et durables », cette rencontre a été l'occasion de mettre en dialogue les connaissances scientifiques et l'action opérationnelle, tout en proposant des solutions concrètes, notamment la dépollution, la restauration des terres, la séquestration des métaux lourds et le recours à des technologies adaptées.

Animant la conférence inaugurale, le directeur général du Centre ivoirien antipollution (Ciapol), Bernard Ossehi Yapo, a rappelé les pertes liées à ce phénomène. À l'en croire, les pertes fiscales sont évaluées à 744 milliards de francs Cfa par an, tandis que la valeur de l'or qui échappe aux circuits officiels est estimée à 4 600 milliards de francs Cfa.

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Il a également salué les nombreuses actions de l'État ivoirien contre l'orpaillage clandestin, tout en soulignant qu'au-delà du démantèlement des sites, il est urgent de dépolluer les sols, de restaurer les cours d'eau et de prévenir la réoccupation des espaces dégradés. Selon lui, après les opérations de déguerpissement et de démantèlement, il faut reconstruire les milieux dégradés, mesurer, neutraliser, restaurer, réinsérer et surveiller afin d'éradiquer durablement ce phénomène dangereux pour les populations. En outre, il a estimé à environ 45 milliards de francs Cfa le coût indicatif d'un programme national d'urgence de dépollution et de restauration des terres et des eaux.

À sa suite, des enseignants-chercheurs ayant bénéficié du financement du Fonsti sont intervenus.

Dr Coulibaly Lassina, enseignant-chercheur au département Environnement et Développement durable de l'École des mines et de l'énergie de l'Université de Man (UMan), a présenté une solution pour dépolluer les sols. Il s'est appuyé sur le développement d'un procédé de phytoremédiation utilisant Chrysopogon nigritanus, une plante indigène caractérisée par une biomasse importante et un système racinaire développé. Il a indiqué que des expériences menées dans plusieurs villes touchées par l'orpaillage ont montré que la phytoremédiation pouvait contribuer à ramener les sols contaminés par des produits chimiques à un état acceptable.

« Le Chrysopogon nigritanus se présente comme une solution durable pour la dépollution des sols contaminés à l'arsenic sur les anciens sites d'orpaillage », a-t-il expliqué, avant d'ajouter que la valorisation des résidus miniers en matériaux de construction constituait une autre piste de solution.

Dr N'Dri Seiny, enseignant-chercheur au département des Sciences et Technologies de l'École normale supérieure d'Abidjan, a, quant à lui, présenté des solutions durables pour le traitement de l'eau. Ses travaux ont permis de mesurer le degré de pollution avant d'intervenir sur la qualité de l'eau.

Dans sa présentation, il a indiqué que, pour détecter le mercure et le plomb, une électrode à pâte de carbone modifiée avec de la poudre de graines de moringa avait été étudiée. Pour la détection du cyanure, les chercheurs ont utilisé une électrode à pâte de carbone modifiée avec de l'argile.

Il a également indiqué que ces méthodes avaient permis de rendre l'eau claire et de réduire sa teneur en polluants. Par ailleurs, il a présenté une colonne de filtration expérimentale associant plusieurs matériaux disponibles localement, notamment de gros graviers, des graviers fins, du sable et de la poudre de graines de moringa. Selon lui, ce dispositif permettrait d'éliminer de 80 à 99 % des métaux lourds avant le rejet ou la réutilisation de l'eau.

Dr Sangaré Yaya, secrétaire général du Fonsti et initiateur de cette rencontre, s'est réjoui de la qualité des échanges et de la présence de nombreuses personnalités, notamment des autorités coutumières et administratives, ainsi que des acteurs du secteur qui ont pris part aux débats autour des différents exposés.

Il a rappelé que la mission de sa structure ne consiste pas seulement à financer des projets de recherche, mais également à soutenir la production de connaissances utiles, à favoriser l'émergence de solutions innovantes et à créer les conditions permettant aux résultats de la recherche de répondre aux besoins de la société.

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