Congo-Brazzaville: Disparition - Marien Fauney Ngombé rend hommage à Cheikh Hamidou Kane

L'écrivain congolais Marien Fauney Ngombé a rendu un vibrant hommage à Cheikh Hamidou Kane, à travers une lecture littéraire, sociologique et économique de «L'Aventure ambiguë». Pour l'écrivain congolais, Cheikh Hamidou Kane, décédé la nuit du 3 au 4 octobre à Dakar au Sénégal, à l'âge de 98 ans, est plus que jamais actuel.

Marien Fauney Ngombé commence son hommage par cette interrogation: «Et si L'Aventure ambiguë nous parlait encore, avec une étonnante acuité de l'Afrique d'aujourd'hui ?». Pour comprendre cette actualité, a-t-il dit, il faut revenir à deux personnages essentiels : la Grande Royale et Samba Diallo. La Grande Royale représente d'abord une forme de lucidité politique. Face à l'arrivée de l'école occidentale, elle comprend que les Diallobé ne peuvent pas simplement se protéger du changement.

Il faut aller à la rencontre de ce nouveau pour comprendre comment ceux qui les dominent ont acquis leur puissance. Son choix est donc stratégique : apprendre de l'autre pour ne plus le subir. C'est toute la portée de sa décision d'envoyer les enfants à « l'école nouvelle ». «Mais Cheikh Hamidou Kane ne s'arrête pas là. Avec Samba Diallo, il nous montre le coût humain et culturel de cette ouverture.

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Samba est un enfant brillant. Il reçoit d'abord une solide formation spirituelle auprès de Thierno, puis excelle dans l'enseignement occidental et poursuit ses études de philosophie à Paris. Il acquiert donc des savoirs nouveaux, mais se retrouve progressivement déchiré entre deux univers», a écrit Marien Fauney Ngombé.

Poursuivant son hommage, l'écrivain congolais signifie que l'Afrique possède l'une des populations les plus jeunes du monde. Et la pression sur les marchés du travail va continuer à augmenter : selon l'Organisation internationale du travail, la population active jeune d'Afrique subsaharienne devrait augmenter de 72,6 millions entre 2023 et 2050. Mais cette jeunesse reste encore largement sous-utilisée. En 2025, environ 70,9 millions de jeunes africains âgés de 15 à 24 ans, soit 23,2 %, sont sans emploi et ne suivent ni études ni formation. Et derrière ces chiffres se trouve une autre réalité sociale : les jeunes femmes sont particulièrement exposées.

En Afrique, les deux tiers des jeunes en situation de NEET (ni en emploi, ni en étude, ni en formations) sont des femmes. Voilà pourquoi la question posée par Cheikh Hamidou Kane dépasse largement le cadre littéraire. Elle devient une question de développement humain et économique. « Nous devons massivement investir dans l'éducation, les STEM- sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, la formation professionnelle, le numérique, l'entrepreneuriat et l'innovation. Mais former ne suffit pas. Encore faut-il créer les écosystèmes permettant à ces compétences de produire de la valeur en Afrique : industrialisation, transformation locale des matières premières, contenu local, recherche, innovation et chaînes de valeur africaines », a poursuivi Marien Fauney Ngombé.

Enfin l'écrivain souligne que l'Afrique ne doit pas se fermer au monde. Elle doit au contraire apprendre, coopérer, maîtriser les technologies et s'approprier les connaissances disponibles. Mais elle doit aussi être capable de produire ses propres modèles, adaptés à ses réalités économiques, sociales et culturelles. C'est peut-être là l'une des grandes leçons de «L'Aventure ambiguë» :

S'ouvrir au monde sans se perdre. Apprendre des autres sans renoncer à penser par soi-même. Se moderniser sans se déraciner. Plus de soixante ans après sa publication, Cheikh Hamidou Kane reste donc étonnamment contemporain. La question posée hier aux Diallobé est peut-être celle qui se pose aujourd'hui à toute l'Afrique : Comment transformer l'ouverture au monde en puissance, plutôt qu'en dépendance ?

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