Il y a le pouvoir, contre lequel l'opposition se bat. Et il y a l'opposition, contre laquelle une partie de l'opposition se bat aussi. Sur les réseaux sociaux, ce deuxième front est actif sans interruption : on y échange à toute heure des injures, des attaques personnelles et des accusations que personne n'a pris le temps de vérifier.
Aimé Gogué, président de l'ADDI, a fini par s'en inquiéter. Il demande à ses pairs d'en finir avec ces querelles et de passer chaque message au tamis de Socrate : est-ce vrai ? est-ce utile ? est-ce le bon moment ? Trois questions, et l'on réalise vite que bien des publications ne passeraient même pas la première.
Reste à voir si la méthode tiendra. Imaginez le temps de réflexion avant chaque publication : « Vrai ? Peut-être. Utile ? Pour moi, oui. Opportun ? Tout de suite, avant l'autre. » Le filtre risque de laisser passer l'essentiel.
Gogué pose lui-même la question qui fâche : « À qui profite finalement cette destruction réciproque de notre crédibilité ? » La réponse tient en un mot, et ce mot n'est pas « le peuple ». Le régime qu'on veut combattre n'a même plus à intervenir : il suffit de regarder faire, avec un paquet de pop-corn.
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Dans l'idéal, les réseaux sociaux serviraient à sensibiliser, rassembler, mobiliser. En pratique, ils servent surtout à régler des comptes entre alliés. Certains semblent avoir confondu le changement démocratique avec le changement de cible.
On ne reprochera pas à l'ADDI d'avoir essayé. Appeler à la courtoisie, y compris quand on critique un autre acteur des forces démocratiques, relève presque de l'humour tant l'idée est audacieuse. Mais l'ambition est louable : transformer le champ de bataille en forum.
Une précision pour les plus sceptiques : la pensée en trois tamis est « attribuée » à Socrate, pas prouvée. Il y a donc un premier doute à lever avant de la partager. Les plus pressés n'auront qu'à passer au deuxième tamis : est-ce utile ? Oui. Alors on partage.