Le général Horta N'Tam accélère la mise à l'écart des hommes d'Emballo. Il vient de limoger Sandji Fati, gouverneur du Palais présidentiel et ancien ministre des Forces armées. De la neutralisation des fidèles de l'ancien président à l'incertitude électorale, la transition militaire redessine les rapports de force à Bissau. Mais l'éviction des hommes ne saurait tenir lieu de projet politique.
La liste des proches d'Umaro Sissoco Embaló écartés du pouvoir bissau-guinéen continue de s'allonger. Le général Horta N'Tam vient de limoger Sandji Fati, gouverneur du Palais présidentiel et ancien ministre des Forces armées, figure réputée fidèle à l'ancien chef de l'État. Cette nouvelle éviction s'inscrit dans une séquence de remaniements qui touche progressivement les relais politiques et administratifs de l'ancien régime. Le signal est limpide : les autorités de transition entendent réduire l'influence de celui qui, depuis son exil, n'a pas renoncé à ses ambitions politiques.
Les faits récents confortent cette lecture. Le 6 octobre, le général Horta N'Tam a démis de leurs fonctions le ministre de l'Intérieur, Mamasaliu Embaló, frère de l'ancien président, et la ministre de la Pêche et de l'Économie maritime, Virgínia Maria da Cruz Godinho Pires Correia. Ces décisions ont suivi l'éviction de Malam Sissé, ancien directeur général des Impôts. La mise à l'écart de Sandji Fati prolonge ainsi une dynamique de recomposition dont les contours dépassent le simple ajustement gouvernemental. Il s'agit donc apparemment d'une recomposition méthodique du pouvoir.
Luttes d'influence sans merci
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Derrière ces départs se dessine une lutte pour le contrôle des centres névralgiques de l'État. L'administration, les appareils de sécurité et les postes stratégiques constituent autant de leviers susceptibles de peser sur les équilibres futurs. L'exclusion d'anciens fidèles d'Embaló réduit ses capacités d'influence à l'intérieur du système, alors même que l'armée a interdit son retour au pays, invoquant des impératifs de sécurité nationale et de maintien de l'ordre.
Toutefois, une interrogation demeure : jusqu'où cette politique d'éviction peut-elle aller sans compromettre la crédibilité de la transition elle-même ? Écarter des responsables en raison de leur proximité politique présumée ne constitue pas, à lui seul, une garantie de rupture institutionnelle. Le véritable test réside dans la capacité des nouvelles autorités à gouverner selon des règles transparentes, à préserver les libertés publiques et à préparer un retour effectif à l'ordre constitutionnel.
Le scrutin présidentiel et législatif initialement annoncé pour le 6 décembre 2026 a fait l'objet d'un report annoncé le 8 octobre, sans nouvelle date précisée à cette occasion. Ce glissement nourrit les interrogations sur la durée de la transition et sur les conditions dans lesquelles les acteurs politiques pourront reprendre leur place dans le jeu démocratique.
La Guinée-Bissau connaît depuis des décennies une instabilité institutionnelle dans laquelle les rivalités politiques, les interventions militaires et les contestations électorales s'entrecroisent. La transition actuelle ne pourra rompre avec ce cycle en substituant simplement un réseau de fidélités à un autre.
Trois exigences s'imposent : un calendrier électoral crédible, des garanties de participation politique et des institutions crédibles
L'ancien président et ses partisans ne sauraient être soustraits aux règles de droit ; mais leur exclusion ne peut davantage devenir une politique permanente.
Le général Horta N'Tam peut redessiner les cercles du pouvoir. La question décisive reste de savoir s'il saura créer les conditions de son transfert aux institutions civiles. À Bissau, la purge des fidèles d'Embaló est peut-être le signe d'une nouvelle architecture politique. Elle ne sera un tournant durable que si elle ouvre la voie à une légitimité démocratique, plutôt qu'à une nouvelle alternance de défiance et de force.
