Afrique de l'Ouest: Une guerre dans la guerre - L'affrontement entre le JNIM et l'État islamique au Sahel

Ouagadougou — Une guerre dans la guerre. C'est celle qui se déroule dans les sables du Sahara, dans la zone de la triple frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, où s'affrontent les deux principaux groupes djihadistes actifs dans la région : Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM, Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) et l'État islamique au Sahel (EIS).

Le premier est affilié à Al-Qaïda, tandis que le second est lié à l'État islamique. Les deux formations ont longtemps coexisté et, dans certains cas, ont même collaboré dans les trois pays du Sahel, bien que, dans d'autres contextes, des groupes djihadistes ayant des affiliations similaires se soient affrontés, comme cela a été le cas en Syrie et dans d'autres régions d'Afrique.

Le JNIM est né en mars 2017 de la fusion de plusieurs katiba (unités de combat), sous la direction d'Iyad Ag Ghaly. L'État islamique au Sahel, anciennement connu sous le nom d'ISGS/EIGS, a quant à lui vu le jour entre 2015 et 2016 autour de la figure d'Adnan Abu Walid al-Sahrawi, qui a par la suite été tué.

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Depuis 2019, les tensions entre le JNIM et l'EIS n'ont cessé de s'intensifier, débouchant sur des affrontements de plus en plus violents. Le dernier épisode remonte à quelques jours. Selon un communiqué diffusé par Amaq, l'agence de propagande de l'État islamique, lors de violents combats dans la province d'Oudalan, au nord du Burkina Faso, l'EIS aurait tué environ 400 membres du JNIM, leur infligeant également d'importantes pertes en armes et en motos. Cette information n'a toutefois pas été confirmée par des sources indépendantes.

Selon Amaq, les combats auraient débuté le 9 octobre dans le village de Ganadaouri, où les miliciens de l'EI auraient repoussé une offensive de grande envergure du JNIM. Les affrontements auraient duré environ une heure et demie.

Auparavant, le 1er septembre, le JNIM et l'EIS s'étaient affrontés au Mali près de N'Daki, dans la région de Tombouctou, à la frontière avec le Burkina Faso. L'EIS a pris le dessus, tuant une centaine de combattants du JNIM, dont un commandant de haut rang. Ces affrontements font suite à l'élimination, le 17 août par le JNIM, du chef de l'EIS au Burkina Faso, Abou Zeid, et du commandant Saad.

Ce conflit trouve son origine dans des divergences politiques et doctrinales entre les deux organisations djihadistes. Le JNIM adopte une approche relativement pragmatique et est ancré dans les réalités locales. Il cible principalement les institutions de l'État et leurs symboles, négocie avec les élites locales et, dans les zones sous son contrôle, impose un système de gouvernance relativement souple, fondé sur des instruments tels que la zakat (l'aumône rituelle islamique), la médiation des litiges et des sanctions correctives, plutôt que des châtiments publics exemplaires. Il tend également à éviter des pratiques telles que les décapitations et les lapidations publiques, notamment dans le but de préserver un certain degré de consensus au sein de la population.

L'EIS, en revanche, adopte une orientation plus rigoriste. Il recourt plus facilement à l'excommunication religieuse à l'encontre des musulmans qu'il considère comme non alignés, cible davantage les civils accusés de collaborer avec l'ennemi et fait de la violence exemplaire et punitive un outil central de contrôle.

Parallèlement à l'affrontement entre les deux formations, celles-ci continuent toutes deux à combattre les forces de sécurité des trois pays du Sahel. Ce sont les populations locales qui en paient le prix le plus lourd, exposées aux violences perpétrées par toutes les parties au conflit..

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