Sénégal: Des pionniers sénégalais racontent leur participation aux premiers JOJ à Singapour

Dakar — Le judoka Babacar Cissé et l'escrimeuse Mame Awa Ndao, évoquant leur participation à la première édition des Jeux olympiques de la jeunesse JOJ à Singapour en 2010, ont mis en avant l'enthousiasme qui les animait et les bons souvenirs de cette première expérience olympique, malgré les insuffisances de l'encadrement dont ils ont bénéficié.

Babacar Cissé et Mame Awa Ndao étaient parmi les six athlètes sénégalais ayant participé aux premiers JOJ, en plus de François Malack et Zeynab Bâ pour la natation, Ndèye Coumba Diop pour le taekwondo et Daouda Diagne pour l'athlétisme.

Seize ans après, Cissé raconte les bons souvenirs de cette expérience olympique lors de laquelle il a décroché la médaille d'argent des - 66 kg en judo, malgré une préparation difficile.

"C'était quand même magnifique ces Jeux, avec l'esprit de solidarité, de partage entre athlètes qui s'amusaient alors qu'ils n'étaient pas du même pays", a souligné Cissé, alors âgé de 18 ans, aujourd'hui postier à Mbour.

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"Aux JOJ de Singapour, j'ai pu décrocher une médaille olympique par équipe de six : ce sont des combats individuels, on monte, on combat et puis on descend. Un autre de l'équipe fait la même chose. Je puis vous dire que j'ai gagné tous mes combats. Nous avons été malheureusement été éliminés en finale", confie le judoka, dans un entretien avec APS Mag.

"L'encadrement, le seul hic"

Babacar Cissé note que "le seul hic", c'était le manque d'encadrement.

"La préparation de la compétition des Jeux olympiques de la jeunesse 2010 a été difficile et compliquée parce que les conditions étaient loin d'être les meilleures. On a dû me prêter un kimono pour que je puisse compétir. C'est à Singapour qu'on m'a trouvé un kimono neuf. Or, l'athlète doit prendre le temps de s'adapter à son kimono pour être plus à l'aise", dit-il.

Il affirme qu'il n'avait pas non plus de coach lorsqu'il quittait Dakar et n'a dû son salut qu'à la générosité d'un "vieux Togolais" parce qu'il fallait quelqu'un pour aller à la table officielle.

"Donc, j'ai donné au Togolais un ensemble blouson et une casquette aux couleurs du Sénégal. Ce n'est que lorsque je suis admis en finale que la délégation sénégalaise m'a rejoint", se souvient-il encore.

Cissé dit avoir accepté de combattre "par patriotisme", se disant convaincu que s'il avait eu un bon encadrement, "le Sénégal pouvait être champion du monde de judo pour les médailles individuelles".

"On n'organise pas pour perdre"

Le judoka, qui dit avoir arrêté les compétitions depuis 2019 à cause de ses activités professionnelles, regrette de n'avoir pas reçu une seule distinction des autorités.

"Je suis rentré avec une médaille de vice-champion olympique, et les autres ont été bien accueillis dans leurs pays. C'est le genre de choses qui découragent les jeunes à embrasser des carrières sportives", a-t-il dit.

Sur les JOJ Dakar 2026, Babacar Cissé estime qu'il ne faut pas se limiter à la seule organisation de l'événement ou à la participation des athlètes sénégalais.

"C'est bien beau d'organiser des Jeux, mais il faudra décrocher des médailles. On n'organise pas pour perdre. Il faut renforcer l'encadrement des athlètes", a-t-il insisté.

Mame Awa Ndao a très tôt manié le sabre. A l'instar du judoka Babacar Cissé, l'escrimeuse sénégalaise a participé à la première édition des JOJ à Singapour 2010, même si elle n'a pas remporté de médaille lors de cette compétition. Alors âgé de 16 ans, elle avait dû sa sélection à un palmarès riche.

"J'ai participé à presque toutes les compétitions dans ma discipline [l'escrime] : des championnats régionaux, des championnats d'Afrique, des coupes du monde, des tournois satellites", raconte passionnément cette athlète, jointe au téléphone par APS Mag.

Mame Awa Ndao, qui vit aujourd'hui en France, a vu les portes du monde de l'escrime s'ouvrir à elle en 2009, lorsqu'elle a été sélectionnée pour participer aux championnats du monde cadets et juniors en Azerbaïdjan.

Elle confirme ensuite aux Jeux africains de la jeunesse où elle a été médaillée de bronze et d'argent, a-t-elle expliqué, parlant de son parcours l'ayant conduite à Singapour un an plus tard.

"Je n'avais que 16 ans, je ne pouvais pas être consciente de ce que j'allais vivre. On m'a dit juste que j'ai été sélectionnée pour les Jeux olympiques de la jeunesse, la première édition. C'est comme ça qu'on m'a demandée de me préparer pour les JOJ de Singapour. Nous avons alors effectué un regroupement de 15 jours à Thiès avant de voyager pour Singapour où nous avons fait une vingtaine de jours", raconte l'escrimeuse.

L'athlète sénégalaise n'assistera pas, cependant, à la cérémonie d'ouverture puisqu'elle devait entrer en scène dès le lendemain. "D'habitude, c'est l'escrime qui ouvre les Jeux", explique-t-elle.

"Il y a des défaites qui ne peuvent être que constructives"

Mame Awa Ndao ne rentrera pas au Sénégal avec un métal autour du cou. "Je n'ai pas été médaillée aux JOJ, mais ça a été quand même une belle compétition et une belle expérience qui restera dans ma vie, parce que les JOJ, on ne les vit qu'une seule fois. C'est une compétition extraordinaire", a-t-elle répondu, le rire avec, preuve d'un esprit fort.

C'est que l'escrimeuse a aussi la résilience comme épée. Alors qu'elle a été boursière pour participer aux Jeux olympiques Rio 2016, elle est victime d'une blessure "juste avant les phases qualificatives", ce qui l'éloignera de la piste et l'affectera "mentalement et physiquement".

Cette mauvaise passe, elle va la prendre avec philosophie. "C'est la loi de la compétition : dès fois on gagne, dès fois on perd. Il faut être mentalement prêt pour accepter la défaite. Et ces défaites ne peuvent être que constructives", martèle Mame Awa Ndao.

Elle sera tout de même, "vice-championne d'Afrique (2013), 47e mondial, plusieurs fois championne du Sénégal entre 2013 et 2017 et capitaine de l'équipe nationale de sabre".

A 31 ans, Mame Awa Ndao ne lâche pas l'épée. Bien que présidente d'un club d'escrime en France, l'assistante juridique dit avoir repris ses entrainements de façon régulière.

"Aujourd'hui, il y a le travail et les études, mais je compétis toujours. Je veux chercher la qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, aux États-Unis. On croise les doigts", lâche-t-elle, notant que c'est "une très belle fierté" que le Sénégal accueille les premiers JOJ en Afrique.

"J'espère que nos petits champions se préparent bien et dans de bonnes conditions pour être en mesure de réaliser de belles performances. Je suis de tout coeur avec nos jeunes, ce sont des Lions qui ont été sélectionnés parmi les meilleurs. Il s'agit de défendre les couleurs de son pays", a-t-il déclaré.

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