Expert et conseiller en finances publiques, Patrick Gilbert-Desvallons possède une longue expérience internationale acquise auprès d'administrations gouvernementales et d'institutions de coopération, notamment la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l'Union européenne.
Ancien membre de cabinets ministériels en France et à l'étranger, il a conseillé de nombreux gouvernements et administrations en Afrique, en Asie et dans d'autres régions du monde, dans les domaines des finances publiques, de la gouvernance et du développement.
Son parcours l'a également conduit à intervenir dans la protection de l'environnement, la gestion des ressources naturelles et la coopération internationale.
Engagé au sein de l'Association pour la Valorisation de la Francophonie (AVF), il met son expérience au service d'une francophonie ouverte sur le monde et attentive aux enjeux environnementaux, culturels et éducatifs.
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Dans cet entretien réalisé à l'occasion du Grand Prix du Récit Francophone 2026, consacré aux enjeux environnementaux, il partage sa vision des défis écologiques et de la coopération internationale.
Quel fil conducteur a guidé vos engagements professionnels, notamment dans le domaine environnemental ?
Au début de ma carrière, j'ai été élu secrétaire de la Fédération des Associations et Sociétés Françaises d'Ingénieurs Diplômés (FASFID). À ce titre, j'organisais des réunions mensuelles avec des représentants d'associations autour de sujets majeurs, notamment les premiers chocs pétroliers et leurs conséquences sur la planète. Des experts étaient invités à débattre des enjeux liés à l'énergie, aux ressources naturelles et à la croissance démographique.
Ces échanges ont nourri ma réflexion sur la capacité de la Terre à subvenir aux besoins d'une population croissante et sur les risques de pénurie des ressources. C'est à cette période que j'ai pris conscience de l'importance de l'écologie et du développement durable.
J'ai également réalisé une étude sur les freins à l'expatriation des ingénieurs, remise au Premier ministre Jacques Chirac. Ce travail m'a conduit à une première expatriation au Gabon, où j'ai dirigé un projet de mise en place du contrôle financier de l'État et de formation de contrôleurs financiers locaux. Cette expérience a renforcé mes compétences en finances publiques, qui m'ont servi tout au long de ma carrière.
Mon engagement environnemental s'est intensifié lorsque la Banque mondiale m'a confié une mission en Côte d'Ivoire consacrée à la protection des parcs nationaux et des réserves naturelles. D'une durée de six mois, cette mission a mobilisé des partenaires locaux et internationaux, ainsi que des juristes et des spécialistes du droit de l'environnement. Elle m'a permis d'approfondir mon approche de la gestion des écosystèmes et des ressources naturelles.
Quelles leçons tirez-vous de ces expériences sur la manière de concilier développement et préservation de l'environnement ?
Il est primordial de considérer l'environnement comme un capital à protéger, et non comme un bien inépuisable. Le dérèglement climatique constitue une menace systémique. Selon le rapport Groundswell de la Banque mondiale, publié en 2021, jusqu'à 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer à l'intérieur de leur propre pays d'ici à 2050, dans les six régions étudiées.
La protection des écosystèmes n'est pas seulement un impératif moral, mais aussi une nécessité économique. Le réchauffement climatique pourrait également entraîner la libération de certaines ressources, de bactéries pathogènes et de minéraux dans la région du pôle Nord. Ces bouleversements nécessitent une gestion concertée, à la fois mondiale et locale.
Quelle est, selon vous, la place stratégique des forêts africaines dans la lutte contre le dérèglement climatique mondial ?
Les forêts africaines et amazoniennes, tout comme les océans, jouent un rôle essentiel dans l'absorption du dioxyde de carbone (CO₂). Elles abritent également une biodiversité exceptionnelle. Leur gestion durable est indispensable pour atténuer les effets du changement climatique.
Cependant, ces forêts sont menacées par la déforestation illégale et l'expansion des terres agricoles. Leur protection constitue une priorité mondiale qui nécessite des investissements conséquents et une gouvernance locale renforcée.
Comment les États du Sud peuvent-ils concrètement intégrer la transition écologique dans leurs budgets ?
La transition écologique doit être une priorité accessible à tous. Cela suppose de réorienter les budgets nationaux afin d'y intégrer des ressources spécifiquement consacrées à la durabilité environnementale. Cette démarche doit également s'appuyer sur des partenariats internationaux.
L'enjeu est de faire de la transition écologique une priorité accessible, et non un luxe réservé à certains pays.
Quels mécanismes financiers innovants recommandez-vous pour accélérer la restauration des écosystèmes tout en préservant les équilibres budgétaires des États ?
Pour financer durablement la restauration des écosystèmes, il est essentiel de mettre en place des mécanismes financiers pérennes. Les obligations vertes constituent l'un des instruments possibles. Elles permettent de mobiliser des fonds pour des projets environnementaux tout en associant le secteur privé.
Les partenariats public-privé sont également importants, car ils permettent de combiner expertise technique et financement. Enfin, les mécanismes de paiement pour services environnementaux peuvent encourager la préservation des écosystèmes tout en offrant des incitations économiques aux acteurs locaux.
Les grandes promesses et initiatives climatiques internationales, notamment celles issues des COP, ont-elles des effets concrets sur les terrains que vous avez fréquentés ?
Les engagements internationaux sont importants, mais ils doivent être accompagnés de mécanismes de financement concrets. Dans de nombreux pays en développement, les promesses formulées à l'échelle internationale ne sont pas toujours suivies d'effets suffisants sur le terrain.
Les financements doivent parvenir aux acteurs concernés et être utilisés pour soutenir des actions locales efficaces. C'est à cette condition que les engagements climatiques pourront produire des résultats tangibles.
Pouvez-vous citer un projet environnemental auquel vous avez contribué et qui a produit des résultats concrets ?
Je suis particulièrement fier des projets qui ont permis de concilier les politiques forestières et les besoins économiques des populations locales, notamment en Côte d'Ivoire et au Cameroun.
Des systèmes de gestion durable des forêts et des pratiques agroforestières ont été mis en place. Ils ont contribué à protéger les ressources naturelles tout en générant des revenus pour les communautés concernées. Ces expériences montrent que l'économie verte peut être un moteur de développement durable.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent agir durablement au-delà de l'activisme ?
Je leur conseillerais de ne pas sous-estimer l'impact des petites actions et de ne pas hésiter à se former. L'activisme est important, mais il doit s'accompagner d'une bonne compréhension des systèmes complexes.
La capacité à articuler les réalités du terrain, le fonctionnement des institutions et les mécanismes de décision est essentielle pour obtenir des changements durables. Il faut agir dans son domaine, faire preuve de créativité et chercher à influencer les politiques publiques tout en restant proche des réalités locales.
Un engagement solide se construit sur la connaissance, l'expérience et la stratégie.
Fort de votre expérience des enjeux environnementaux en Afrique, quels écueils le Burundi devrait-il éviter et quels leviers devrait-il privilégier pour préserver ses ressources naturelles ?
Le Burundi doit mener simultanément des actions de reboisement et de restauration des forêts. Le reboisement consiste notamment à planter des arbres issus de pépinières, tandis que la restauration forestière vise à reconstituer la biodiversité locale.
Il est également essentiel de soutenir les communautés locales dans la gestion des forêts. C'est l'un des enseignements que j'ai tirés de mes expériences dans des projets environnementaux en Afrique centrale et de l'Ouest.
L'éducation et la participation active des populations constituent des leviers majeurs. Les communautés doivent être associées à la planification et à la mise en oeuvre des projets. Le développement durable ne peut se construire sans une gouvernance inclusive, éclairée et ancrée dans les réalités locales.
Quel sens donnez-vous à votre engagement au sein de l'Association pour la Valorisation de la Francophonie ?
L'AVF constitue une plateforme importante pour renforcer la solidarité entre les peuples francophones. Elle contribue à promouvoir une francophonie inclusive, ouverte sur le monde et tournée vers l'avenir.
Mon engagement s'inscrit dans une logique de transmission et d'ouverture. Je crois au pouvoir du collectif pour faire émerger une francophonie influente, active sur les plans écologique, économique et culturel.
En soutenant des initiatives culturelles comme le Grand Prix du Récit Francophone, l'AVF contribue au dialogue sur les enjeux écologiques et sociaux à travers des récits porteurs de valeurs communes. Cet engagement culturel complète ainsi mes expériences institutionnelles et environnementales.
En quoi le Grand Prix du Récit Francophone contribue-t-il à faire émerger de nouveaux imaginaires autour de l'écologie, de la solidarité et de la mémoire collective ?
Le Grand Prix du Récit Francophone permet à de jeunes auteurs issus de différents horizons de faire entendre leur voix. Il contribue ainsi à nourrir la réflexion sur des sujets essentiels comme l'écologie, l'identité et la solidarité.
Ces récits constituent une forme de diplomatie culturelle en phase avec les grands enjeux de notre époque. Ils peuvent sensibiliser les populations à la nécessité de préserver notre planète et d'imaginer des solutions collectives aux défis de demain.
Ils contribuent ainsi à rapprocher l'humain, la nature et l'imaginaire.
Quelle est votre vision de l'avenir de la gouvernance environnementale mondiale ?
Je pense que l'avenir de la gouvernance environnementale mondiale doit reposer sur une approche intégrée, qui associe la protection des écosystèmes à la transformation de nos modes de vie.
Il s'agit d'une responsabilité collective, mais aussi d'une question d'équité et de justice climatique. La coopération internationale doit être renforcée, notamment entre les pays développés et les pays du Sud, afin de garantir un accès plus équitable aux financements et aux technologies nécessaires à la transition écologique.
Cela suppose de mettre en place des mécanismes de gouvernance innovants, capables de concilier l'expertise de terrain, la rigueur économique et les ambitions environnementales pour élaborer des politiques réellement durables.
Propos recueillis par Jacqueline Nizet, présidente-fondatrice de l'Association pour la Valorisation de la Francophonie (AVF), à l'occasion du Grand Prix du Récit Francophone 2026.