Mali: Violences dans le centre du pays - « Nous avons fui en pirogue au milieu de la nuit »

communiqué de presse

Depuis le début du mois de septembre, le centre du Mali est le théâtre d'une recrudescence des violences qui a fait des dizaines de victimes et provoqué le déplacement de milliers de personnes. Face à ce nouveau flux de déplacés, Médecins Sans Frontières (MSF) a mis en place une clinique mobile dans la ville de Macina, où converge un grand nombre de familles.

Attaques armées et afflux de déplacés à Macina

Une série d'attaques menées par des groupes armés contre plusieurs localités de la région de Ségou, notamment Souleye le 1er septembre et Touara le 15 septembre, a forcé de nombreuses familles à fuir. Plus de 3 400 déplacés ont rejoint Macina, petite ville située aux abords du fleuve Niger.

Kadiatou* a fui Touara avec sa famille en laissant tout derrière elle :

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« Nous avons entendu des tirs au moment de la prière, vers 16h, et cela a duré jusqu'à 20 heures. Des hommes armés sont parvenus à entrer dans le village et tout le monde a paniqué. Nos maris nous ont fait partir en pirogue avec les enfants, au milieu de la nuit », raconte-t-elle.

À Macina, Kadiatou et sa famille ont trouvé refuge chez un parent, qui partage sa maison avec une quarantaine de personnes déplacées, toutes profondément marquées par ces événements.

« La nuit, j'entends encore les coups de feu de cette attaque. Nous n'avons pas pu enterrer certains de nos proches, leurs corps sont encore au village », témoigne Kadiatou, hantée par le souvenir de l'attaque.

La réponse médicale de MSF face aux besoins sanitaires d'urgence

En appui aux structures du ministère de la Santé, MSF déploie depuis fin septembre une clinique mobile à Macina, assurant la prise en charge d'environ 150 patients chaque jour.

« Nous constatons principalement des infections respiratoires, liées aux conditions de vie précaires des personnes déplacées, ainsi que des cas de paludisme. Beaucoup n'ont pas d'abris et manquent de latrines comme d'accès à l'eau », explique Hussein Younoussa, responsable des activités d'urgence pour MSF.

La majorité des personnes qui viennent en consultation sont des femmes et des enfants. Du 23 septembre au 7 octobre, les équipes de MSF ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants.

Une forte pression sur les ressources locales et des risques d'épidémies importants

La plupart des déplacés vivent au sein de familles d'accueil qui leur ont ouvert leurs portes, mais qui ne peuvent subvenir à l'ensemble de leurs besoins. D'autres vivent dans la rue, alors que la localité voit arriver quotidiennement de nouvelles personnes.

Cette situation exerce une pression très forte sur des ressources locales déjà limitées : Macina accueillait en effet déjà plus de 5 000 déplacés avant cette nouvelle escalade de violences. Abris, vivres, eau potable : tout manque, et le risque d'épidémies inquiète les autorités de la ville.

Des kits d'urgence fournis par MSF à l'hôpital de Macina ont par ailleurs permis d'assurer la prise en charge chirurgicale et médicale de 25 personnes blessées lors de l'attaque contre Touara. Ces attaques ont été suivies d'une contre-offensive militaire et d'une intensification des tensions sécuritaires dans le centre du Mali.

Cette nouvelle vague de violences et de déplacements intervient dans un contexte humanitaire critique, marqué par le désengagement de plusieurs organisations internationales dans la zone de Macina en raison du manque de financements.

*Prénom modifié pour des raisons de sécurité.

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