Afrique: ONU - Le retrait de Macky Sall révèle les limites de l'ambition africaine

Écarté par les rapports de force au Conseil de sécurité, l'ancien président sénégalais renonce à briguer le secrétariat général des Nations unies. Alors que l'Amérique latine et les Caraïbes prennent l'avantage, l'Afrique se retrouve face à une question stratégique : comment peser sur la gouvernance mondiale au-delà de ses ambitions déclarées ?

L'ambition aura buté sur la réalité des rapports de force. Le 17 octobre 2026, l'ancien président sénégalais Macky Sall a annoncé le retrait de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Au lendemain d'un vote indicatif du Conseil de sécurité qui n'a dégagé aucun candidat susceptible de rallier un soutien suffisamment large, il a expliqué vouloir contribuer à l'émergence d'une candidature consensuelle. Selon lui, les consultations semblent favoriser un profil issu d'Amérique latine et des Caraïbes, éventuellement féminin. Ce retrait constitue un tournant dans une compétition où la géographie, les équilibres diplomatiques et le pouvoir de veto comptent autant que les profils individuels. Il ne signifie pas que l'Afrique est définitivement écartée de la succession, mais il souligne les difficultés à convertir une ambition continentale en coalition diplomatique capable de franchir les obstacles institutionnels.

Le Conseil de sécurité, véritable centre de gravité

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La désignation du secrétaire général obéit à une procédure qui limite fortement les possibilités d'un choix fondé sur la seule popularité d'un candidat. Le Conseil de sécurité recommande un nom à l'Assemblée générale. Cette recommandation nécessite au moins neuf voix favorables parmi les quinze membres du Conseil et l'absence de vote négatif des cinq membres permanents : États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni. Un seul veto d'un membre permanent peut donc bloquer une candidature. Le dernier scrutin informel a illustré cette contrainte : aucun des sept candidats alors en lice n'a échappé à une opposition provenant d'au moins une de ces cinq puissances. La compétition demeure donc ouverte, même si les premiers résultats dessinent une hiérarchie. La Costaricaine Rebeca Grynspan, ancienne dirigeante de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, apparaît comme l'une des prétendantes les mieux placées. Elle est suivie notamment par l'Argentin Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, et par la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett. Mais aucune avance ne garantit l'issue d'un processus où l'accord des grandes puissances reste déterminant.

L'Afrique face au défi de la coalition diplomatique

La candidature de Macky Sall, portée par le Burundi, avait offert à l'Afrique une possibilité de faire valoir son expérience politique et sa représentation dans les enceintes internationales. Son retrait pose désormais une question de méthode : comment construire, en amont, une stratégie de candidature soutenue par un nombre suffisant d'États et compatible avec les attentes des membres permanents ? L'enjeu dépasse le parcours d'un ancien chef d'État. Il concerne la capacité des pays africains à coordonner leurs positions, à identifier les convergences avec d'autres régions et à négocier des soutiens qui résistent aux arbitrages des grandes puissances. Une candidature présentée comme africaine ne peut aboutir sans une diplomatie de coalition, patiente et structurée.

Une ONU en quête de crédibilité

Cette succession intervient dans un contexte de conflits prolongés, de rivalités géopolitiques, de tensions budgétaires et de contestation du multilatéralisme. Macky Sall a lui-même plaidé pour une transformation profonde des méthodes de travail et du fonctionnement de l'organisation. Le prochain secrétaire général devra donc conjuguer plusieurs impératifs : restaurer la capacité de médiation de l'ONU, défendre le droit international, mobiliser des financements et préserver l'autonomie de l'institution face aux intérêts contradictoires des États. Le retrait de Macky Sall ne clôt pas le débat sur la représentation africaine ; il en révèle la difficulté centrale. Dans un système où les cinq membres permanents disposent d'un pouvoir décisif, l'influence ne se mesure pas seulement au nombre de pays représentés, mais à la capacité de bâtir des compromis. Pour l'Afrique, le défi est de transformer son poids démographique et diplomatique en pouvoir de négociation durable au sein de la gouvernance mondiale.

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