Congo-Kinshasa: « Les déplacés veulent avant tout retrouver la paix » (D. Mama, Pnud)

21 Octobre 2026
interview

Alors que l'est de la RDC reste confronté à une crise sécuritaire et humanitaire persistante, Damien Mama, coordonnateur résident humanitaire des Nations unies en RDC, insiste sur la nécessité de rétablir la paix .

Face à la persistance de la crise sécuritaire et humanitaire dans l'est de la RDC, Damien Mama, coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, revient sur le sort des 6,1 millions de déplacés internes, la nécessité de protéger les civils et l'urgence de parvenir à une paix durable.

Suivez ci-contre l'interview avec Damien Mama

Monsieur Damien Mama, bonjour.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Bonjour Madame.

L'actualité du moment, en RDC, c'est la récente sortie de l'ancien président Joseph Kabila, qui a créé le Front pour la refondation de la nation. Cette annonce est survenue peu après le passage des médiateurs de l'Union africaine à Goma. Certains y voient une forme de feu vert donné à cette initiative. Quel regard les Nations unies portent-elles sur cette sortie de l'ancien président Joseph Kabila ?

Dans mes fonctions de coordonnateur humanitaire, je ne commente pas les processus politiques. Je peux toutefois partager avec vous les préoccupations de la communauté humanitaire, et elles sont au nombre de trois.

La première préoccupation, c'est la paix, afin que les populations puissent retourner chez elles. La deuxième préoccupation, c'est que, quels que soient les développements récents, il est important de préserver l'accès humanitaire dans toutes les zones affectées par les conflits. Enfin, la troisième préoccupation concerne la protection des civils. Les civils ne sont pas des combattants. Ils doivent être protégés en tout temps.

Lors de votre récente visite sur le site de déplacés de Luvangira, au Nord-Kivu, vous avez rencontré Maman Mariamou, qui vous a confié, je la cite : « Nous voulons rentrer chez nous. Nous sommes fatigués de fuir, fatigués des viols, des tueries et de voir nos maisons détruites. » À travers ce témoignage, que nous dit aujourd'hui la réalité vécue par les millions de déplacés congolais ? Quelle est, selon vous, l'urgence humanitaire la plus critique actuellement ? Et si vous pouvez nous donner les chiffres les plus récents, combien de déplacés internes compte aujourd'hui la RDC ?

Vous savez, les mamans nous appellent toujours « mon fils » et disent : « Mon fils, quand tu repartiras là-bas, il faut dire à vos gens, à vos chefs, là-bas, que nous voulons la paix. Nous voulons retourner chez nous. Vous nous avez aidés et vous nous nourrissez. Mais nous n'avons pas besoin de l'aide humanitaire. » Ce sont des messages très profonds que ces femmes nous transmettent lorsque nous les rencontrons dans les camps de déplacés.

Aujourd'hui, la RDC compte environ 6,1 millions de personnes déplacées. Parmi elles, certaines ont été déplacées plusieurs fois. J'ai vu des personnes déplacées plus de quatre, voire cinq fois, avec leurs enfants et leurs familles. Ces populations ont besoin de protection. Elles ont besoin d'assistance, mais elles ont surtout besoin de sécurité et de paix dans leurs communautés, parce qu'elles sont capables de se nourrir elles-mêmes. Elles sont capables de produire.

Vous dites avoir rencontré de nombreuses personnes déplacées à plusieurs reprises, parfois quatre ou cinq fois. En tant que coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, est-ce que cela ne constitue pas un aveu d'échec ?

Non. La réponse humanitaire a pour objectif de sauver des vies et d'assister les populations dans l'immédiat. Mettre fin aux facteurs qui provoquent ces déplacements est une problématique qui relève à la fois du gouvernement, des acteurs engagés dans les processus de paix et de tous ceux qui peuvent contribuer à créer un environnement propice à une paix durable et à la sécurité.

Que nous disent aujourd'hui ces chiffres sur l'ampleur des déplacements de population ? Et comment inverser cette tendance ?

Les chiffres des déplacés nous racontent des histoires de vies déchirées, de vies perturbées, de vies interrompues et, parfois même, de familles complètement déstructurées. L'histoire des déplacements et leur dynamique traduisent une vulnérabilité multidimensionnelle. C'est pour cela que je continue de dire qu'il est important de créer les conditions de solutions durables, afin que plus personne ne soit obligé de se déplacer.

Monsieur Mama, si vous deviez aujourd'hui adresser un message aux autorités congolaises, aux différentes parties au conflit ainsi qu'à la communauté internationale, quel serait-il ?

Vous savez, un pays qui est continuellement affecté par les conflitsperd progressivement ses acquis en matière de développement. Le développement économique n'est pas possible dans un contexte de conflits prolongés. La RDC, en tant que pays, a donc besoin d'une paix durable et de stabilité sur le long terme.

Pour vous, les processus de Doha ou de Washington restent-ils pertinents aujourd'hui, même si certains acteurs ont choisi la voie des armes ?

Vous savez, c'est précisément parce que certains ont pris les armes que nous avons ces processus, à Doha comme à Washington. Nous gardons l'espoir qu'avec la bonne volonté des médiateurs et la contribution des pays qui disposent d'une influence, nous serons en mesure de mettre fin à ce conflit qui affecte avant tout les populations qui, elles, n'ont jamais pris les armes.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.