Un eurodéputé italien demande à la Commission européenne d'examiner l'incidence des importations tunisiennes sur les prix payés aux producteurs et de mobiliser des mécanismes de soutien à la filière oléicole. Cette initiative intervient dans un contexte de baisse des cours en Italie et de progression des importations européennes en provenance de Tunisie. Aucune nouvelle restriction commerciale contre l'huile tunisienne n'a toutefois été annoncée dans les informations consultées.
L'huile d'olive tunisienne s'invite dans le débat européen sur la crise du secteur oléicole italien. Le 19 octobre 2026, l'agence de presse italienne ANSA a rapporté que Michele Picaro, eurodéputé du parti Fratelli d'Italia, membre du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), avait adressé une question à la Commission européenne afin de demander notamment l'activation des aides au stockage privé de l'huile d'olive et une évaluation de l'impact des importations tunisiennes sur les prix à la production. L'initiative a été cosignée, selon ANSA, par l'ensemble de la délégation italienne de l'ECR.
La démarche vise à répondre aux difficultés rencontrées par les producteurs italiens, particulièrement en Pouilles et en Calabre, où la filière fait face à une pression sur les prix à l'origine et à une augmentation des stocks. Dans ce contexte, les importations tunisiennes sont devenues l'un des sujets soulevés par les représentants politiques de la filière italienne.
Dans un article publié le 20 octobre, Il Giornale précise que les auteurs de l'initiative souhaitent obtenir des données détaillées sur les volumes d'huile d'olive importés de Tunisie entre 2023 et 2026, tant à l'échelle de l'Union européenne qu'en Italie. Ils demandent également de distinguer les importations bénéficiant du régime préférentiel de celles relevant d'autres régimes douaniers.
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Des importations tunisiennes en hausse dans l'Union européenne
Les données de la Commission européenne permettent de mesurer l'importance de la présence tunisienne sur le marché européen. Selon son rapport sur la situation du secteur de l'huile d'olive, publié le 29 septembre 2026, les importations de l'Union européenne en provenance de Tunisie ont atteint 182 399 tonnes entre octobre 2025 et juillet 2026, contre 125 605 tonnes pendant la même période de la campagne précédente, soit une progression de 45,2 %. La Tunisie représentait alors 78 % des importations européennes d'huile d'olive en provenance de pays tiers. Ces chiffres sont provisoires et couvrent plusieurs régimes statistiques.
Cette progression intervient dans un contexte de recul des prix de l'huile d'olive vierge extra en Italie. Le même rapport européen fait état d'un prix moyen national de 4,82 euros le kilogramme pour la campagne 2025-2026, en baisse de 49,6 % sur un an, selon les données arrêtées au 9 septembre 2026.
Ces deux évolutions éclairent les préoccupations des producteurs italiens, mais elles ne suffisent pas à établir un lien de causalité direct entre la hausse des importations tunisiennes et le recul des prix. La situation du marché dépend également de la production, des stocks, de la demande et des conditions de commercialisation. La demande d'examen adressée à Bruxelles porte précisément sur l'évaluation de l'incidence des importations.
Un contingent préférentiel de 56 700 tonnes
Au cœur du débat figure le régime commercial dont bénéficie l'huile d'olive tunisienne dans l'Union européenne. La Tunisie dispose d'un contingent préférentiel annuel de 56 700 tonnes d'huile d'olive vierge importable à droit nul, dans le cadre du dispositif prévu par les accords commerciaux avec l'UE. Ce mécanisme constitue un accès préférentiel au marché européen ; il ne représente toutefois pas un plafond absolu de toutes les importations tunisiennes, lesquelles peuvent relever d'autres régimes douaniers.
L'eurodéputé Michele Picaro demande à la Commission de préciser les volumes réellement importés dans le cadre de ce contingent et ceux entrés dans l'Union en dehors de celui-ci. Il souhaite également connaître les conditions et le calendrier d'une éventuelle activation des aides au stockage privé, un dispositif qui permet de retirer temporairement des quantités d'huile du marché afin de contribuer à rééquilibrer l'offre.
L'initiative évoque aussi la possibilité de recourir à des mesures exceptionnelles prévues par la réglementation européenne en cas de perturbation du marché agricole. Il s'agit, à ce stade, de demandes adressées à la Commission et non de mesures déjà adoptées.
Quel enjeu pour les exportateurs tunisiens ?
Pour la Tunisie, dont l'huile d'olive constitue un produit d'exportation majeur, le débat mérite une attention particulière. Une éventuelle évolution des conditions d'accès au marché européen pourrait avoir des conséquences pour les opérateurs tunisiens, en fonction de la nature et de la portée des mesures retenues. Mais aucun élément vérifié dans les sources consultées ne permet d'affirmer qu'une restriction des importations tunisiennes a été décidée.
Il importe également de distinguer la position de certains élus italiens de celle des institutions européennes. La demande de Michele Picaro traduit les préoccupations exprimées par une partie de la représentation politique italienne face à la crise de sa filière oléicole. Elle ne constitue pas, à elle seule, une décision de la Commission européenne ni une remise en cause formelle du régime préférentiel tunisien.
La question est désormais de savoir quelle réponse Bruxelles apportera aux demandes de transparence et de soutien formulées par les eurodéputés. Pour les professionnels tunisiens, le suivi de cette procédure, des données d'importation et de toute éventuelle évolution réglementaire sera déterminant pour apprécier les risques réels pour leurs débouchés européens.