Congo-Kinshasa: La crise alimentaire s'aggrave dans les zones touchées par Ebola

23 Octobre 2026

Alors que l'épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo s'est propagée au Nigéria, près de 3,5 millions de personnes sont confrontées à de graves pénuries alimentaires dans les zones touchées par cette épidémie en République démocratique du Congo (RDC), a alerté vendredi une agence des Nations Unies.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), ces personnes font face à une situation de faim de niveau « crise » ou pire, correspondant à la phase 3 ou supérieure du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Parmi les personnes directement touchées par l'épidémie, 97 % ont encore besoin d'une aide alimentaire.

Le virus perturbe les marchés, les moyens de subsistance et les déplacements, compliquant l'accès à la nourriture dans l'est du pays. Les mesures de traitement et d'isolement imposées pour limiter la transmission peuvent également priver les familles de leurs sources habituelles de revenus et d'approvisionnement.

Le PAM renforce son aide alimentaire

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« Le conflit et les déplacements ont laissé les familles avec peu de capacités pour faire face à ce choc supplémentaire », a déclaré David Stevenson, représentant du PAM en RDC, lors d'un point de presse à Genève.

La riposte à l'épidémie est elle-même entravée par l'insécurité, le mauvais état des routes et les capacités locales limitées, qui compliquent l'acheminement de l'aide humanitaire et des fournitures médicales.

Malgré ces obstacles, le PAM a fourni plus de 744 000 repas chauds dans 59 centres de traitement et d'isolement et distribué plus de 3 000 tonnes de denrées alimentaires aux familles des patients.

Au cours des six prochains mois, l'agence prévoit également de distribuer des rations sèches à plus d'un demi-million de proches de patients et de cas suspects, afin de leur permettre de se nourrir pendant les périodes de traitement ou d'isolement.

Mais le manque de financement menace ces opérations. Le PAM a besoin de 214 millions de dollars pour venir en aide aux populations les plus vulnérables de l'est de la RDC, frappées à la fois par le conflit et par l'épidémie.

« Une aide fiable et une implication constante de la communauté permettent d'instaurer la confiance au milieu de la désinformation, de l'insécurité et de la méfiance. Le manque de financement menace ces efforts », a averti M. Stevenson.

« Les familles ne devraient pas avoir à choisir entre suivre les recommandations sanitaires et se procurer de la nourriture », a-t-il insisté.

Une flambée régionale plus complexe

Cette alerte intervient alors que l'épidémie prend une dimension régionale. Jeudi, le directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Afrique, Mohamed Janabi, a mis en garde contre une situation de flambée « plus complexe » après la détection d'un cas au Nigéria.

Le pays a confirmé un cas importé de maladie à virus Bundibugyo chez une femme ayant récemment voyagé depuis l'Ouganda. Il est le cinquième pays à signaler un cas dans le cadre de cette épidémie, après la RDC, l'Ouganda, la France et le Kenya.

La RDC demeure toutefois le principal foyer de l'épidémie. Au 21 octobre 2026, le pays avait enregistré 9 704 cas confirmés et 4 687 décès, selon les derniers chiffres des autorités sanitaires.

La propagation géographique du virus et les difficultés d'accès à certaines zones compliquent la riposte. Alors que l'épidémie approche de ses six mois, elle touche désormais huit provinces et 66 zones de santé de la République démocratique du Congo.

Dans les territoires reculés, isolés ou en proie à des conflits, où les services de santé sont souvent peu développés, l'accès aux soins demeure particulièrement difficile.

Ebola gagne des zones difficiles d'accès

« Malgré les progrès très significatifs que nous avons constatés, cette épidémie continue de nous poser d'énormes défis dans des zones très reculées et difficiles d'accès. Et nous ne pouvons pas réduire les ressources qui ont été mobilisées pour maîtriser cette épidémie », a déclaré depuis Bunia la Dre Catherine Smallwood, responsable de la gestion des incidents liés à Ebola à l'OMS en RDC.

En Ituri, notamment à Boliboli, l'OMS a récemment constaté une forte hausse du nombre de cas, alors que les possibilités de traitement restent très limitées pour les habitants.

Au Nord-Kivu, dans des localités comme Mangina, dans le territoire de Beni, et Kayna, l'OMS collabore avec d'autres agences humanitaires pour renforcer les capacités de prise en charge des patients.

L'OMS et le ministère congolais de la Santé ont également mis en place un centre de traitement d'urgence pour faciliter le transfert des malades et leur garantir des soins adaptés. Le maintien de ces dispositifs dépend toutefois de la disponibilité des ressources nécessaires pour contenir l'épidémie dans les zones les plus difficiles d'accès.

La riposte se heurte enfin à l'absence de vaccin homologué spécifiquement contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, ce qui prive les autorités sanitaires d'un outil supplémentaire pour freiner sa propagation

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