Ils se sont serré la main devant les caméras, mercredi 21 octobre, comme on scelle un pacte. Le général Salifou Modi, bras droit de la junte à Niamey, reçu à Alger par le chef d'état-major Saïd Chanegriha puis par Abdelmadjid Tebboune lui-même. Un protocole militaire signé entre les deux pays, et trois jours plus tard, les deux chambres du Parlement algérien convoquées en session extraordinaire. Coïncidence ? À Alger, on connaît la valeur des coïncidences.
C'est ce rapprochement soudain qui fait braquer les câbles diplomatiques et les officines de renseignements sur ce qui se trame sur l'axe Alger- Niamey. L'Algérie préparerait-elle l'envoi de troupes au Niger ? Le pays de Tebboune n'avait pas hésité à envoyer une escadrille lors de la tentative de putsch raté le 29 août 2026.
Les observateurs s'accordent sur un point : l'article 91 de la Constitution algérienne exige une majorité des deux tiers du Parlement pour toute décision d'envoyer l'ANP à l'étranger. Une session extraordinaire sans ordre du jour communiqué, à quatre jours d'une visite militaire de haut rang, ça ressemble étrangement au début d'une procédure.
Niamey- Alger, le bouclier et boulet
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Reste que la prudence reste de mise. Niamey, c'est bien plus pour Alger qu'une simple frontière commune. C'est un bouclier contre la contagion sahélienne : les trafics, les groupes armés, les routes du chaos. Depuis que l'Alliance des États du Sahel a brouillé ses cartes avec l'Occident, l'Algérie surveille la partie de son influence avec l'oeil du « veilleur assidu » qui ne veut pas perdre la main.
Mais s'engager militairement dans le Sahel, c'est franchir un Rubicon. L'ANP, formée à la défensive, découvrirait un théâtre où ses soldats ne se sont jamais battus. Et le président Tebboune hériterait d'un paradoxe: soutenir Niamey tout en prêchant depuis toujours la non-ingérence.
Mais, bon nombre de spécialistes contactés par Confidentiel Afrique, soulignent que la vulnérabilité sécuritaire du Niger à sa frontière nord-est est exacerbée par les dynamiques d'influence et l'activisme militaire de l'Armée nationale libyenne (ANL), dirigée depuis Benghazi par le maréchal Khalifa Haftar et son fils Saddam Haftar. Le sud libyen (Fezzan), adjacent à la région nigérienne d'Agadez, constitue un foyer de contestation sécuritaire où s'entrecroisent réseaux de trafics transfrontaliers, groupes armés non étatiques et mercenaires régionaux.
L »Est libyen, une vive préoccupation sécuritaire pour les autorités nigériennes
Les autorités militaires de Niamey perçoivent avec une vive inquiétude le sanctuaire logistique et politique que l'est libyen offre à divers mouvements rebelles nigériens notamment des factions du Front patriotique de libération (FPL) ainsi que le double jeu diplomatique du clan Haftar, capable de mener de vastes opérations d'influence tout en accueillant ou en négociant avec des figures hostiles au régime de la transition du général Abdourahmane Tiani. Cette perméabilité de la bande frontalière de 342 km, conjuguée au soutien présumé d'acteurs régionaux alignés sur Benghazi, alimente à Niamey le spectre récurrent de projets de déstabilisation orchestrés ou facilités depuis le territoire libyen.
C'est là que le facteur Haftar ajoute un parfum d'inquiétude. Ses forces contrôlent le Fezzan et rôdent autour des frontières nigérienne et tchadienne. Un coup de main sud-libyen vers le nord du Niger ? Rien de vérifié pour l'instant par Confidentiel Afrique. Mais les routes de la contrebande ne distinguent pas les intentions des capacités.
Alors, intervention imminente ou simple mouvement diplomatique ? Entre un protocole, une autorisation constitutionnelle et des bottes au sol, la distance est immense. Le signal décisif ne viendra pas du cérémonial d'Alger, mais du vote du dimanche 25 octobre. Et surtout, du terrain, là où, dans le Sahel central, la situation sécuritaire prend de vitesse les acteurs les plus avertis comme un vent de sable qui se soulève à la moindre dépression atmosphérique.