Des enseignants-chercheurs, étudiants, diplomates et membres de la diaspora rwandaise ont participé, le 30 octobre à Brazzaville, à une conférence-débat consacrée au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Organisée par l'ambassade du Rwanda en République du Congo, cette rencontre a permis d'insister sur le devoir de mémoire, la lutte contre le négationnisme et la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention des génocides.
Trente-deux ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, la transmission de la mémoire historique demeure un enjeu majeur. C'est autour de cette exigence que des universitaires et plusieurs personnalités se sont retrouvés à Brazzaville, à l'initiative de l'ambassade du Rwanda, pour réfléchir aux enseignements de cette tragédie et aux moyens d'empêcher qu'elle ne se reproduise.
L'ambassadeur du Rwanda au Congo, Parfait Busabizwa, a insisté sur la portée historique et la pédagogie de cette démarche. « Faire oeuvre de mémoire, c'est empêcher que cette vérité soit oubliée et falsifiée », a-t-il souligné, appelant également à combattre le négationnisme et à promouvoir la justice.
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Les témoignages ont donné une dimension humaine aux discussions. Le médecin tchadien et enseignant-chercheur au Centre inter-États d'enseignement supérieur en santé publique d'Afrique centrale, Dr Appolos D. Nebardoum, a partagé son expérience auprès des victimes et des rescapés. Ayant personnellement côtoyé des enfants traumatisés et participé à l'identification de victimes, il a rappelé l'importance du témoignage. « Nous nous devons de cultiver la mémoire de ces événements indignes, par nos témoignages et nos écrits, pour que rien de ce qui s'est passé au Rwanda ne soit jamais oublié », a déclaré le médecin.
De son côté, la chercheuse américaine Samantha Lakin a abordé la question de la mémoire collective à travers ses travaux sur les expériences des rescapés et les mécanismes de justice. Elle a notamment insisté sur la nécessité de reconnaître les souffrances des victimes, de comprendre les mécanismes ayant conduit au génocide et de préserver les lieux de mémoire. « Le Rwanda a mis en oeuvre de nombreuses initiatives en faveur de la justice, notamment de justice transitionnelle », a-t-elle commenté. Ses recherches montrent que la transmission de l'histoire constitue également un levier de reconstruction sociale.
Pour le journaliste de Jeune Afrique, Mehdi Ba, le traitement médiatique du génocide a également révélé les conséquences d'une connaissance insuffisante du contexte rwandais par une partie de la presse internationale. Il a notamment relevé les approximations et les amalgames qui ont contribué à brouiller la compréhension des événements. Son intervention a ainsi mis en évidence la responsabilité des médias dans la restitution rigoureuse des faits historiques.
C'est aussi l'avis du Pr Jean-Pierre Karegeye, chercheur à l'université de Boston, qui a interpellé les intellectuels africains sur leur responsabilité dans la production du savoir et la transmission de l'histoire. « Nous commémorons pour honorer les victimes, écouter les rescapés et comprendre ce qui a rendu le génocide possible », a-t-il rappelé.
Abordant les perceptions des rescapés et la reconstruction de la société rwandaise, Samantha Lakin a, pour sa part, relevé le rejet unanime de toute perspective de retour aux violences du passé. « Il n'y a personne avec qui j'ai parlé qui veut revenir à ce moment », a-t-elle affirmé, soulignant l'importance du travail de mémoire et des initiatives de justice dans la reconstruction nationale.