De nouvelles sanctions sont imposées dans la région des Grands Lacs. Alors que le Burundi est désormais épargné, son voisin du nord, le Rwanda, est à son tour visé.
Washington vient en effet de sanctionner le ministère rwandais de la Défense, en raison de son implication dans le conflit en République démocratique du Congo (RDC).
Les précédentes sanctions avaient été annoncées le 2 mars 2026, date à laquelle l'armée rwandaise avait elle aussi été visée.
Le département d'État américain justifie ces mesures par la volonté de faire respecter les accords de Washington signés le 4 décembre 2025, qui visent à mettre fin au conflit en RDC, ainsi qu'à développer le commerce et les investissements dans la région.
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Mes recherches doctorales portent sur les sanctions internationales, notamment celles adoptées par l'Union européenne et des organisations régionales, ainsi que sur la résilience autoritaire dans les États fragiles, à travers une étude comparative axée sur le Burundi. J'y consacre également un chapitre à d'autres pays ayant fait l'objet de sanctions, notamment le Mali et le Niger. Dans cette perspective, les sanctions américaines imposées au Rwanda méritent elles aussi une attention particulière.
Les accords de Washington dans l'impasse
Ces accords reposent sur des engagements mutuels. Kigali doit cesser de soutenir les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) et retirer ses troupes du territoire congolais. De son côté, Kinshasa est tenu de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé né dans le sillage du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, et de faciliter leur retour au Rwanda.
Sur le terrain, presque rien ne bouge. La RDC a présenté un cadre qui, selon le gouvernement de Kinshasa, permettrait de désarmer les FDLR, notamment grâce à la signature d'un protocole d'accord avec ce groupe. Toutefois, une question demeure : comment ce processus sera-t-il concrètement mis en oeuvre sur le plan opérationnel ?
À ce jour, aucune réponse claire n'a été apportée. Le Rwanda considère cette démarche comme une manoeuvre dilatoire et continue de soutenir le M23), un groupe rebelle, et de déployer des troupes en RDC. Les accords semblent ainsi au point mort.
Chacun des partis s'accuse mutuellement pour justifier ses actions. Cependant, les sanctions frappent continuellement une seule partie.
La sélectivité des sanctions : une pression à sens unique
De nombreuses études montrent que les sanctions tendent à être appliquées prioritairement dans les situations où les États « sanctionneurs » ont peu à perdre -- notamment lorsqu'elles visent des pays fortement dépendants de l'aide internationale.
Les États les plus vulnérables d'Afrique subsaharienne sont aussi ceux qui subissent le plus fréquemment des mesures coercitives, tandis que d'autres échappent aux sanctions malgré des violations avérées des normes démocratiques.
Ici, il faut nuancer notre propos car les États-Unis ont aussi sanctionné des États comme la Russie, l'Iran ou le Venezuela, des pays qui ont maintenu leurs positions face aux pressions américaines. Dans le cas présent, l'asymétrie est d'autant plus frappante que la RDC dispose d'importantes ressources minières et se montre très disposée à coopérer avec les États-Unis.
Le Rwanda, dont le poids économique est très inférieur à celui de son voisin, dispose quant à lui de marges de manoeuvre très réduites face à l'administration Trump.
La perversité des sanctions
La littérature académique a régulièrement mis en évidence les effets pervers des sanctions, qui atteignent rarement les objectifs initialement escomptés. Une étude estime leur taux de réussite à 34 %.
Ce chiffre est contesté par Robert Anthony Pape, politologue américain connu pour ses travaux sur les sanctions économiques et la coercition, qui estime leur taux de réussite à environ 4 %. Plusieurs cas montrent par ailleurs que les sanctions peuvent devenir un instrument de consolidation de l'autoritarisme.
Les exemples récents ne manquent pas. L'Iran, soumis à des sanctions depuis des décennies, n'a pas vu son régime s'effondrer.
Au Venezuela, des années de sanctions n'ont pas provoqué l'alternance démocratique sous la présidence de Nicolás Maduro. En Afrique, l'Alliance des États du Sahel (AES) également sanctionnée, s'est tournée vers de nouveaux partenaires, tandis que le Burundi a traversé des années de sanctions occidentales sans changement politique.
Lorsque les sanctions échouent à atteindre leurs objectifs, faut-il pour autant recourir à l'intervention militaire ? Les exemples de la Libye et de l'Irak révèlent les conséquences de telles interventions et les difficultés qu'elles ont engendrées à l'échelle régionale.
En s'inscrivant dans une logique similaire à celle de la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les États-Unis risquent à leur tour d'affaiblir leur crédibilité diplomatique à l'avenir, si ce n'est déjà fait.
Qu'en est-il de la région des Grands Lacs ?
S'agissant du Rwanda, la question des FDLR est existentielle. Le régime de Paul Kagame a lui-même été confronté à cette menace avant son arrivée au pouvoir et connaît les implications sécuritaires qu'elle soulève.
Quelles que soient les motivations de Kigali, les autorités rwandaises considèrent la présence de ce mouvement, issu de milieux liés aux auteurs du génocide, comme une menace directe pour le régime. Les sanctions à répétition risquent de renforcer une posture selon laquelle le pays doit compter sur ses propres moyens au nom de sa souveraineté.
Du côté de Kinshasa, le président Félix Tshisekedi est soupçonné de vouloir briguer un nouveau mandat et de modifier la Constitution. Les États-Unis semblent ainsi s'éloigner davantage des principes démocratiques en soutenant un pouvoir dont la trajectoire pourrait basculer vers l'autoritarisme. Pour Trump, l'autoritarisme ne semble pas constituer un problème, pourvu que ce pouvoir serve les intérêts des États-Unis.
La pression exercée sur Kigali, sans exigence comparable concernant la neutralisation des FDLR en RDC ni le respect des libertés politiques, n'incite guère Kinshasa à engager des réformes dans ces domaines. Elle risque, au contraire, d'encourager les autorités congolaises à poursuivre leurs propres ambitions.
L'administration Trump ne fait que mettre au grand jour une logique selon laquelle les sanctions servent les intérêts des puissances, une réalité jusque-là souvent moins ouvertement assumée. Les autres États observent cette évolution dans un monde où la loi du plus fort tend à s'imposer comme la règle. Une telle logique risque toutefois de produire un effet boomerang et de se retourner contre ceux-là mêmes qui prétendent en tirer profit.
Alène Ngarura Kaneza, doctorante en sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)