Congo-Kinshasa: Zéro tarif douanier - Une opportunité commerciale et économique majeure pour le pays

interview

Plusieurs mois après l'entrée en vigueur des facilités douanières accordées par Pékin aux pays africains pour l'exportation gratuite de leurs produits agricoles vers le marché chinois, la RDC semble battre de l'aile. Malgré ses atouts immenses, ses milliers de terres arables et son capital humain dynamique, la République démocratique du Congo occupe le bas de l'affiche des pays qui captent considérablement les ressources grâce à la gratuité douanière aux portes de la Chine. Dans une interview, la Professeure Liliane Ahombo évoque une opportunité commerciale et économique majeure échappant à la partie congolaise dans le cadre de la coopération sino-africaine. Lisez, toutes les révélations.

Prof, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, Je suis AHOMBO Liliane, Docteure en Sciences Politiques et Administratives et Directrice Exécutive du Centre d’Études Stratégiques et de Sécurité Internationale (CESSI), basé à Kinshasa en République Démocratique du Congo.

Lorsque vous avez pris connaissance de la politique de zéro taxation pour les produits en provenance de la RDC, quelle est l'idée que vous vous êtes fait ?

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Lorsque j'ai pris connaissance de la politique chinoise de zéro taxation douanière pour les produits en provenance de la RDC, une 'idée m'est immédiatement venue en tête : il s'agit d'une opportunité commerciale et économique majeure pour mon pays. En effet, elle facilite l'ouverture à l'exportation du secteur agricole, longtemps laissé de côté. Comme nous le savons tous, lorsqu'on évoque les exportations de la RDC ou les relations commerciale entre la RDC et la Chine, les réflexions se tournent systématiquement vers le secteur minier. Pourtant, grâce à cette politique, l'occasion est enfin offerte aux paysans et aux agriculteurs de jouer aussi un rôle clé dans l'exportation en RDC.

Pensez-vous que la RDC a assez d'atouts pour tirer produit de cette politique ?

OUI, la RDC dispose d'atouts naturels exceptionnels pour tirer profit de cette politique. Elle dispose d'une population jeune et d'une immense superficie de terres cultivables, estimée à plus de 70 millions d'hectares. De plus, ses conditions climatiques sont particulièrement favorables à la diversification des cultures. Cependant, parallèlement à ces atouts naturels, un accompagnement institutionnel solide est indispensable pour encadrer les agriculteurs, les sensibiliser afin d'accroitre leur productivité. Sur le plan éducation et formation professionnelle, la RDC doit révolutionner ses programmes des cours d'agronomie en intégrant des filières en technologie agroalimentaire et contrôle qualité. Le véritable moyen de tirer profit de cette politique est de faire basculer le secteur d'une agriculture de subsistance vers un puissant levier d'exportation.

Pensez-vous que les autorités congolaises sont conscientes pour travailler assidûment et permettre à la RDC de bénéficier de cet avantage ?

Oui, nous constatons un dynamisme institutionnel à travers l'ANAPEX. La mise en place de sa Task Force dédiée à la filière piment est un signal fort. Le véritable défi de la relance agricole en RDC réside dans l'inclusion des 145 territoires, et non pas seulement de Kinshasa et de sa périphérie. L'effort des agriculteurs ne suffira pas tant que l'Etat ne s'attaquera pas aux blocages majeurs : enclavement, insécurité, accès limité aux financements et intrants...

Quels sont selon vous des produits à valeur ajoutée qui peuvent intéresser le marché chinois ?

Au-delà des minerais et des bois, les produits concernés par la politique de zéro taxation sont : le piment, le café, le cacao, le gingembre, po encore le quinquina. Afin de diversifier ses exportations, il est indispensable pour la RDC d'investir dans des laboratoires de certification aux normes internationales et dans la chaîne du froid. Ces infrastructures stratégiques ouvriront la voie à une exportation massive de fruits congolais.

Que faire pour que les produits congolais soient compétitifs ?

Pour garantir la compétitivité de ses produits, la RDC doit d'abord promouvoir les coopératives agricoles afin d'augmenter le volume de production et veiller à la régularité de son offre. Parallèlement, il est indispensable de garantir la bonne qualité des produits à exporter en facilitant la connectivité entre les centres de productions et les ports d'exportation. Au-delà des produits bruts, le pays gagnera à investir dans la transformation locale afin d'exporter des finis, tout en assurant un marketing agressif du label RDC. Enfin, l'accès au marché chinois sera consolidé en facilitant les échanges culturels entre les agriculteurs de la RDC et les consommateurs chinois.

Que faire pour que les produits de la RDC qui passent par la contrebande vers le Rwanda et l'Ouganda profitent à la RDC ?

La RDC doit impérativement restaurer la sécurité dans sa partie est, renforcer les contrôles frontaliers et bâtir sa souveraineté logistique. Pour y parvenir, plusieurs actions stratégiques doivent être menées :

  • Optimiser les corridors d'exportation : il est crucial de réduire les coûts de transport entre les centres de production et les ports de sortie, tout en éliminant les tracasseries administratives et policières. A ce titre, il faut tenir compte des réalités géographiques, car le port de Matadi est bien trop éloigné pour les agriculteurs basés à Aru, Beni ou Dungu.
  • Développer des mécanismes de traçabilité : il devient urgent de valoriser et de protéger les produits « Made in RDC » grâce à des dispositifs d'estampille ou de labellisation.
  • Mener une offensive diplomatique et commerciale : la RDC doit agir pour que les produits qui transitent illégalement par le Rwanda soient qualifiés de « produits du sang », à l'instar des mesures prises autrefois pour certains minerais de conflit.
  1. La redynamisation du secteur agricole repose sur quelques reformes et innovations fondamentales :
  • Une planification territoriale stratégique : il convient d'abord de créer des zones agricoles adaptées aux atouts et aux potentiels de chaque territoire.
  • Un encadrement humain rigoureux : il est nécessaire de rendre obligatoire la formation et le déploiement des agronomes ruraux afin d'accompagner efficacement les producteurs sur le terrain.
  • Une modernisation des techniques de production en généralisant la mécanisation pour accroître la productivité.
  • La création d'une banque agricole proposant de faibles taux d'intérêts pour faciliter l'accès au crédit en faveur des agriculteurs.

Votre dernier mot

La Chine a ouvert son marché : c'est désormais à la RDC d'outiller ses agriculteurs sur les plans technique, logistique et éducatif afin de transformer l'agriculture en un levier de coopération. Pour y parvenir, La RDC ne doit pas seulement se contenter de la liste des produits agricoles proposés par la Chine. Elle doit au contraire, manifester l'ambition de fournir d'autres denrées, en occurrence la viande de porc, la volaille. Néanmoins, sans une politique publique agricole clairement définie, cette opportunité restera l'apanage de quelques individus, sans aucun impact réel sur la réduction de la pauvreté.

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