TUNIS/Tunisie — Les défis liés au renforcement de la résilience économique face aux chocs mondiaux successifs et la nécessité de consolider la coopération régionale sont au coeur de la 41éme réunion du Comité intergouvernemental de hauts fonctionnaires et d'experts pour l'Afrique du Nord (CIHFE), ouverte mardi à Rabat ( Maroc).
Ayant pour thème "Renforcer les mécanismes de résilience économique pour faire face aux répercussions des chocs mondiaux simultanés en Afrique du Nord", cette rencontre qui se poursuivra jusqu'au 5 novembre 2026, réunit des responsables gouvernementaux, des représentants d'institutions régionales et internationales, ainsi, que des experts.
Intervenant à, cette occasion, le Directeur du Bureau sous régional de la Commission économique pour l'Afrique(CEA) en Afrique du Nord, Nassim Oulmane a appelé à faire évoluer les approches de résilience en Afrique du Nord, en passant de la réaction aux crises à leur anticipation, des réponses exclusivement nationales à des solutions régionales et de la stabilisation à court terme à une transformation économique de long terme.
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Il a fait savoir que la sous-région avait fait preuve d'une capacité de résistance face aux différents chocs survenus depuis 2020, notamment, la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, la hausse des prix des produits alimentaires, des carburants et des engrais, les phénomènes climatiques extrêmes et le resserrement des conditions financières internationales.
"La croissance économique de l'Afrique du Nord est estimée à 4,6 % en 2025, contre 1,1 % en 2024, soit sa meilleure performance depuis plus d'une décennie. Cette évolution s'explique notamment, par la reprise de la production pétrolière en Libye, l'élargissement de l'activité économique en Algérie et en Égypte ainsi que le retour du Maroc et du Soudan à une croissance positive", a-t-il indiqué. Oulmane a noté que cette amélioration demeure toutefois, fragile et inégale, au regard des contraintes budgétaires, de l'alourdissement du service de la dette et des difficultés persistantes sur le marché de l'emploi. Le déficit budgétaire moyen de la sous-région s'est ainsi établi à 4,2 % du PIB en 2025, tandis que le service de la dette absorbe désormais près de 20 % des recettes d'exportation.
Leviers de la souveraineté financière en Afrique
De son côté, le Directeur général de la coopération africaine au ministère tunisien de l'Economie et de la planification, Tarek Bouhlel, a avancé que la consolidation de la souveraineté financière de l'Afrique, le renforcement de la coopération entre les institutions financières du continent et une meilleure représentation de ses intérêts dans les instances internationales constituent trois leviers essentiels pour renforcer la résilience des économies africaines face aux chocs mondiaux.
Il a mis l'accent sur la nécessité pour les pays africains de renforcer leur autonomie financière et de mieux mobiliser leurs ressources propres, notamment les capitaux domestiques et régionaux ainsi que les transferts de la diaspora, tout en développant les instruments de partage des risques et les plateformes d'investissement.
Bouhlel a appelé à une mise en oeuvre effective de la ZLECAF par la promotion de la connectivité des infrastructures régionales et le renforcement du commerce et l'investissement inter et intra régional, et ce, afin de limiter les effets de la fragmentation économique et financière.
Par ailleurs, il évoqué la nécessité de renforcer la voix de l'Afrique dans les grandes instances internationales, notamment le G7, le G20, la COP31 et les réunions statutaires des Nations Unies, autour de la réforme de l'architecture financière Internationale, les indemnisations et les appuis aux efforts d'adaptation aux changements climatiques, la sécurité sanitaire, alimentaire et énergétique de l'Afrique.
Une vision commune pour renforcer la résilience économique
Pour le représentant de l'Union de Maghreb Arabe (UMA), Zahreddine Belbachir, le renforcement de la résilience économique nécessite une vision commune et une volonté collective, fondées sur le renforcement de la coopération, l'échange des meilleures pratiques, la mobilisation des ressources disponibles et la consolidation du rôle des institutions régionales dans le soutien aux processus de développement et d'intégration.
"Les travaux de ce conclave devront aboutir à des recommandations concrètes, susceptibles de renforcer la capacité des pays d'Afrique du Nord à faire face aux chocs mondiaux et de soutenir leurs efforts en faveur d'une croissance économique plus diversifiée, durable et inclusive, et ce, conformément aux Objectifs de développement durable à l'horizon 2030, à l'Agenda 2063 de l'Union africaine et aux grandes orientations de la Stratégie maghrébine de développement commun", a noté le responsable.
Il a plaidé en faveur du renforcement de l'intégration économique et de la coopération régionale entre les pays de la région, notamment, à travers le développement des échanges commerciaux et des investissements, la levée des obstacles entravant les opportunités économiques et la consolidation des complémentarités entre les secteurs productifs.
Il a, également, évoqué l'impératif de promouvoir les politiques sociales, de développer les ressources humaines et de renforcer les opportunités d'emploi, tout en accordant une attention particulière aux jeunes, aux femmes et aux catégories les plus vulnérables aux fluctuations économiques. S'agissant du développement durable, le représentant de l'UMA a appelé à renforcer la coordination régionale et l'échange d'expertises face aux défis liés aux changements climatiques, à la sécurité alimentaire, à la transition énergétique et à l'innovation technologique, tout en conciliant croissance économique, préservation des ressources naturelles et amélioration des conditions de vie.
Il a, par ailleurs, insisté sur le développement des capacités institutionnelles et techniques ainsi que sur la valorisation des connaissances et des expertises des institutions régionales et continentales, afin d'améliorer la conception, le suivi et l'évaluation des programmes de développement. Organisée à l'initiative du Bureau de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) pour l'Afrique du Nord, la réunion du CIHFE est une occasion d'échanger les expériences et les bonnes pratiques en matière d'atténuation des effets de chocs multiples et simultanés, et d'explorer des politiques novatrices et pragmatiques.
L'objectif est de renforcer la résilience des pays d'Afrique du Nord, de soutenir leur transformation et leur diversification économiques et d'accélérer la mise en oeuvre des Agendas 2030 (ODD) et 2063. Établi au Maroc depuis 1963, le Bureau de la CEA pour l'Afrique du Nord des Nations Unies, soutient sept pays:la Tunisie, l'Algérie, l'Égypte, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et le Soudan. Il a pour objectif de contribuer à la création d'un environnement plus propice à une croissance accélérée et inclusive et au développement durable en Afrique du Nord.