Afrique Centrale: Comifac - Le Cameroun prend la tête et veut peser sur l'avenir du bassin du Congo

Du 3 au 5 novembre, Yaoundé accueille la 12e session ordinaire du Conseil des ministres de la Commission des forêts d'Afrique centrale (Comifac). Transfert de la présidence du Burundi au Cameroun, adoption attendue du Plan de convergence 2026-2035 et inauguration du nouveau siège : cette séquence institutionnelle place le pays au coeur des enjeux de gouvernance forestière, de biodiversité et de financement climatique en Afrique centrale.

Yaoundé s'apprête à devenir le centre de gravité de la diplomatie forestière en Afrique centrale. Du 3 au 5 novembre, le Cameroun accueille la 12e session ordinaire du Conseil des ministres de la Comifac. Placée sous le très haut patronage du président Paul Biya, la rencontre sera présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, Chief Dr Joseph Dion Ngute, représentant du chef de l'État.

Trois décisions concentrent les attentes : le transfert de la présidence du Conseil des ministres du Burundi au Cameroun, le renouvellement des instances statutaires et la validation politique du nouveau Plan de convergence 2026-2035. Pour Yaoundé, l'enjeu est double : assurer la continuité institutionnelle de la Commission et donner une impulsion politique à une coopération régionale confrontée à des défis environnementaux, économiques et financiers considérables.

Le Cameroun à la tête de la diplomatie forestière régionale

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Le passage de témoin entre le Burundi et le Cameroun constitue le premier temps fort de cette session. En accédant à la présidence du Conseil des ministres, Yaoundé assumera une responsabilité politique dans la coordination des orientations de la coopération forestière sous-régionale. Cette fonction prend une dimension particulière au regard du poids du bassin du Congo dans les équilibres environnementaux mondiaux. Deuxième grand massif forestier tropical après l'Amazonie, il joue un rôle majeur dans la régulation climatique, la conservation de la biodiversité et la préservation de ressources naturelles stratégiques.

Le Cameroun, qui abrite une partie importante de cet écosystème, dispose ainsi d'un intérêt direct à renforcer la coopération entre les États du bassin. Mais cette responsabilité ne se limite pas à la conservation. Elle concerne également la transformation locale du bois, la création d'emplois, la lutte contre l'exploitation illégale, l'aménagement du territoire et la valorisation économique durable des ressources forestières. La présidence camerounaise sera donc attendue sur sa capacité à rapprocher les priorités nationales et les engagements collectifs.

Plan de convergence 2026-2035 : dix ans pour passer des engagements aux résultats

Le deuxième dossier stratégique porte sur la validation politique du Plan de convergence 2026-2035. Cette programmation décennale doit définir le cadre commun d'intervention des États membres et de leurs partenaires pour la gestion durable des forêts, la protection de la biodiversité et la coordination des politiques forestières. Sa portée dépendra toutefois moins de son ambition rédactionnelle que de ses conditions d'exécution. Les précédentes stratégies de coopération environnementale ont montré que l'existence de cadres régionaux ne garantit pas automatiquement des résultats sur le terrain.

Trois exigences seront déterminantes : des financements prévisibles, des mécanismes de suivi transparents et une répartition claire des responsabilités entre les États et les institutions partenaires. Le défi est aussi géoéconomique. Les forêts du bassin du Congo représentent un capital écologique, mais également une réserve de ressources et d'opportunités économiques. La question est de savoir comment les pays producteurs peuvent mieux capter la valeur créée par leurs ressources, plutôt que de demeurer essentiellement fournisseurs de matières premières.

La transformation locale du bois, les filières non ligneuses, l'écotourisme, les emplois verts et les mécanismes de financement climatique pourraient contribuer à cette évolution, à condition que la population riveraine soit réellement associée aux politiques de gestion et de valorisation.

Un nouveau siège, symbole de l'ancrage institutionnel de Yaoundé

L'inauguration du nouvel immeuble, siège de la Comifac, programmée le 4 novembre, constitue l'autre symbole de cette séquence. A cela s'ajoute un signal institutionnel important : le Cameroun accueille les délégations des onze États membres. Mais un siège moderne ne suffit pas à garantir une gouvernance efficace. L'institution devra également disposer de ressources humaines, de moyens financiers et d'une capacité de coordination à la hauteur des missions qui lui sont confiées.

Le bassin du Congo face à la bataille mondiale du climat

La session de Yaoundé intervient dans un contexte de compétition internationale autour des ressources naturelles, de la biodiversité et des financements climatiques. Les forêts tropicales sont devenues un enjeu diplomatique majeur, au croisement des politiques environnementales, des intérêts économiques et des stratégies d'influence. Pour les États d'Afrique centrale, la question centrale est celle de la maîtrise de leur patrimoine naturel.

Les financements internationaux consacrés à la conservation doivent pouvoir soutenir des politiques nationales cohérentes, sans réduire les pays forestiers à un rôle de gardiens d'un patrimoine dont les bénéfices économiques seraient principalement captés ailleurs. Cela suppose une position régionale plus coordonnée dans les négociations internationales, une meilleure valorisation des services écosystémiques et des mécanismes de rémunération qui tiennent compte des efforts réellement consentis par les pays et les communautés.

La véritable réussite de Yaoundé ne se mesurera ni au nombre de délégations présentes ni à la solennité de l'inauguration du siège. Elle se jugera à la capacité des onze États membres à transformer le Plan de convergence 2026-2035 en financements mobilisés, en politiques harmonisées et en résultats tangibles pour les forêts et la population du bassin du Congo.

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