Soudan: Les drones paralysent les secours et mettent des vies en danger

Des civils marchent vers leur abri dans un camp de personnes déplacées près d'El Fasher, la capitale du Nord Darfour, au Soudan (photo d'archives)
4 Novembre 2026

Les frappes de drones contre les infrastructures civiles au Soudan désorganisent l'approvisionnement en électricité, en eau et en carburant, mettant directement en danger la vie des populations et entravant l'acheminement de l'aide humanitaire, alerte la haute responsable de l'ONU dans le pays.

« Ce n'est pas une question de politique. C'est une question de personnes », insiste Denise Brown, Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations Unies au Soudan, dans un entretien accordé à ONU Info, appelant la communauté internationale à intervenir pour mettre fin aux combats et mobiliser les financements indispensables.

Depuis plusieurs semaines, les attaques de drones se sont intensifiées, visant notamment des infrastructures énergétiques et des dépôts de carburant. « Cela semble être des attaques ciblées contre des infrastructures civiles, lesquelles sont bien entendu protégées par le droit international humanitaire », déplore-t-elle.

Les conséquences sont déjà dramatiques pour les habitants. Dans un hôpital situé à proximité de la capitale Khartoum, une coupure d'électricité provoquée par ces frappes a interrompu les séances de dialyse de 25 patients. L'établissement ne disposait ni de générateur ni de panneaux solaires pour prendre le relais.

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« Les 25 personnes qui ont besoin de dialyse ont vu leur traitement interrompu, purement et simplement », raconte Denise Brown. Une situation qui menace également les femmes sur le point d'accoucher, les enfants et tous les patients nécessitant des soins urgents.

Des centaines de camions humanitaires à l'arrêt

Les pénuries de carburant paralysent aussi la vie quotidienne. À Khartoum, des files d'attente de plusieurs kilomètres se forment devant les stations-service. Les conducteurs de tuk-tuk, qui dépendent de leurs revenus journaliers pour vivre, peuvent passer plusieurs jours à attendre de pouvoir faire le plein, sans pouvoir travailler.

Pour les organisations humanitaires, les conséquences sont tout aussi préoccupantes. « Nous avons des centaines de camions immobilisés faute de carburant », souligne la responsable onusienne. Or, sans carburant, impossible d'acheminer la nourriture, les produits nutritionnels destinés aux enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ou encore les abris pour les personnes déplacées.

À ces difficultés logistiques s'ajoutent les risques liés à la poursuite des combats. Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui achemine de la nourriture à travers le pays grâce à des milliers de camions, a vu ses convois attaqués à sept reprises depuis le début de l'année, et à 20 reprises au cours des deux dernières années.

Ces incidents ont entraîné des pertes humaines et détruit des vivres destinés aux populations les plus vulnérables. Les équipes humanitaires doivent ainsi négocier quotidiennement pour accéder aux zones difficiles, notamment à Dilling, dans le Kordofan du Sud, ainsi que dans certaines parties du Nil-Bleu et du Darfour.

Une crise humanitaire aggravée par les pénuries

Cette escalade intervient alors que le Soudan est déjà ravagé par une catastrophe humanitaire provoquée par la guerre. Des millions de personnes restent déplacées, les services sociaux sont profondément désorganisés et le système de santé a été largement détruit.

Les déficits pluviométriques enregistrés ces derniers mois aggravent encore la situation. Dans certaines régions du Darfour et du Kordofan, des agriculteurs privés de précipitations sont contraints de partir à la recherche de nourriture.

La malnutrition aiguë sévère dépasse par ailleurs les seuils d'urgence dans plusieurs régions, particulièrement celles directement touchées par les combats, selon les données de l'UNICEF.

L'ONU et ses partenaires, notamment les organisations locales qui interviennent souvent en première ligne, tentent de maintenir l'assistance aux populations. Mais les réductions de financement compromettent davantage leur capacité d'action. Le PAM doit notamment réduire le nombre de personnes aidées ainsi que les rations alimentaires distribuées.

« Comment puis-je demander aux gens de patienter et d'attendre de la nourriture ? », s'interroge Denise Brown, évoquant sa récente visite dans un camp de déplacés à Abou Shandi, dans l'État du Nil-Bleu. « Ils n'ont pas d'argent. Ils ont tout laissé derrière eux. Ils ont besoin de nous, et nous avons besoin des donateurs ».

« Cela doit cesser »

Au-delà de l'aide d'urgence, la responsable onusienne appelle à mettre un terme aux attaques contre les civils. Elle souligne notamment les conséquences des violences sexuelles liées au conflit, dont les cas signalés à la suite des atrocités commises à El-Fasher, au Darfour, en octobre 2025 se comptent par milliers.

Mais l'intensification des frappes de drones constitue désormais une source de préoccupation majeure. « Je ne sais pas d'où proviennent ces frappes, mais nous avons besoin d'aide pour faire passer le message à qui de droit : cela doit cesser », insiste-t-elle.

« Rien ne justifie de frapper à répétition des centrales électriques et des stations-service », poursuit Denise Brown, rappelant que ces attaques empêchent des patients de recevoir des soins vitaux et rendent impossibles certaines interventions chirurgicales.

Elle appelle les États membres de l'ONU à mieux prendre la mesure de la situation et à agir pour désamorcer l'escalade. La responsabilité première incombe, selon elle, à ceux qui lancent les frappes.

Son message à la communauté internationale est sans équivoque : il faut à la fois faire pression pour mettre fin aux attaques et accroître les financements humanitaires. « Ce n'est pas une question de politique. C'est une question de personnes. Il s'agit de placer les Soudanais au centre de nos préoccupations et de veiller, au minimum, à ce que leurs besoins fondamentaux soient satisfaits. »

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